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Jour gris

Rêver d’ailleurs, de ces villes livresques dont le simple nom vous emporte au cœur de décors immuables malgré les années et les guerres qui les ont souvent détruites en partie. Rêver de ces villes lointaines où n’ont cessé d’évoluer Tomas et Sabina, même si 1968 n’est plus qu’un souvenir. Rêver d’y lire les histoires qui s’y déroulent, de s’asseoir là où se sont assis leurs compagnons. Rêver de Prague. De Vienne. Ou de Budapest. La grisaille a toujours été plus belle ailleurs.

*toile d’Evert Thielen

Doux samedis

Comme ils sont doux ces samedis où on peut traîner, où le café et les croissants ont un goût de lenteur; ces samedis sans précipitation dotés du seul objectif d’en profiter pleinement.

Comme ils sont doux ces samedis en compagnie des livres alors que tant de gens s’entasseront dans les centres commerciaux. Je n’irai pas me joindre à eux.

*toile de Rik Wouters

Le pays de Lali a 2191 jours

C’était il y a six ans…
Je pensais sortir de mes bouquins pour parler uniquement des livres que j’aimais et de certains auteurs.
Je ne savais pas que je parlerais de voyages, de musique et de cinéma. Que je collectionnerais des toiles de lecteurs, que je ferais à nouveau des photos. Que j’aurais envie de partager anecdotes et états d’âme.
Je ne savais rien de tout cela.

Et surtout, je ne savais pas à quel point j’allais aimer me glisser dans la peau de Lali jour après jour.

*toile de Félix Vallotton

Merci Hubert

[…] on a beau le saisir par les yeux, un texte reste lettre morte si on ne l’entend pas. Ces mots, Hubert Nyssen les a écrits dans Éloge de la lecture, livre publié en 1997. Et pourtant, quelque dix ans plus tôt, à l’occasion d’un petit déjeuner avec des libraires montréalais, il me semble qu’il avait déjà prononcé ces mots.

L’éditeur des livres en français de Nancy Huston, de Paul Auster, d’Alberto Manguel, de Göran Tunström, de Cees Nooteboom et de tellement d’autres auteurs dont certains titres sont appelés à devenir des classiques, n’est plus. Il nous a quittés il y a un peu plus d’une semaine en laissant derrière lui un héritage extraordinaire, les éditions Actes Sud qu’il a fondées en 1978 et des livres.

Né à Bruxelles, installé en Provence en 1968, naturalisé français quelques années plus tard, l’éditeur aussi romancier, poète et essayiste, a toujours été fier de ses origines belges. Il avait d’ailleurs reçu le prix Franz Hellens en 1983, été élu membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1998 et fait chevalier de l’Ordre du Mérite wallon il y a quelques mois.

Et moi, à l’heure où il n’est plus, je repense à ce petit déjeuner, à l’homme de passion qui l’avait animé. Et je me dis qu’il nous manque déjà. Les véritables éditeurs sont si rares dans ce monde du livre où certains que je ne nommerai pas publient des livres dont ils n’ont pas lu une ligne et tentent de les vendre comme n’importe quel bien de consommation. Mais s’agit là d’un tout autre débat.

Un éditeur, un écrivain, un homme de passion vient de nous quitter. Mais il ne s’éteindra jamais, comme certaines étoiles de notre ciel littéraire.

Merci Hubert.

*toile de Katie Herzog

Claire

Presque rien du décor d’avant n’avait changé. Et nous nous sommes assises aux places d’autrefois. Il y avait du café, des biscuits et des caramels. Nos histoires et l’amour des livres. Notre passion pour les mots. Pour la vie.

Non, presque rien n’avait changé.

On peut se perdre de vue. Mais si l’amitié était là, vraie, sincère, malgré les années et les rides, on ne se perd pas du cœur.

Je crois que Claire et moi l’avons toujours su.

*toile de Barbara Grossman

Et souvent…

Et souvent, cette difficulté à bouger. À faire autre chose que tourner les pages au son de quelques notes. À aller là où est supposément la vie, alors qu’elle est ici. Maintenant. Dans les mots d’un poète. Dans une phrase qu’on retient. Dans l’arpège qui se glisse dans nos mémoires.

Et souvent, l’envie de fermer les stores et d’oublier que le monde existe.

*toile de Malie Baehr

Rêver aux étoiles

S’habituer à la lumière de plus en plus absente. Trouver les retours plus difficiles. Le ciel est souvent noir quand je sors du bureau. Puis se dire que dans cinq semaines le cycle contraire va entrer en scène, que les jours vont de nouveau allonger.

En attendant, regarder les lampadaires. Et rêver aux étoiles.

Les moments de bonheur

Ne plus attendre l’overdose, ne plus me laisser bouffer comme autrefois, fermer la porte aux coups bas, aux insinuations, aux manipulateurs. Fuir le trop vécu avant qu’il ne soit trop tard. Avant de m’oublier, avant de laisser toute la place. Pour obtenir plus de la vie que les miettes qu’on voudra me laisser ou qu’on ne m’aura pas volés. Ne plus attendre d’avoir mal avant de fermer la porte.

« Je ne veux désormais collectionner que les moments de bonheur. » (Stendhal)

*toile de Dianne Harrison

Merci Armando


photo d’Armando, grand-place de Bruxelles

Je me souviens d’un jour d’août 2007 à Montréal où nous tentions de le convaincre qu’il était temps qu’il ait un espace à lui. Je me rappelle son regard sur nous qui semblait signifier que nous avions sûrement perdu la tête.

Puis, l’idée a fait son chemin.

Du bleu dans mes nuages est né il y a quatre ans aujourd’hui. Et voilà autant d’années qu’Armando nous émeut et nous fait sourire, autant de temps qu’il est présent beau temps mauvais temps, et même quand il est en vacances. Qu’il parle de musique, qu’il prenne en photo les saisons et leurs merveilles, qu’il nous raconte son Portugal ou qu’il s’insurge, il vise juste. C’est peut-être la raison pour laquelle nous sommes si nombreux à lui être fidèles et ce, même si nous ne lui laissons pas toujours des traces de notre passage.

En ce jour, je lui dis simplement merci. Oui, merci Armando, merci pour ton bleu, merci d’être là. Et longue vie à vous deux!

En ce jour anniversaire, même Bruxelles te sourit.

Quand la nuit n’existe plus

Livre qu’on abandonne pour regarder le ciel qui a mis tant de temps à s’envelopper de rouge et d’orange. Les nuits sont si longues l’automne.

Livre laissé là. Pas loin. Le temps d’accrocher quelques nuages roses aux rêves ourdis d’ocre et d’or.

Livre caressé du bout des doigts tandis que le jour enlace l’horizon dans un amour infini.

Livre ouvert à nouveau quand la nuit n’existe plus.

*toile de Tina Spratt