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Un dimanche avec Lamartine 5

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Tristesse

Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage
Où Naples réfléchit dans une mer d’azur
Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage,
Où l’oranger fleurit sous un ciel toujours pur.
Que tardez-vous? Partons! Je veux revoir encore
Le Vésuve enflammé sortant du sein des eaux;
Je veux de ses hauteurs voir se lever l’aurore;
Je veux, guidant les pas de celle que j’adore,
Redescendre, en rêvant, de ces riants coteaux;
Suis-moi dans les détours de ce golfe tranquille;
Retournons sur ces bords à nos pas si connus,
Aux jardins de Cinthie, au tombeau de Virgile,
Près des débris épars du temple de Vénus :
Là, sous les orangers, sous la vigne fleurie,
Dont le pampre flexible au myrte se marie,
Et tresse sur ta tête une voûte de fleurs,
Au doux bruit de la vague ou du vent qui murmure,
Seuls avec notre amour, seuls avec la nature,
La vie et la lumière auront plus de douceurs.

De mes jours pâlissants le flambeau se consume,
Il s’éteint par degrés au souffle du malheur,
Ou, s’il jette parfois une faible lueur,
C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume;
Je ne sais si les dieux me permettront enfin
D’achever ici-bas ma pénible journée.
Mon horizon se borne, et mon œil incertain
Ose l’étendre à peine au-delà d’une année.
Mais s’il faut périr au matin,
S’il faut, sur une terre au bonheur destinée,
Laisser échapper de ma main
Cette coupe que le destin
Semblait avoir pour moi de roses couronnée,
Je ne demande aux dieux que de guider mes pas
Jusqu’aux bords qu’embellit ta mémoire chérie,
De saluer de loin ces fortunés climats,
Et de mourir aux lieux où j’ai goûté la vie.

(Alphonse de Lamartine)

*illustration d’Isaac Cruikshank

Un dimanche avec Lamartine 4

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Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour?

(Alphonse de Lamartine)

*aquarelle de Mirja Clement

Un dimanche avec Lamartine 3

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Un nom

Il est un nom caché dans l’ombre de mon âme,
Que j’y lis nuit et jour et qu’aucun œil n’y voit,
Comme un anneau perdu que la main d’une femme
Dans l’abîme des mers laissa glisser du doigt.

Dans l’arche de mon cœur, qui pour lui seul s’entrouvre,
Il dort enseveli sous une clef d’airain;
De mystère et de peur mon amour le recouvre,
Comme après une fête on referme un écrin.

Si vous le demandez, ma lèvre est sans réponse,
Mais, tel qu’un talisman formé d’un mot secret,
Quand seul avec l’écho ma bouche le prononce,
Ma nuit s’ouvre, et dans l’âme un être m’apparaît.

En jour éblouissant l’ombre se transfigure;
Des rayons, échappés par les fentes des cieux,
Colorent de pudeur une blanche figure
Sur qui l’ange ébloui n’ose lever les yeux.

C’est une vierge enfant, et qui grandit encore;
Il pleut sur ce matin des beautés et des Jours;
De pensée en pensée on voit son âme éclore,
Comme son corps charmant de contours en contours.

Un éblouissement de jeunesse et de grâce
Fascine le regard où son charme est resté.
Quand elle fait un pas, on dirait que l’espace
S’éclaire et s’agrandit pour tant de majesté.

Dans ses cheveux bronzés jamais le vent ne joue.
Dérobant un regard qu’une boucle interrompt,
Ils serpentent collés au marbre de sa joue,
Jetant l’ombre pensive aux secrets de son front.

Son teint calme, et veiné des taches de l’opale,
Comme s’il frissonnait avant la passion,
Nuance sa fraîcheur des moires d’un lis pâle,
Où la bouche a laissé sa moite impression.

Sérieuse en naissant jusque dans son sourire,
Elle aborde la vie avec recueillement;
Son cœur, profond et lourd chaque fois qu’il respire,
Soulève avec son sein un poids de sentiment.

Soutenant sur sa main sa tête renversée,
Et fronçant les sourcils qui couvrent son œil noir,
Elle semble lancer l’éclair de sa pensée
Jusqu’à des horizons qu’aucun œil ne peut voir.

Comme au sein de ces nuits sans brumes et sans voiles,
Où dans leur profondeur l’œil surprend les cieux nus,
Dans ses beaux yeux d’enfant, firmament plein d’étoiles,
Je vois poindre et nager des astres inconnus.

Des splendeurs de cette âme un reflet me traverse;
Il transforme en Éden ce morne et froid séjour.
Le flot mort de mon sang s’accélère, et je berce
Des mondes de bonheur sur ces vagues d’amour.

-Oh! dites-nous ce nom, ce nom qui fait qu’on aime;
Qui laisse sur la lèvre une saveur de miel!
-Non, je ne le dis pas sur la terre à moi-même;
Je l’emporte au tombeau pour m’embellir le ciel.

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Frederick Morgan

Un dimanche avec Lamartine 2

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Hymne de l’enfant à son réveil

Ô père qu’adore mon père!
Toi qu’on ne nomme qu’à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère!

On dit que ce brillant soleil
N’est qu’un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.

On dit que c’est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître!

On dit que c’est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
El que, sans toi, toujours avare,
Le verger n’aurait point de fruits.

Aux dons que ta bonté mesure
Tout l’univers est convié;
Nul insecte n’est oublié
À ce festin de la nature.

L’agneau broute le serpolet,
La chèvre s’attache au cytise,
La mouche au bord du vase puise
Les blanches gouttes de mon lait!

L’alouette a la graine amère
Que laisse envoler le glaneur,
Le passereau suit le vanneur,
Et l’enfant s’attache à sa mère.

Et, pour obtenir chaque don,
Que chaque jour tu fais éclore,
À midi, le soir, à l’aurore,
Que faut-il? prononcer ton nom!

Ô Dieu! ma bouche balbutie
Ce nom des anges redouté.
Un enfant même est écouté
Dans le chœur qui te glorifié!

On dit qu’il aime à recevoir
Les vœux présentés par l’enfance,
À cause de cette innocence
Que nous avons sans le savoir.

On dit que leurs humbles louanges
A son oreille montent mieux,
Que les anges peuplent les cieux,
Et que nous ressemblons aux anges!

Ah! puisqu’il entend de si loin
Les vœux que notre bouche adresse,
Je veux lui demander sans cesse
Ce dont les autres ont besoin.

Mon Dieu, donne l’onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l’ombre et la rosée aux plaines.

Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu’il pleure,
À l’orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberté.

Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur,
Donne à moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse!

Que je sois bon, quoique petit,
Comme cet enfant dans le temple,
Que chaque matin je contemple,
Souriant au pied de mon lit.

Mets dans mon âme la justice,
Sur mes lèvres la vérité,
Qu’avec crainte et docilité
Ta parole en mon cœur mûrisse!

Et que ma voix s’élève à toi
Comme cette douce fumée
Que balance l’urne embaumée
Dans la main d’enfants comme moi!

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Fernande Sadler

Un dimanche avec Lamartine 1

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Pour ce dernier dimanche de l’été, j’ai réuni quelques grands-mères. Juste pour le plaisir. Ou peut-être aussi parce que ma grand-mère maternelle qui aimait tant les poètes et la musique, m’a profondément marquée et qu’elle a laissé en moi des traces indélébiles. Et parce qu’elle aimait beaucoup Alphonse de Lamartine, chacune des grands-mères qui viendra s’asseoir au pays de Lali ce dimanche, en commençant par celle peinte par l’artiste James E. Seward, sera accompagnée par un poème ou par un extrait de l’auteur du magnifique poème Le lac.

À l’heure du Portugal 46

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moment musical en compagnie de Dulce Pontes
interprétant Medo

*toile de Margaret Aycock

Les vers de Baudelaire 3

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La lectrice peinte par Clay Hejl, que j’avais laissée seule avec Les fleurs du mal, attendait impatiemment mon arrivée. Elle venait de lire ceci, qui l’avait profondément émue :

Le vin des amants

Aujourd’hui l’espace est splendide!
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin!

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain!

Mollement balancés sur l’aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma sœur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves!

toutes les promesses, toutes les couleurs

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viendra-t-il à nouveau un jour
où du cadre on effacera le contour
où le cœur devenu moins lourd
le temps deviendra sourd
aux questions
et à la raison

viendront-elles ces heures
où le ciel portera de la tendresse
toutes les promesses
toutes les couleurs

(septembre 2009)

*toile de Nouréddine Zekara

La langue de chez nous

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La fenêtre est ouverte, comme elle le sera tant que septembre et octobre auront encore des airs d’été, tant que les enfants joueront dehors et que leurs voix monteront jusqu’à moi. Voix, et surtout accents, que j’écoute comme d’autres s’imprègnent de musique. Pour le mélange. Pour la partition qu’ils construisent en français dans un Montréal cosmopolite et éclectique. Pour cette langue qui est devenue la leur et qui la réunit. Pour cette langue qui est la mienne. À nulle autre pareille. La langue de chez nous.

*toile de Marlene Wiedenbaum

On va faire le tour du lac?

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Denise a réservé plusieurs embarcations, ne sachant laquelle vous plairait!