Ma tante, en rangeant le bureau de mon oncle dans lequel elle n’était pas entrée depuis son décès, il y a plus de vingt ans, a trouvé des lettres que ma grand-mère a écrites à mon grand-père alors qu’il était au front. Or, ces lettres, qui ont presque un siècle, que devons-nous en faire? Les lire? Les brûler sans les lire?
Serait-ce légitime que ma tante donne à ma mère ces lettres qui sont celles des parents de son mari et de ma mère et qui n’ont rien à voir avec elle? Sûrement. Mais de là à entrer dans ce qui a été leur intimité, il y a tout de même un pas à franchir. Un pas important.
Mais pour l’heure, la question ne se pose pas. Les lettres ne sont toujours pas en notre possession. Mais quand elle viendra, je m’imagine mal tout brûler sans rien lire. Sans découvrir la calligraphie de ma grand-mère, sans savoir si elle utilisait le « vous » ou le « tu », sans savoir si c’est bien elle qui m’a transmis ce gène de l’amour des mots.
*sur une toile d’Alfred Stevens

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