Je peux rester des heures assise devant cet écran. Des heures et des heures. Je l’ai beaucoup fait ces derniers soirs. Parce que j’avais une fringale de nouvelles toiles, de sculptures et de dessins représentant ceux et celles qui lisent, celles et ceux qui écrivent ou leurs décors. Et pourtant, ce n’est pas faute de ne pas déjà avoir en réserve ce qu’il faut pour alimenter ce blog pendant dix ans.
Mais il me vient parfois cet incroyable appétit que seules mes recherches peuvent nourrir. Des recherches qui m’emmènent dans toutes les époques, dans tous les pays, vers tous les styles et les différentes écoles. Pour mon ravissement et je l’espère, le vôtre…
Et c’est ainsi que la lectrice de Jane Parkes est arrivée chez moi. Toute colorée. Si bien que j’ai eu envie de la partager tout de suite avec vous.
Et matin après matin, et soir après soir, et parfois – souvent – la nuit, je vais dans ma galerie glaner des toiles que je raconte. Parce que c’est là une partie de mon bonheur quotidien. Parce que je ne saurais plus vivre autrement.
Et souvent, je suis là, avec ma plume, comme l’écrivaine de William Grant, à regarder là-bas, je ne sais pas vraiment où, peut-être à l’est, ou sur la ligne d’horizon, tandis que les personnages se mettent à vivre. Une vie qui n’a peut-être rien à voir avec la réalité, mais une vie qui les sort des toiles. Qui leur donne une autre dimension.
Et là est ma vie. Dans ces histoires que je raconte. Et que je compte raconter encore un moment.
Il m’arrive parfois de rêver d’une pièce où il y aurait d’immenses fenêtres, comme dans la toile de Valerie Hardy. Et de me demander si toute cette lumière entrant dans la pièce serait source d’inspiration.
Et je me dis que peut-être un jour… On ne peut pas tout savoir de ce que la vie nous prépare.
En ce jour d’anniversaire, celui de Cath, j’ai envie de faire un vœu autant pour elle que pour moi. Je nous souhaite de marcher dans les rues de Montréal ensemble chacune pendue au bras de Jean-Marc avant son prochain anniversaire. Rue Duluth, pour voir cette jolie maison et partout où nous aurons envie de nous promener! Et que s’additionnent tous les éléments nécessaires pour que mon (notre?) rêve devienne réalité.
C’est une petite boîte qui peut sembler banale. Et pourtant. Quand l’ancienne, deux fois plus grosse que celle-ci a rendu l’âme il y a 48 heures en affichant des messages indiquant erreur 678, il y avait devant l’écran une Lali désespérée. Démunie. Qu’une charmante préposée au service à la clientèle de son fournisseur d’Internet a rassuré. Un nouveau modem allait partir dès le lendemain matin. On pouvait même me l’envoyer à mon travail.
Promesse exaucée. À 13 h, le paquet était là, renfermant le modem, les fils, les prises, le guide d’utilisation. En une heure, ma vie est redevenue normale, sans que je n’aie commis de bêtises irréparables. Du premier coup, même même. Mon modem neuf trône en roi, tandis que l’antiquité qu’il a remplacée va partir demain dans une boîte avec les étiquettes qu’on m’a fournies.
Et parce que je suis ce que je suis, j’ai appelé à nouveau le service à la clientèle de Sympatico. Pour les remercier. Ce qui ne doit guère arriver souvent. Et si j’ai bien compris, j’ai fait par ce court appel – mais chaleureux – le bonheur de quelqu’un à qui j’ai décroché un sourire. Peut-être aussi grand que le mien!
Elle me lit parfois. Pas très souvent. Parce qu’elle ne voit que tristesse dans tout ce que j’exprime. Parce que cette tristesse qu’elle ressent à me lire la rend triste elle aussi. J’ai beau lui dire que la nostalgie et les souvenirs, tout comme les rêves, n’ont pas cette tristesse qu’elle semble déceler dans mes mots. Mais rien n’y fait. Elle tient ma tête entre ses mains et elle me regarde. Elle veut voir si je ne lui raconte pas d’histoires. Elle veut être sûre que la fiction prend plus de place que mon réel dans mes pages. Pour se rassurer. Pour ne pas se laisser gagner par ma saudade internationale et pas nécessairement portugaise.
Elle me lit parfois. Et je pose la tête sur l’épaule de celle qui a été ma première lectrice et qui conserve mes premiers écrits. Et je m’endors, comme dans la toile de Leslie Marcus.
C’est quand une ville s’installe à nos pieds qu’elle est la plus belle, qu’elle dégage toute sa splendeur, qu’elle se donne vraiment. Je pense à Montréal, vue du mont Royal. Je pense à Paris, du haut de la Samaritaine, de l’arc de Triomphe ou de l’IMA. Je pense à Québec, quand la vieille ville est tout en bas. Je pense à San Francisco et ses collines. À ces villes que je connais et que j’aime, à ces villes à connaître. Tout ça tandis que les lecteurs de Jean Puy lisent près de la fenêtre avec à leurs pieds une ville qu’ils devraient davantage regarder.
Voilà quelque temps que Mireille, une de mes lectrices belges, m’a envoyé une photo de sa maman. Une maman qui n’est plus. Une maman qui a passé les derniers moments de sa vie clouée à un lit dans une chambre. Mais une maman qui a pu lire jusqu’à la fin. Les cartes postales que ses nombreux enfants et petits-enfants lui envoyaient et qui décoraient la pièce. Des livres.
Sur la photo, elle a 95 ans et elle lit un roman d’Amélie Nothomb.
En ce jour de la fête des Mères, que cette journée soit vraiment une fête. Pas une obligation ou un jour de culpabilité. Mais une vraie fête. Une fête qui souligne nos mères. Exceptionnelles ou imparfaites. Courageuses ou pas. Présentes ou totalement absentes. Qui nous ont donné la vie, même si dans certains cas elles n’ont fait que cela. Ce n’est pas le jour des reproches mais des mercis.
Je dédie ce jour à ma mère, à vos mères. Qu’on devrait célébrer davantage qu’une journée par année. Et de plus, je le soulignerai à ma manière, c’est-à-dire en vous offrant toutes les heures une toile et une citation.
De plus, je remercie Mireille pour le partage. La photo n’est pas triste. Elle représente le bonheur non pas de se contenter de peu, mais de faire de ce peu une raison de vivre. La présence des siens et les livres. L’essentiel, quoi.
Je sais, je sais. Je suis encore en train de rêver. Encore en train d’imaginer que je pourrais me glisser dans une toile pour quelques heures. Dans celle de Loryn Brazier, en particulier. Son jardin me plaît, sa chaise aussi et même la couleur de son peignoir et l’idée que le temps semble s’être arrêté. Reste à voir si elle voudra bien me prêter sa place…
Je lui offrirai pour le matin de ses 18 ans une fleur qui se dresse dans la lumière, s’étalant comme au premier jour de la vie, comme au premier jour de sa vie. Je lui offrirai une photo d’Armando à elle qui rêve de devenir photographe. Je ne lui raconterai pas d’histoires. Je ne lui dirai pas que tout est toujours rose. Ni gris. Je lui dirai que le ciel est surtout bleu, qu’il y a parfois des nuages. Je lui dirai qu’elle doutera et qu’il faut douter. Je lui dirai surtout que je l’aime, même si je suis beaucoup absente depuis quelque temps. Je lui dirai qu’une filleule comme elle, c’est le plus beau des cadeaux, c’est un poème en soi.
Et je la laisserai écouter Yves Duteil chanter Les dates anniversaires tandis que je murmurai à son oreille alors qu’elle est sûrement au pays des rêves : Sois heureuse, Ève.
J’ai un profond respect des dates anniversaires
Ces portes que le Temps dispose autour de nous
Pour ouvrir un instant nos cœurs à ses mystères
Et permettre au passé de voyager vers nous.
Je suis toujours surpris par les coïncidences
Qui nous font un clin d’œil du fond de leur mémoire
En posant des bonheurs sur les journées d’absence
Et nous laissent à penser que rien n’est un hasard
Peut-être est-ce un moyen lorsqu’ils se manifestent
Pour ceux qui sont partis dans un autre univers
De nous tendre la main par l’amour qui nous reste
Pour nous aider parfois à franchir des frontières
Est-ce nous qui pouvons au travers de l’espace
Influencer ainsi la course des années ?
Ou serait-ce un lambeau de leur chagrin qui passe
En déposant des fleurs sur le calendrier ?
Il existe en tous cas dans les anniversaires
Une part de magie qui fait surgir d’ailleurs
Les visages ou les mots de ceux qui nous sont chers
Des êtres qui nous manquent et dorment dans nos cœurs
Ils sont là quelque part pour un instant fugace
Et dans les joies souvent qu’ils partagent avec nous
Se rendorment certains que rien n’a pris leur place
Et que leur souvenir nous est resté très doux
Sans amour notre vie n’est plus qu’un long voyage
Un train qui nous emporte à travers les années
Mais celui qui regarde un peu le paysage
Ouvre déjà son cœur pour une éternité
Au delà des paroles et de la bienveillance
Il existe des voies difficiles à cerner
Faites de souvenirs, d’amour et de silence
Et que bien des savants vous diront ignorer
Elles sont un privilège au cœur de la souffrance
Un baume pour les jours qu’on ne peut oublier
Qui pourraient avoir l’air d’être sans importance
Mais qui soignent des plaies difficiles à fermer
J’ai un profond respect des dates anniversaires
Ces portes que le Temps dispose autour de nous
Pour ouvrir quelquefois nos cœurs à ses mystères
Et permettre au passé de voyager vers nous
Pour ouvrir quelquefois nos cœurs à ses mystères
Et permettre au présent de nous sembler plus doux.
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