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Parfois…

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Parfois me manquent ces lieux d’avant, ce coin de ville que j’ai quitté il y a douze ans pour m’enfoncer dans un Est plus abordable et moins branché. Parfois me manque ce café que j’aime tant et que ceux qui me connaissent bien ont appris à découvrir, puisqu’il a été longtemps ma cantine. Lieu où j’allais lire, où j’allais écrire, comme les personnages de Jen Arribau, devant un bol de café, un potage de lentilles ou une salade de chèvre chaud. Parfois me manque cet endroit de la rue Laurier où j’allais à pied soirs de semaine ou dimanche matin.

Et surtout, le courage me manque de faire trois quarts d’heure de trajet pour un morceau de gâteau Reine Élizabeth. Pas l’envie, mais le courage.

Non, le bonheur ne se définit pas

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Le bonheur se définit-il? Lui qui est tantôt un lever de soleil, lui qui est aussi nos orteils qui s’enfoncent dans le sable, lui qui est l’arôme du café, lui qui est un baiser, lui qui est une musique venue du temps des souvenirs, lui qui est une ville, lui qui est une lettre qu’on reçoit, lui qui est un repas partagé, lui qui est une pile de livres, à la manière de celle d’Ephraim Rubenstein, lui qui est souvent un regard, une voix ou les deux. Non, le bonheur ne se définit pas.

Quelques vers d’Eugénio 14

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Il fait nuit et les mots du poète Eugénio de Andrade expriment tout ce qu’elle ressent. Tout ce qu’elle n’arrive pas toujours à dire. Et surtout pas avec cette économie de mots. Et la lectrice de Philippe Gautier a laissé ici À l’approche des eaux le temps que nous lisions ceci, pour le reprendre à nouveau.

Là où la nuit

Ce n’est que là où la nuit
incline les branches
que les lèvres déchirent
que le silence

meurt

Scène domestique

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Elle regardera le désartre. Car pour elle, tout ce qui n’est pas ordre est une catastrophe. Et elle dira Comment tu fais en soupirant bruyamment et en faisant des piles illogiques – pour lui – afin que rien ne traîne au sol. Et le lecteur de Mary Minifie râlera. Ce qui ne l’empêchera nullement madame de s’adonner à son occupation favorite. Passer l’aspirateur. Et il râlera encore. Et elle fera fi de tout ça. Car heureusement qu’elle est là.

Et en regardant la scène, je pense à celle qui fut mon amie un temps. Qui lavait les tasses si elle venait prendre un café, à peine avais-je bu la dernière gorgée. Qui avait aussi pour meilleur ami son aspirateur dont la spécialité était de débrancher les fils. Dont un des loisirs était de visiter le rayon des produits ménagers dans les grandes surfaces et les épiceries. Pour découvrir le nouveau anti-taches-super-puissant-révolutionnaire ou le nouveau savon-à-toute-épreuve-génial-vous-m’en-donnerez-des-nouvelles.

Elle qui est retournée chez sa maman où elle peut s’adonner à ses occupations sans que cette dernière ne s’emporte, tandis que son ex ne cherche plus quel fil est débranché. Son ex qui a acheté un nouvel aspirateur sur lequel est écrit pour usage hebdomadaire uniquement. Et qui ne lave pas les tasses quand je lui fais un café.

Et qui, jamais, au grand jamais, ne dit rien à propos de mes piles. Un vrai ami.

L’envie

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Je sais, ne me le dites pas, l’envie est un péché. Mais ne me demandez pas de nommer les sept péchés capitaux, j’en oublie toujours un et de plus, ça fait partie des choses inutiles qu’on a fait apprendre à la génération précédente et auxquelles j’ai échappée, le Québec passant de l’époque du petit catéchisme à celui de la catéchèse.

Tout ça pour dire que oui, je sais que l’envie est un péché. Mais que ça ne change rien au fait que j’envie grandement la lectrice de John E. Steather, lisant sur une plage. Et que s’il y en avait une au bout de ma rue, je passerais sûrement plus de temps là que devant mon écran…

Quels mots pour apaiser le chagrin?

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Quels mots, oui quels mots, pour apaiser le chagrin? Quels mots pour consoler celui qui enterrera après-demain une petite fille âgée de neuf jours? La sienne, celle imprévue, qu’il n’attendait pas, qu’il n’attendait plus, et qu’il a attendue. Celle qui est venue trop tôt, miracle inachevé, forte tout de même de vingt-trois semaines à se préparer. Mais trop petite, trop fragile, malgré ses petits doigts qui ont serré avec force un de ceux de son père, dans l’incubateur.

Quels mots, oui quels mots, dites-moi? Je n’en avais pas, pas plus qu’en a celle peinte par Michael F. Wood. Ou plutôt, j’en avais, désordonnés. De telle sorte que je n’ai pas été en mesure de les dire.

Nous avons bu un café, comme nous l’avons si souvent fait. Le certificat de décès posé sur la table, entre nous. Preuve que Jasmine avait été. Vivante. Quelques jours.

Quels mots, quels mots quand le père éploré va jusqu’à nous montrer une photo de la petite morte, parce que c’est dans ses bras que le souffle de vie s’est retiré d’elle?

Je l’ai serré contre moi. Ça valait plus que tous les mots.

Les cheveux ainsi coiffés

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Elle me rappelle celle que j’ai été. Cette petite fille devant ses cahiers qui écrivait des poèmes sur les papillons et les oiseaux. Les cheveux ainsi coiffés, avec cette barrette qui les retenait à droite, pour ressembler à Anne Frank, dont j’avais lu le journal à l’âge de dix ans. Déjà, je savais que j’écrirais, pour moi, mais aussi pour elle, qui n’avait pu réaliser son rêve de devenir écrivain.

Et ce matin, comme souvent, je pense à elle. À elle qui avait les cheveux coiffés comme la jeune écrivaine de Brenda Will Kidera.

Des roses pour Monique

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Et même si elle ne me lit jamais, parce qu’elle trouve qu’elle passe suffisamment de temps par jour devant un écran d’ordinateur pour son travail et que le soir venu pas question d’allumer, je sais qu’elle m’aime. Et que je l’aime. Et que nous nous aimerons toujours. Pas par obligation, mais par choix.

Et je sais aussi que je ne l’échangerais contre aucune autre, même si nous sommes totalement différentes l’une de l’autre.

Et comme elle est une rose dans mon jardin, je voudrais en ce jour lui offrir les roses de Denise. Pour souligner SON jour, celui de l’année où est soulignée l’arrivée dans ma vie de celle qui est toujours là pour moi. Ma sœur.

Le dépliant

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C’est demain la journée des musées montréalais et j’examine le programme, ne sachant trop si je suis prête ou pas à un bain de foule. Car j’imagine qu’il y aura du monde. Beaucoup de monde. Enfin, j’imagine.

Et je scrute le dépliant présentant cette journée unique dans l’année, comme le fait peut-être la lectrice de Don MacDonald. Et je me dis qu’il est encore trop tôt pour décider pour quelqu’un qui vit ses fins de semaine au jour le jour.

Bonheur dont je ne me lasse pas

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Je sais que je vous parle régulièrement du bonheur des samedis matins, bonheur à nul autre pareil. Bonheur qui m’émerveille, puisque pendant plus de vingt ans de ma vie, je ne l’ai pas connu. Bonheur que je déguste. Que je savoure au même titre que mon café, que l’hebdomadaire du jeudi, que le pain frais, les croissants ou les fruits, selon le goût du jour.

Bonheur dont je ne me lasse pas, qui n’est pas sans rappeler celui de la lectrice de Karen Kinser.