Qu’importe le soleil? Je n’attends rien des jours.
(Alphonse de Lamartine)
*toile signée Alexander Hugo Bakker Korff
Qu’importe le soleil? Je n’attends rien des jours.
(Alphonse de Lamartine)
*toile signée Alexander Hugo Bakker Korff
Ce serait banal, un livre? Loin de là, ai-je envie de dire à la lectrice de l’artiste Alex Gross avant de l’inviter à aller y voir de plus près…
Rien n’est vrai, rien n’est faux; tout est songe et mensonge,
Illusion du cœur qu’un vain espoir prolonge.
Nos seules vérités, hommes, sont nos douleurs.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Pia Ranslet
Et tu veux qu’éveillant encore
Des feux sous la cendre couverts
Mon reste d’âme s’évapore
En accents perdus dans les airs!
La gloire est le rêve d’une ombre;
Elle a trop retranché le nombre
Des jours qu’elle devait charmer.
Tu veux que je lui sacrifie
Ce dernier souffle de ma vie!
Je veux le garder pour aimer!
(Alphonse de Lamartine)
*illustration de Beth Peck
Insectes bourdonnants, assembleurs de nuages,
Vous prendrez-vous toujours au piège des images?
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Thomas Waterman Wood
Le soir
Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs
Le char de la nuit qui s’avance.
Vénus se lève à l’horizon;
A mes pieds l’étoile amoureuse.
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.
De ce hêtre au feuillage sombre
J’entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu’on entend voltiger une ombre.
Tout à coup détaché des cieux,
Un rayon de l’astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.
Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme?
Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère?
Les secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler?
Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux?
Viens-tu la nuit briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance?
Viens-tu dévoiler l’avenir
Au cœur fatigué qui t’implore?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas finir?
Mon cœur à ta clarté s’enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus
Douce lumière, es-tu leur âme?
Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage?
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d’eux!
Ah! si c’est vous, ombres chéries!
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.
Ramenez la paix et l’amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.
Venez !… mais des vapeurs funèbres
Montent des bords de l’horizon :
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les ténèbres.
(Alphonse de Lamartine)
*toile d’André Susplugas
À qui donc est destinée cette lettre sur la table? Est-elle si difficile à écrire pour que les sœurs peintes par Sergei Rymoshevsky ne semblent pas l’avoir commencée? À moins que les mots ne viennent pas aussi facilement qu’on le voudrait quand on a quelque chose d’important à écrire?
Toutes ces questions sont à vous, ainsi que la toile qui les accompagne, pour toute une semaine, puisque je ne validerai pas les commentaires avant dimanche, ce qui vous laisse amplement le temps d’apprivoiser la scène et de la raconter en vos mots…
À dimanche prochain pour la suite!
Les voiles
Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.
J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.
Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur;
La foudre ici sur moi tomba de l’arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Martin Stone
Je chantais, mes amis, comme l’homme respire,
Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire,
Comme l’eau murmure en coulant.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de George Smith
Souvenir
En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace;
Dans mon âme rien ne t’efface,
Ô dernier songe de l’amour!
Je vois mes rapides années
S’accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.
Mon front est blanchi par le temps;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu’enchaîne
Le souffle glacé des autans.
Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l’âme, elle n’a point d’âge.
Non, tu n’as pas quitté mes yeux;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.
Là, tu m’apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t’envolas avec l’aurore.
Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t’a suivie;
Tes yeux, où s’éteignait la vie,
Rayonnent d’immortalité!
Du zéphyr l’amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d’ébène,
L’ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l’aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.
Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit;
Mais mon amour n’a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.
C’est toi que j’entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage;
L’onde réfléchit ton image;
Le zéphyr m’apporte ta voix.
Tandis que la terre sommeille,
Si j’entends le vent soupirer,
Je crois t’entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.
Si j’admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.
Et si le souffle du zéphyr
M’enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C’est ton souffle que je respire.
C’est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.
Quand je dors, tu veilles dans l’ombre;
Tes ailes reposent sur moi;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d’une ombre.
Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J’irais m’éveiller dans ton sein!
Comme deux rayons de l’aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu’une âme, et je soupire encore!
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Carlton Alfred Smith
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