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Moment de partage… un autre…

montalvo

Et je reste dans la musique, elle qui ne m’a jamais blessée, elle qui a été de tous les jours de ma vie au même titre que les livres. Et je me laisse bercer par toutes celles qu’on m’envoie. Et le bonheur, ce sont autant des notes tirées d’un violoncelle que des mots qui riment, autant une harpe celtique que des phrases qui nous tirent des larmes ou un sourire. Et sans ces musique sans paroles, ces paroles sur des musiques, je ne sais pas vivre. Il me faut ma dose quotidienne.

Et ce soir, c’est le cadeau de Denis que j’écoute en boucle, « La cancion de los amantes » de la chilienne Mariana Montalvo. Brel n’a rien perdu dans cette magnifique interprétation dont je ne me lasse pas. Celle-ci soutenue par un orchestre de cordes plein de nuances et de douceur.

Il y a des moments comme ça, des moments de partage qui durent et durent puisque les musiques sont quelque part, prêtes à être écoutées et à nouveau partagées. Et le bonheur que ces moments existent.

Du piano pour rêver

strickland

L’après-midi va bientôt se terminer. Je vois par la fenêtre du bureau le ciel s’assombrir.

Je fais une petite pause de la brochure dont je suis à réviser la traduction pour écouter le piano de Robert Strickland. Les notes fusent de partout, on dirait du cristal. Et je me laisse emporter par la valse des doigts du pianiste sur les touches. Ravissement.

Je suis séduite par « Daybreak on the Desert » ou « Sunset on Santa Fe », comme toujours.
Et me voilà au soleil en plein été quelque part au sud.

Il suffit de si peu pour rêver. De si peu. Quelques contes (tales) et le jour est joué.

Au nom de l’amour et d’une chanson

hearts2

Je vous aimés, hommes qui ont traversé ma vie. Je vous ai aimés avec fougue ou avec tendresse. Je vous ai aimés à la folie ou sans y croire. Je vous ai aimés, sans vous le dire le plus souvent, imaginant que dans mon regard vous alliez comprendre. Je me suis attardée ou j’ai fui.

Je vous ai aimés sans penser, sans calculer. J’ai laissé vos mots couler sur ma peau en d’infinies caresses. Je vous ai donné ma bouche à goûter. J’ai pris vos rêves et vos souvenirs dans ma besace. J’ai effacé des doigts une larme.

Oui, je vous ai aimés dans la démesure ou en hésitant. Sans réfléchir. Un soir. Quelques semaines. Des années. Ou encore.

Je vous ai aimés à distance. Je vous ai aimés sans savoir que je vous aimais. Je vous ai aimés.

Tandis que Reggiani chantait les mots que je n’ai pas su dire:

Combien de temps…
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures combien?
Quand j’y pense mon cœur bat si fort…
Mon pays c’est la vie.
Combien de temps…
Combien

Je l’aime tant, le temps qui reste…
Je veux rire, courir, parler, pleurer,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J’ai pas fini, j’ai pas fini
Voler, chanter, partir, repartir
Souffrir, aimer
Je l’aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu’il n’y a pas longtemps…
Et que mon pays c’est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c’est comme ton pain…
Gardes-en pour demain…

J’ai encore du pain,
J’ai encore du temps, mais combien?
Je veux jouer encore…
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d’Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J’ai pas fini, j’ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu’à la fin de ma voix…
Je l’aime tant le temps qui reste…

Combien de temps…
Combien de temps encore?
Des années, des jours, des heures, combien?
Je veux des histoires, des voyages…
J’ai tant de gens à voir, tant d’images…
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C’est drôle, les cons, ça repose,
C’est comme le feuillage au milieu des roses…

Combien de temps…
Combien de temps encore?
Des années, des jours, des heures, combien?
Je m’en fous mon amour…
Quand l’orchestre s’arrêtera, je danserai encore…
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul…
Quand le temps s’arrêtera…
Je t’aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment…
Mais je t’aimerai encore…
D’accord?

(Le temps qui reste, paroles de Jean-Loup Dabadie)

Saule et les Pleureurs ou comment déchaîner le Lion d’Or

saule

Quelle énergie, quelle folie, quelle fureur de vivre que Saule et ses Pleureurs sur la scène du Lion d’Or. Quelle poésie aussi, quel sens de l’autodérision. « Fils illégitime d’Alexandre le bienheureux » m’a chuchoté un fidèle du Coup de cœur francophone depuis 20 ans. Je n’ai pu qu’acquiescer : c’est si bien dit.

Et de Saule, je ne connaissais que Si et si bien que j’ai pu la fredonner tandis que sur scène se déployait la belle synergie de cette bande de bons vivants à l’humour bien belge. Ce que sait faire Saule (né Baptiste) avec sa voix relève parfois du brio. Et tout cela avec un tel naturel, avec une telle envie de partager autant avec ceux qui l’accompagnent que ceux qui se sont levés d’emblée pour un rappel et qui seraient bien restés là encore un moment à découvrir ce petit quelque chose qui fait qu’ils iront loin.

Je leur souhaiterais bien des salles plus grandes si c’est ce qu’ils souhaitent eux aussi, mais je pense que les petites salles intimes comme celle de ce soir sont tout à fait appropriées pour conserver cette complicité avec le public qu’ils savent créer.

Non, je n’ai pas résisté à l’envie de partir avec le CD sous le bras. Et je crois même que Saule va être de service non stop sur le lecteur ces prochains jours. Je dis ça, mais bon, je sais bien que je suis changeante, avide de tout et qu’il y a bien autre chose qui me fera un signe un soir ou un autre même si pour le moment je suis dans le ravissement. Et si j’allais rêver? Le soleil me réveillera bien assez vite.

Des mots auxquels on croit

cali

Au creux de mon oreille
Vous aviez cru bon
De cibler de cribler mon cœur
De mots enflammés
De mots ficelés de mots enrobés
De douceur
Des mots de menteur

Oui je les ai tous bus
Je les ai tous crus
Il faut faire gaffe
Il y a des mots qui tuent
Il y a des mots qui puent
Des mots qui saccagent des mots qui arrachent
Des mots qui abîment à jamais le cœur

Et s’il n’y avait qu’une seule chanson à tirer de l’album de Cali, ce serait sûrement Menteur. Parce que sûrement me touche-t-elle plus que les autres, même si toutes ont un petit quelque chose.

On aime souvent des chansons qui parlent de nous, me disait quelqu’un il y a huit jours. Et je me permettrai d’ajouter: ou alors des chansons qui ont des thèmes qui nous sont chers; ou encore qui nous ramènent au souvenir de la première écoute ou des gens avec qui nous les avons partagées.

Et cette chanson, j’ai beau chercher, je ne sais pas comment elle est arrivée jusqu’à moi. Probablement un soir où j’écoutais la radio ces paroles sont-elles venues chercher en moi un souvenir. Je n’ai eu qu’une envie: l’écouter à nouveau. Et c’est chaque fois différent. Ce ne sont pas les mêmes images, ni un seul visage qui surgissent, mais des bribes de ce qui a été, de ce que j’ai été, de ce que j’ai cru.

Ce n’est pas triste tout ça. J’ai cru. Et comme l’a dit Jean-Marc une nuit, je croirai encore. J’ai quelques doutes, mais peut-être a-t-il raison.

Happy (radio) days

hpr

Et c’est le sourire quand on met la main sur un CD qu’on savait posséder mais dont on avait oublié l’existence même s’il nous avait enchanté des heures durant au moment de sa sortie, en 1999. Et quel joli titre que Happy radio days pour rassembler ces mélodies d’un autre temps qui font rêver.

Des classiques comme « The typewriter », « Smoke gets in your eyes », « Begin the beguine » ou « Cherry pink and apple blossom white » qui avaient dû enchanter mes parents bien avant moi ont des airs de fête dans ces arrangements de Michel Legrand dirigeant le London Studio Orchestra. Et dire que je me souvenais plus de ce CD !

Y aurait-il trop de livres, trop de CD, trop de cassettes et de 33 tours dans cet appartement dont je pourrais ne jamais sortir si jamais je devenais ermite parce que j’ai tout ce qu’il me faut ? Même une méthode pour apprendre l’italien que je vais ressortir ces prochains jours. Et du café, bien entendu.

Qu’on me reproche d’être dans ma bulle, je n’en ai cure. Qu’on me demande d’expliquer pourquoi je m’échappe de la vie des gens qui minent mon moral sous prétexte que je les laisse tomber, alors qu’ils ont besoin de moi, je ne fais pas fi de ces reproches. Mais je m’échappe quand même. Je ne veux plus dans ma vie de ces ruineurs de levers de soleil ni de ceux qui, là où il y a une mince couche de gris clair, rajoute trois couches de noir. Oui, je m’échappe. Je disparais au détour de la rue des aventures qui sont miennes. À 45 ans, j’ai connu suffisamment de trahisons, de ruptures, de mensonges, de manipulations, pour reconnaître les signes précurseurs et filer à toute vitesse loin de tout ce qui fera que je pourrais me rendre coupable de quelque chose dont je ne suis pas responsable.

Je me connais suffisamment pour savoir qu’à une « amie » qui éteindra ma joie ou tentera par tous les moyens de le faire – et c’est arrivé -, je préférerai un livre ou un CD, un bain plein de mousse ou un café liégeois, le soleil qui se pose sur ma peau ou la première neige de l’hiver. Les années de tristesse m’ont appris à ne plus – ou le moins possible si je peux y faire quelque chose – laisser entrer dans ma vie ce qui pourrait faire à nouveau de moi la consolatrice de tous les cœurs blessés, la super Lali de service pour résoudre à peu près tout ou – et surtout – celle qui prendra tout sur ses épaules pour que l’autre aille mieux et qui elle, ira mal après.

Voilà que je ferme la parenthèse sur ce sujet que j’ai mis maintes fois sur le tapis. Je ne vous expliquerai pas les raisons. Juste qu’on a encore voulu me tirer en arrière et que l’élastique a brisé. Et que celui-ci m’a projetée sur la piste de danse qu’est le plancher de bois du salon pour danser sur les arrangements de Michel Legrand. Happy (radio) days.

Visite au pays d’Isabelle Mayereau

mayereau

et j’écris et j’écris
sur papier d’harmonie
des mots à des mots à
à parfumer ton ouïe

Et tandis que j’écris, que j’écris, inlassablement, je me laisse bercer par les mots d’Isabelle Mayereau, auxquels je suis retournée récemment. Et si certaines chansons me touchent moins que d’autres, la plupart ont conservé tout leur charme. Et si certaines des mélodies ne se démarquent pas des autres, parce que trop ressemblantes, rien ne m’empêche de les chantonner avec plaisir.

Les moments de bonheur, ce sont aussi des chansons qu’on croyait oubliées et qui reviennent se poser sur nos lèvres. « Tu m’écris » est une de celles-là.

Cafe Italia, pour l’ambiance

IC

Pour être au diapason et me baigner de l’Italie où séjournent mes parents, j’écoute Italian Cafe, le CD que je leur ai offert pour les mettre dans l’ambiance de ce pays qu’ils aiment tant. Et je me laisse bercer par les voix de Fred Buscablione, Vinicio Capossela, Gianmaria Testa et autres.

Pour qui aime cette langue italienne, la lingua del amore, voilà le CD tout désigné. De beaux arrangements, des voix chaudes et riches, et l’ambiance ! Un capuccino avec ça ?? Oui !!

Un guitariste exceptionnel

alexdegrassi

À mesure que je découvre de nouveaux artistes et de nouveaux horizons, persiste en moi ce besoin continu de retourner à ceux que j’aime. Comme pour dire à ceux qui étaient dans mon jardin de notes que je ne les oublie pas même si j’accueille de nouveaux artistes qui me font rêver, danser et fredonner. Qu’il y a de place pour tous dans l’univers éclectique de Lali qui aime autant les mots et les couleurs que les notes. Et qui a un gros faible pour les guitaristes.

Est-ce parce que je n’ai jamais su dompter la bête – ma guitare – à cause de mes doigts trop courts que j’ai une telle admiration pour ceux qui manient l’instrument avec tant de virtuosité ? Et pourtant, ce n’est pas faute d’essayer, mais j’ai compris que le piano m’allait mieux. Tout ça pour en arriver à Alex De Grassi, ce guitariste exceptionnel, né au Japon, mais ayant grandi à San Francisco.

C’est son cousin, Will Ackerman, autre guitariste hors du commun, qui l’a poussé à enregistrer son premier disque, alors que ce dernier se lançait dans la production en fondant Windham-Hill, synonyme aujourd’hui de musique instrumentale nouvel âge, et regroupant des artistes comme Michael Hedges, George Winston et Liz Story, pour ne nommer que ceux-là.

Et ce soir, c’est De Grassi qui tourne en boucle. Et cet album datant de 1992 donne un bel exemple de ce que ce guitariste sait tirer de son intrument. Certaines pièces donnent la chair de poule. Et c’est peu dire.

Quel bonheur qu’un jardin où les fleurs sont des chansons ou des poèmes, des mélodies ou des romans, des paysages et des amitiés, des toiles comme des plats. D’autant plus que c’est un jardin sans barrière et sans limite. Un jardin qui ressemble à la liberté.

LA question de Sylvain Lelièvre

lelievre

Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves, des rêves de nos vingt ans?
Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves, même trop fous même trop grands?

demande Sylvain Lelièvre, parti trop vite en 2002, dans une très belle chanson. Et si les miens étaient presque inchangés même si je m’en suis détournée quelque temps? Et si les miens étaient toujours aussi présents et aussi vifs? Et si je rêvais toujours autant de voir des pays, de rencontrer des gens, d’écrire et d’être libre?

Et si beaucoup trop de gens ont mis de côté leurs rêves, rongés par un quotidien qui les bouffe, je ne suis pas de ceux-là et n’espère bien jamais en être. Même si certains rêves semblent trop grands, voire impossibles aux yeux de certains. Cesser de rêver, c’est sûrement mourir à petit feu.

Pas pour moi cesser de rêver, la vie est trop bonne, même si elle ne m’a toujours gâtée. Et puis, je préfère gommer les souvenirs tristes au profit des plus gais. Même s’il fut un temps où je me complaisais dans les poèmes tristes. Mais plus maintenant. Et plus jamais, j’espère.

Car je n’ai pas oublié les rêves de mes 20 ans.
Car « Y’a pas plus beau métier que de tenir parole », disait encore Sylvain Lelièvre, immortalisé par cette magnifique sculpture de Jean-Pierre Busque. Et ce que j’ai affirmé à 20 ans, ce que j’ai voulu et souhaité, puissé-je ne jamais défaillir et tenir parole. Pas envers qui que ce soit, mais envers moi-même. Et s’il faut pour cela tous les jours, et pour ne pas laisser tomber, écouter la chanson de Sylvain Lelièvre, une des plus belles du répertoire québécois, je le ferai.