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Il le faudra?

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Un jour, avant que j’aie l’âge de la lectrice d’Arnaldo Scaccaglia, il faudra bien que j’arrête de croire que j’écris autre chose que des anecdotes, que je sais prendre des photos et que je connais quelque chose à la musique ou à la peinture.

Il le faudra? Et pourquoi ne pourrais-je pas me bercer d’illusions pendant des années encore? Pourquoi? Pour le moment, je n’en aucune envie de cesser de rêver.

Rêver à une plage ne coûte rien

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Il fait si beau qu’on aurait presque envie de partir pour la plage des lecteurs du peintre argentin Alfredo Antognini. Ou pour n’importe quelle plage. Même si la neige traîne encore ici et là, pas encore toute fondue. Rêver ne coûte rien… Rêver à une plage, non plus.

Celle à qui je faisais des tresses

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Elle a un jour été cette petite fille peinte par Kathryn Andrews Fincher, à qui j’apprenais à lire, à qui je faisais faire ses devoirs et qui traçait maladroitement des lettres dans son cahier. Je lui faisais des tresses ou des couettes, selon le goût du jour. Un samedi ou un dimanche sur deux. Puis plus souvent, parce que ça n’allait pas toujours bien chez elle et qu’elle aimait se retrouver collée contre moi, dans le calme. Sans les cris.

On lisait, on fabriquait des objets inutiles et décoratifs, on faisait des tartes, on écoutait des films, on faisait du camping dans le salon, elle me chuchotait des secrets. Et puis, on se taisait dès qu’il franchissait la porte. Il n’était plus ce clown qui avait le soleil dans son ventre qu’elle avait dessiné quand elle avait cinq ans.

Elle grandissait trop vite. Elle voyait des choses que les enfants ne devraient pas voir. Sa mère qui remplaçait ses pilules qui stabilisaient son déséquilibre mental par du vin. Son père qui, entre deux gorgées de bière, s’en prenait à l’humanité toute entière qu’il estimait responsable de tous ses malheurs.

Elle était plus adulte qu’eux deux. Et ne pouvait être une petite fille qu’avec moi. Pas aussi longtemps qu’elle aurait dû l’être. Parce qu’à douze ans, elle était la mère de sa mère. Une mère qui sombrait. Si bien que ses deux filles ont demandé d’aller vivre chez leur père respectif après une énième tentative de suicide de leur mère.

Je n’ai pas pu refuser. Même si je savais qu’elle verrait des choses dont je voulais la protéger. Ce père qui ne serait jamais responsable. Ce père avec qui j’avais peur de la laisser seule, parce que je ne savais pas quelle lubie allait allumer le peu de jugeote qu’il lui restait.

Elle n’a raté aucun drame, aucun excès de folie. Un jour, alors qu’elle avait quatorze ans, elle m’a regardée d’un regard que je n’oublierai jamais. « Sauve ta peau. Je n’ai pas besoin de lui pour continuer à te voir. Tu m’as donné assez pour que je me débrouille dans la vie. »

Je l’ai revue pendant un moment. Elle me restait attachée. Puis, elle a eu sa vie à elle. Son premier amour à quinze ans, le fruit de cet amour neuf mois plus tard. Elle se débrouillait. Plutôt bien. Elle disait que je lui avais appris à être forte. Puis, elle a fui le père de son fils. Entre l’école et l’enfant dont elle s’occupait, elle trouvait même le temps de veiller sur sa mère.

Un jour, elle est venue me présenter un garçon. Et je ne l’ai plus revue. De temps en temps, la dernière fois il y a deux ans, elle téléphonait. Pour me dire merci de tout ce que j’avais fait pour elle. Qu’elle me porterait toujours dans son cœur.

J’ai croisé Chrystine hier. Avec le même garçon. Elle sortait de l’hôpital, un bébé sous le bras. Shelby, si j’ai bien compris. J’ai compris que c’était son troisième enfant. Et j’ai vu son visage rayonnant. Visiblement, j’avais devant moi une jeune femme épanouie. De vingt ans et quelques mois. Mère de trois enfants. Je ne sais pas si c’est le courage ou l’inconscience qui la pousse ainsi à donner ce qu’elle a si peu eu. Et tandis que je m’éloignais, une larme a coulé sur ma joue. Avais-je raté quelque chose pour qu’elle se précipite ainsi dans cette vie à l’âge de l’insouciance de la jeunesse ou devais-je être fière d’elle?

Je ne sais pas comment je fais

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Je ne sais pas comment je fais, mais c’est chaque fois pareil. Je ramasse le VOIR le jeudi et je le lis le mercredi soir, parce que je sais que le nouveau paraîtra le jour suivant. Et pourtant, ce n’est pas faute de ne pas le laisser traîner, et bien en évidence de plus. Bien sûr que chaque samedi, je me dis que je vais le parcourir au cours de la journée. Bien évidemment que le dimanche je me dis la même chose. Et voilà qu’arrive le mercredi. Et j’ouvre l’hebdomadaire. Je constate que j’ai raté un concert gratuit le samedi, un film que j’aurais bien revu à la cinémathèque, une rencontre avec un écrivain dans une bibliothèque. Et je me promets que dès demain soir, au pire vendredi, je m’installerai comme l’a fait la lectrice de Judith Bicking, le journal bien ouvert. Cette semaine, je ne raterai rien.

Que sera ma troisième carrière?

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Selon les statistiques et les savants calculs, les probabilités de tout acabit et les déductions irréfutables, j’aurai un jour une troisième carrière. Celle de libraire a duré un quart de siècle. Celle de réviseure-traductrice sera forcément moins longue. Mais que sera la troisième? Pourrai-je seulement écrire? Vais-je retourner aux études et m’inscrire en histoire de l’art pour traduire des textes liés aux artistes? Vais-je devenir accompagnatrice lors de voyages culturels et plus spécifiquement littéraires?

Alors que le jour n’est pas encore là, que je suis devant mon écran avec mes feuilles éparpillées autour de moi, je ne sais rien de ce que la vie me réserve. Je sais seulement que matin après matin, à l’instar de l’écrivaine par Roger W. Carlson, je serai en train d’écrire.

Vous prendrez bien quelques chignons?

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J’adore sortir de chez Mimi avec un chignon tout frais et des bouclettes qui en jaillissent çà et là. Chignon que j’entretiens savamment les jours suivants en ajoutant quelques épingles pour que ça soit toujours un chignon et non pas une cascade. Un chignon qui ressemble à celui de la lectrice de Caroline Ayles. Un chignon qui m’a donné envie de faire de consacrer cette journée aux lectrices au chignon, comme il y a eu celles des lectrices en vert, en rouge ou chapeautées. Elles ont sûrement elles aussi quelque histoire à raconter.

Les deux versions de moi

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Tantôt l’une, tantôt l’autre. Il me semble me promener constamment entre ces deux versions de moi. Celle qui ne peut se passer de la plume, du contact direct avec le papier, mais qui doit utiliser un clavier pour aller jusqu’à vous. Et des deux parts de moi, habilement exprimées par Prudence Flint, je ne peux plus me passer.

Parce que j’aurai comme elle 20 ans et des poussières

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Je ne sais rien d’elle. Ni si elle aime les livres, ni si elle ressemble au personnage d’Andrew Daly. Je sais juste qu’elle sera là dans quinze jours, qu’elle s’appelle Juliette, qu’elle est la fille des amis de Sabine et Olivier, qu’elle a passé les derniers mois à Moncton pour ses études et qu’elle rentrera bientôt en France. Je ne sais rien d’elle sinon que j’ai accepté de l’accueillir avec plaisir. Que nous passerons probablement deux jours à sillonner ensemble Montréal.

Je ne sais rien d’elle et pourtant il me tarde de rencontrer Juliette. Parce que pendant quelques heures, en sa compagnie, je crois que j’aurai comme elle 20 ans et des poussières.

Je voulais lire tranquillement

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Suis-je vraiment en train de devenir une vieille grincheuse? Je voulais lire tranquillement et profiter de mon vendredi de congé. À la manière de la lectrice peinte par Karl Hofer. Dans le calme de ce jour d’avril. Mais c’était sans compter sur les bruits dans l’immeuble. À se demander si une tornade ferait moins de bruit. Entre l’aspirateur de l’un, le poseur de clous du rez-de-chaissée, la douche du bas qui semble fonctionner en continu, les conversations et les cris dans la cage de l’escalier, j’ai tout simplement la tête qui tourne.

Est-ce ainsi tous les jours de la semaine quand je ne suis pas là ou ai-je droit à un spécial vendredi parce que je suis à la maison? Ou vraiment, suis-je une vieille malcommode en devenir?

Merci pour nos dimanches

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Comme j’aime ces dimanches où la toile de la semaine accrochée, je relis avec délice ce que la toile précédente a inspiré d’histoires. Je ne pourrai jamais vous remercier assez de partager avec nous ces instants, ces anecdotes, ces vers qui sont le bonheur de nos dimanches. Sans vous, je le dis et le redis, En vos mots n’existerait pas. Et je ne regarderais avec le bonheur de la lectrice de Chen Bolan.

Merci d’être là.