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Tandis que les heures s’égrènent

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Les heures s’égrènent à l’horloge du journal La Presse et près de Gand, où Jean-Marc et Cath attendent des nouvelles. À l’heure ou le premier, dans les circonstances, voit tout un pan de sa vie défiler. Des éclats de rire, des chansons, de la complicité, ses 20 ans, tous ces souvenirs qui rendent la vie précieuse quand ils sont teintés du sceau de l’amitié indéfectible.

Et tandis que le temps coule, lentement, comme dans le sablier du temps qui fait son œuvre, je voudrais juste lui dire qu’à 6000 km de lui, je pense à lui. Juste ça, que je pense à lui très fort.

Toujours trop tôt

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C’est quand une triste nouvelle touche quelqu’un qu’on aime et qu’on ne peut prendre cette personne dans nos bras que le vide est grand. Encore plus grand quand en plus il n’y a personne pour nous prendre dans ses bras. Juste pour la chaleur humaine. Juste pour…

Et on ouvre, comme la lectrice de Mark Rothko, les pages d’un livre, on cherche des mots rassurants. Pour continuer à vivre.

Même si en ce moment on procède à l’autopsie d’une jeune femme de 30 ans trouvée morte dans les toilettes à quelques mètres de ses collègues qui ne lui ont été d’aucun secours, parce que la mort sera venue trop vite, trop tôt, traître. Et les larmes coulent sur le visage de celle qui est seule. Comme sur celui de celle dont elle était l’amie et qu’on voudrait prendre dans nos bras.

Et on ouvre les livres, et on regarde les toiles, et on se dit qu’il faut vivre, vivre, vivre, qu’on ne sait pas ce qui nous attend dans quelques heures, quelques mois, des années ou des décennies. Mais que ça sera toujours trop tôt.

Ces petites histoires

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Quand nous lisons ces petites histoires à propos de rien, nous sentons notre horizon s’élargir, notre âme atteindre une étonnante impression de liberté. (Virginia Woolf)

Je laisserai là le lecteur peint par Vanessa Bell, la propre sœur de Virginia Woolf, question d’aller au devant de ces petites histoires qui se trament ici et là. Ces petites histoires étonnantes qui se déroulent dans nos têtes tandis que nous regardons vivre les uns et les autres au hasard de promenades. Je vous raconterai…

Nous avons des chaussures à user

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Je la regardais lire au salon le guide sur Montréal que je lui avais prêté. Il y avait chez Juliette quelque chose de la lectrice peintre par Miriam Briks. Du bonheur. La jeunesse. La soif de découvrir et d’apprendre. La curiosité et le ravissement. Un peu tout ça. Et juste à la regarder plongée dans le guide, j’ai su que la petite Champenoise envoyée par mon ami Olivier allait me plaire, que nous allions bien nous entendre.

Il y a comme ça des choses qui ne s’expliquent pas, qu’on sait d’instinct. Les heures suivantes dans Montréal allaient nous le prouver. Son sourire aussi. Nous n’avons 25 ans d’écart que sur papier. Et demain, à nous Montréal. Nous avons des chaussures à user.

Enlevez à un papillon ses ailes…

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Enlevez à un papillon ses ailes et il redeviendra chenille. C’est ce qui arrive à ceux et celles qui vivent des mésaventures avec leur blog. Je pense à deux amies qui ont vu leur « bébé » disparaître du jour au lendemain après deux années de travail. Sans aucune explication ou sinon, à tout le moins vaseuse. Je pense à cette fois où le pays de Lali a été piraté, probablement par défi ou par pari et qui, par chance, a pu retrouver ses ailes. Je pense à ces semaines, comme celle qui se termine, où les spams se multiplient plus vite que les lapins et qui pourraient faire qu’on ne puisse déceler au milieu de la masse de parasites, un joli et gentil commentaire, dans l’urgence de détruire la vermine et d’ajouter de nouveaux mots dans ceux bannis et proscrits.

Et je pense encore plus à celui qui ne peut accéder à son blog. Qui attend des heures et des heures. Sans savoir. Qui espère et puis rien. Qui désespère et qui se ronge les sangs. Il y a des attentes insupportables. Et qui minent d’une telle façon qu’on sent ses ailes fondre comme celles d’Icare. Comme si cette possibilité de pouvoir s’exprimer avait tout du voyage vers le soleil.

Je pense à celui, à ceux, en standby. Inquiets. Désoeuvrés. En manque. Qui voudraient bien un signe, une raison, un délai. Pas juste une histoire de réseaux que seuls certains initiés sont à même de comprendre.

Je pense à quelqu’un qui se reconnaîtra. Que certains connaissent. Je sais que là-bas, devant ce message qui dit que SA page ne peut être affichée, il tourne en rond comme un lion en cage. Vivement qu’on lui redonne ses ailes.

Une forme de saudade omniprésente

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Et probablement qu’il y aura toujours en elle, en moi, ce besoin de trouver refuge dans les les livres parce que quelque chose manque inéluctablement à sa vie, à la mienne. Et peut-être que certains jours les livres parviendront à combler ce manque. Peut-être aussi que d’autres, pas du tout. Et que ni pour la lectrice de Nancy Chaboun, ni pour moi, il n’y a d’explication. Il y aura toujours en nous une certaine mélancolie, parfois nostalgique, une forme de saudade parfois triste, parfois pas. Mais sûrement, omniprésente.

Presque une obsession

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Je sais, je sais, je me répète, mais l’hiver a été si long qu’il ne peut en être autrement. J’ai hâte à ces journées où je pourrai m’asseoir dehors en compagnie des fleurs, comme le fait la lectrice de Susan Knight Smith. Hâte, tellement hâte!

Oserais-je avouer que c’en est presque une obsession?

L’ailleurs de Marcel

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Mon ami Marcel, qui avait de commun avec l’écrivain esquissé par Ivan Gutorov la moustache et l’écriture, ne sera jamais vieux. Il aura toujours quarante-deux ans, l’âge qu’il avait en février 1993 quand le sida l’a emporté.

Il reste de lui quelques livres, puisque c’est à moi qu’on a remis tous les exemplaires restants de tous ses recueils, vestiges d’une époque où on tapait à la machine ses textes, qu’on les photocopiait et qu’on les brochait en guise d’auto-édition. Quelques livres et des souvenirs. Et sa voix lors de soirées de poésie où il s’amusait avec les mots, activité qu’il aimait entre toutes plus particulièrement. Voire passionnément.

Quelque part

Je voulus aller ailleurs
et je m’y suis rendu

Et cet ailleurs est devenu ici

Je n’avais pourtant
ni mon chemin perdu
ni commis nulle erreur

Et l’ici d’où je suis parti
est maintenant ailleurs,
là où je voulais aller
en partant
justement

Justement,
en partant
j’ai perdu mon ailleurs ici,
ici que je croyais ailleurs d’ailleurs,
ailleurs que je croyais ici
mais qui était ailleurs

J’aurais dû rester
puisque j’y étais ailleurs
ailleurs qu’ici
lorsqu’ici était ailleurs
et qu’ailleurs était là-bas
dans l’ici d’où je suis issu

Alors, dois-je pourrir ici
puisqu’ailleurs est une utopie

Par ailleurs,
puisqu’ailleurs n’est pas plus ici
qu’ici n’est ailleurs,
je chercherai là-bas,
qui est ailleurs
et qui deviendra ici
lorsque j’y serai
et qu’ici sera là-bas
justement où je voudrais aller.

(Marcel Rivard, Ainsi que…, Les éditions En chacun, 1984)

Se faire une raison

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Elle s’est assise dans son décor et a ouvert un livre. Mais elle ne lit pas. Elle tente de se faire une raison. Et se faire une raison quand on cherche les raisons lui semble une tâche bien compliquée. D’ailleurs, elle a toujours trouvé curieux cette idée de se faire une raison là où aucune raison ne lui semble valable. Parce que personne n’a raison dans toute cette histoire. Alors, pourquoi s’en faire une? Et la lectrice peinte par André Deymonaz reste là, songeuse. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » (Blaise Pascal)

Suis-je autre chose que mots?

mas

Suis-je autre chose que mots, ceux que je lis, ceux que je glane ici et là, ceux que je transcris, ceux que je relis, ceux que je pose sur des feuilles et ceux qui ne franchissent pas mes lèvres? Suis-je autre chose que mots dans le jour qui se lève alors que tout me pousse à écrire et à ouvrir les livres posés là, tout à côté du bol de café? Suis-je autre que la lectrice de l’aquarelliste Joan M. Mas dont les mots volent jusqu’à moi alors que le rose du soleil devient de plus en plus jaune?