
Dès que je devais lui parler, j’étais prise de terreur. La moindre conversation devenait une enquête. Et tandis que je tentais d’éviter les pièges qu’elle semait çà et là, je sentais les gouttes de sueur perler sur ma nuque. Je savais que le tout allait durer un moment. Qu’il fallait qu’elle aille au bout de sa pléiade de questions.
Qu’allait-elle faire de toutes mes réponses d’enfant, elle l’adulte que je vouvoyais en faisant attention à ma diction alors que je tutoyais la plupart des gens de ma famille? Allait-elle trouver dans celles-ci des failles qu’elle pourrait utiliser?
Du haut de mes six ans, de mes dix ans, je ne comprenais pas son jeu. Ni son acharnement. Je n’ai jamais saisi le sens de ce questionnaire qui revenait ponctuellement. Et quand récemment j’ai eu droit à une scène semblable à celles qui me terrorisaient enfant, j’ai rêvé de ce moment où elle en aurait fini avec moi pour retourner à mes livres.
*sur une toile de Martin M. Cassity
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