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De la musique qui virevolte comme des flocons de neige

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Le ciel est lourd et se déverse en flocons mouillés. On a presque l’impression que le soleil ne s’est pas vraiment levé tant on ne le voit pas derrière les nuages bien compacts. Et je regarde tout cela tandis que la musique de Haydn virevolte. Parfait mélange, d’autant plus parfait si le café s’y ajoute.

Et j’aime particulièrement le concerto pour orchestre et hautbois en do majeur qui résonne en cette minute. Il fait frissonner ma peau à la manière de ce que fait la neige quand elle se glisse dans notre cou. Et c’est déicieusement bon ce petit plaisir. Si bon que je crois que je vais me laisser tenter et aller faire un tour dehors tout à l’heure. Et tant pis si je rentre mouillée. La neige, ça ne se vit pas derrière la fenêtre.

Locatelli à la chandelle

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Je croyais que c’était l’ampoule qui lâchait quand elle a commencé à grésiller, mais il semble bien que ce soit l’interrupteur. Tant pis, voire tant mieux, puisque j’écoute les concerti grossi de Locatelli à la chandelle, comme on le faisait à son époque. Et finalement, tout cela a beaucoup de charme. Petite ambiance feutrée pour ce violoniste compositeur né à Bergame et ici dirigé par Jaroslav Krecek.

C’est gai à la manière de Vivaldi. Ça donne des envies de danser sur les trottoirs en faisant la révérence. Je sais, je sais, j’ai beaucoup d’imagination. Mais c’est soir de fête et je me la fais à moi, à ma mesure comme à ma démesure, pour mon plaisir, pour me retrouver. Et c’est bon, et je me sens bien. J’avais besoin de ce moment à moi, de m’imprégner de musique avant que je ne me serve mon frugal repas de fête.

Et Pietro Locatelli est tout à fait de circonstance.

Un carnaval des animalz qui m’a bien plu !

mcc

C’est dans la salle de spectacle de la toute nouvelle Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord – qui n’a que trois ans -, dans ce quartier de mon enfance, qui est toujours celui de mes parents, que j’ai assisté samedi soir à un bien agréable moment de musique et d’humour. Philippe Noireault, le pianiste/chanteur/auteur/compositeur qui accompagnait les jeunes artistes lors des soirées mémorables du Bistro d’Autrefois il y a quelque 20 ans et qui a toujours ce même esprit fin qu’il avait alors, avait réuni ses complices Nicolas Cousineau (au violoncelle), Julien Grégoire (aux percussions, batterie et marimba), Sven Meier (au violon alto) et Guy Pelletier (aux flûtes et percussions) pour un spectacle intitulé Le carnaval des animalz.

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Du Gare au gorille de Brassens, en passant par La maman des poissons de Bobby Lapointe, C’est le printemps de Perret, L’éléphant et le président de Gilbert Lafaille et Pépée de Ferré, chacune de ces chansons a été interprétée avec brio et générosité tant par Philippe Noireault que chacun des musiciens. Seul petit bémol : une chorégraphie sur une adaptation du Lac des cygnes de Camille Saint-Saëns, qui cassait le rythme et la bonne humeur, mais rachetée et de façon éblouissante par une bien sympathique mise en lecture du Loup, len texte d’un écolier anonyme rapporté par Alexandre Vialatte, dans une narration de Philippe Noireault soutenue par une improvisation musicale.

C’est donc une salle conquise, après une bien belle interprétation de La complainte du phoque en Alaska que les artistes ont laissée derrière eux. Il ne reste plus qu’à souhaiter que Le carnaval des animalz ait une jolie carrière, dans les maisons de la culture et dans de petites salles que cette jolie bande saura réchauffer par son humour, son talent et son goût du partage.

Variations pour un dimanche gris

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Le bonheur, c’est sûrement de trouver chez soi ce qu’on a envie d’entendre. Et même le café en est plus savoureux quand il s’agit des variations sur un thème de Purcell de Benjamin Britten. Celles-ci entendues une première fois dans un cours de musique quand j’avais 12 ans sur un vieux 33 tours et que j’ai cherchées pendant des années avant de pouvoir les écouter à nouveau plus de vingt ans après, font mon premier bonheur du jour. Sans imaginer quels seront les autres. Je profite du moment, je me laisse toucher, imprégner.

Et le bonheur est là. Grâce à un enchevêtrement de notes.

Voler… sur les mots de Linda Racine

lindaracine

Ce soir il fait nuage
Dans le creux de mon lit
Ce soir il fait naufrage
Dans le corps de ma vie

chante Linda Racine dans Le cœur à l’envers

Comme elle chante aussi
Moi mes désirs ont des ailes
Et mes ailes ont des envies de toi
Moi mon cœur est un rebelle
Laisse-le s’envoler au-delà

dans « Au-delà ».

Et sa voix et les mots des autres qu’elle chante deviennent miens. Et ce sont mes désirs à moi qui ont des ailes pour tenter d’éviter l’imminence du naufrage…
Et je ne sais que voler quand je me sens ainsi emportée. Et je ne sais faire que ça…

Café, délices et orgues

orgues

C’est un matin où il fait bon le café et la musique. Un matin où je me laisse bercer par Bach. Des orgues qui m’en rappellent tant d’autres. Particulièrement celles de l’église Saint-Jean-Baptiste ces soirs où j’allais m’asseoir religieusement sur les bancs de bois pour écouter quelque concert. Parce que ce lieu a une signification bien spéciale pour moi. Il y a longtemps, très longtemps, ma grand-mère chantait dans la chorale de la paroisse et c’est aussi là qu’elle a uni son destin à celui qui a été le héros de mon enfance et pour qui j’ai été le bonheur de sa vieillesse.

Tout à côté de la rue Saint-Denis, rue Rachel, à quelques coins de rues du quartier portugais, l’église Saint-Jean-Baptiste se dresse, sans prétention. Quelques volées de marches y mènent, lesquelles j’ai toujours franchies avec enthousiasme, car chaque fois que je suis allée dans ce lieu, c’était toujours au nom de la musique, qu’il s’agisse de récitals d’orgue ou d’orchestres, de quatuors à cordes ou de soirées dédiées à des extraits d’opéras.

Et ces orgues majestueuses, de facture Casavant Frères, sont remarquables. Je ne me lasserai jamais de m’asseoir là et de me laisser emporter comme je me laisse emporter ce matin par les doigts de Marie-Claire Alain sur les claviers.

Musique au ventre

violons

Même les cordes qui s’ajustent entre elles avant que le concert ne commence ont un effet sur moi, car de la cacophonie naîtra l’harmonie. Et c’est toute tremblante, le corps et l’âme à fleur de peau, que je vis un concert de musique classique. C’est fragile que je laisse la musique me prendre sans réfléchir.

Ce fut le cas hier soir à Vincent d’Indy pour le concert de l’orchestre de l’école. J’étais loin, au fond de cette salle, mais on n’est jamais bien loin quand la salle est petite, personne devant moi, les yeux rivés à ce qui allait se jouer de passion. Et tous les concerts de ma vie me revenaient en tête. Ceux des grandes salles, bien entendu, mais encore davantage ceux de mon adolescence où je m’aventurais sur scène, nœud au ventre, pour une des Scènes d’enfants de Schumann ou un prélude de Chopin; ceux où j’allais encourager mes amies, pianistes, violonistes ou guitaristes; ceux de cette école de musique privée où j’ai donné des ateliers littéraires dans une autre vie; et surtout ceux de ces midis dans ce cégep voué à la musique dont je garde le souvenir impérissable de petites salles de pratique les unes à côté des autres devant lesquelles je m’asseyais en indien, carnet en main, tentant de me trouver au milieu de cette délicieuse volée de notes pour l’un ou d’un archet tyrannique pour l’autre.

Et tandis que tout cela remontait en moi, avec des bribes d’autres instants, les notes ont jailli de partout et je n’étais plus que cela: musique. Jusqu’à mon dos qui vibrait comme s’il avait été gratté par l’archet d’un violoncelliste. Et je n’étais plus que cela: musique.

Et aussi bonheur, car il y avait tellement de complicité entre Sven Meier et ses élèves que ça ne peut s’appeler que bonheur. Il fallait voir les yeux de ces jeunes artistes briller. Il fallait les voir dans leurs élans. Il fallait voir l’amour dans les gestes du chef d’orchestre. Et j’ai eu ce bonheur.

Attendrie par le duo des chats de Rossini, amusée par l’idée de joujoux modernes et bruyants incorporés à la symphonie des jouets de Haydn et ravie par le résultat, émue par la valse triste de Sibelius, j’ai été tout ça.

Et je n’ai pas osé entrer dans ce monde qui n’est pas mien pour aller féliciter celui qui a fait de ma soirée un moment exceptionnel. Je suis rentrée tranquillement dans la nuit froide. Il me fallait être seule ou appuyer ma tête sur une épaule, sans rien dire. Et je suis restée seule, avec au ventre la musique qui me portait. Riche d’un moment qui m’inspirera peut-être un poème ou une nouvelle. Ou auquel je reviendrai juste pour ce sentiment de plénitude qui a été mien deux heures durant et qui me berce alors que le soleil prépare son entrée.

Un peu de Bach comme plaisir du jour

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Bach est sûrement le classique des classiques et celui qui a formé – parfois indirectement – et inspiré le plus grand nombre de compositeurs depuis presque trois siècles. Et si la plupart du temps, j’aime écouter certains grands artistes dont la réputation n’est plus à faire interpréter fugues, préludes ou autres pièces, j’aime aussi oser sortir des sentiers battus.

Ces « Bach Variations », très nouvel âge, ne cassent rien: elles sont agréables. Et c’est déjà beaucoup. En fait, seuls les puristes sont capables de bouder leur plaisir. Seuls les élitistes peuvent passer à côté de jolies merveilles comme celle-ci. Sans prétention. Résultat d’une réunion d’artistes autour de Bach pour le simple bonheur du partage.

Ce CD maintes fois écouté pour m’inspirer ou juste rêver ne changera pas le cours de l’histoire des interprètes de Jean-Sébastien Bach. Peut-être, par contre, le Turtle Island String Quartet et le Modern Mandolin Quartet vous donneront-il envie de faire la révérence sur une gavotte toute en dentelle ? Ou Nightnoise aura-t-il si bien exploité une bourrée que Bach sera devenu le temps de cette pièce un peu celte ?

J’aime ce mélange d’univers où chacun a mis un peu de lui et beaucoup de Bach. Ce mélange qui donne au blanc de la neige un éclat encore plus lumineux.

Une chanson qui résonne en moi

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La chanson « Tous les garçons et les les filles » m’a fait pleurer plus qu’aucune autre chanson ne l’a fait. Mais de Françoise Hardy, c’est celle-ci que j’ai envie de retenir.

L’AMITIÉ

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d’autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu’un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l’on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu’à mon tour je ne sois plus personne
S’il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J’oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois

(paroles de Jean-Max Rivière)

Probablement parce qu’à elle seule elle exprime tant de choses que je ressens et que je n’ose pas toujours dire.

Un CD pour faire fondre le givre

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Ce qui avait commencé par de la neige est devenu de la pluie, du verglas, du vent, bref un lourd mélange qui colle aux arbres et fait ployer certaines branches, malgré le côté féérique de la chose. Et je suis rentrée si trempée de ma courte marche sur la rue Beaubien après un diner avec un ami que quatre heures plus tard, mes cheveux sont tout juste secs.

Alors, du coup, j’ai mis sur la platine un CD de chansons portugaises (en pensant à Armando) pour mettre un peu de chaleur dans ma maison. Et je me laisse bercer par les voix de Fernanda Maria, Maria-Gloria Guedes et Lucinda Sobral. Et je gomme du coup le givre à la vitre et je n’ai plus froid.

J’aurais bien voulu aller à une lecture du CEAD ce soir, mais pas avec un manteau qui est encore à sécher, non merci. Et même si le vent est tombé. Je préfère de loin me laisser bercer par la musique, sortir mes bols du Portugal et me faire un bol de soupe. Parce que c’est ça la vie, goûter le plaisir là où il est et ne pas se compliquer la vie à outrance, ni ne se faire des obligations là où il n’y en a pas.