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mots pour mots

ferraira 2

mots
pour répondre à d’autres mots
plus futiles encore
dans leur désarroi
dans leur course
jusqu’au bout d’un souffle
pénible
dans l’accroc distinct
de jours indivisibles
tant ils se ressemblent
dans l’espace d’un passé
aux notes désaccordées
passé saisi à nouveau
par les seuls mots possibles
ceux de l’absence
entre hier et demain
car aujourd’hui n’est plus
qu’une poignée de regrets

(août 1982)

*toile de Cecilia Ferreira

je sais si peu de choses

hougaard

je sais si peu de choses
écrire parfois des mots sur papier rose
et l’odeur de la mer
aussi le vent qui fouette le visage
et le désir éphémère
peu de choses
et puis le temps qui fuit
si peu de choses
mais encore davantage
je sais le silence

(janvier 1987)

*toile de Peter Hougaard

le thé refroidit dans la tasse

mina

le thé refroidit dans la tasse
et je pense à une phrase de Félix Woldenberg
qui disait à Sophie
dans un livre de Neuhoff :
« j’aime bien me trouver la nuit avec toi »
le thé refroidit dans la tasse
et la nuit se fait sur le boulevard
et j’aimerais bien
qu’on me dise cette phrase

(mai 1990)

*toile tirée de Mina’s Gallery

pour tenter de me rejoindre

kk

mime que j’exécute
que j’invente
pour croire encore
que l’histoire est parfois belle
qu’elle n’est pas que moments
qu’instants éparpillés
mime que je danse
au son de mes rêves
pour tenter de me rejoindre

(juin 1982)

*toile de Kseniya Kokorina

« Étonnez-moi » avait dit Diaghilev à Cocteau

stelli

il y a parfois des sortilèges dans les aurores boréales qu’on invente
il y a parfois comme des rêves dans les silences d’outre-tombe
il y a soudain du désir dans l’exil de nos vies en partance
il y a parfois des oiseaux dans l’impossible vol de nos amours
il y a aussi des sourires dans la grisaille des quotidiens machinaux
il y a souvent des adieux et trop de regrets dans la tendresse des jours
il y a aussi et surtout des amours qui se perdent à se chercher
jusqu’à la totale séduction

(février 1985)

*toile de Luigi Stelli

dans un Montréal défait

ritman 2

dans un Montréal défait
semblable à une parenthèse refermée
somnambule je m’absorbe
me mêle à l’espace
telle qu’un caméléon
et mes larmes sous la pluie
nient l’évidence
d’une disparition

(mai 1990)

*toile de Louis Ritman

îles

bezem

îles
ne sommes-nous pas tous des îles
étouffant au cœur de la ville
car solitude du corps
quand pourtant tous les éléments
se conjuguent s’additionnent
de telle façon que la promiscuité
par son omniprésence
empêche tout rapprochement
îles
ne sommes-nous pas tous des îles

(juin 1988)

*toile de Naftali Bezem

et puis

g_marchand

et puis des mots alignés
autant de détails imprécis
pour exprimer l’émoi du cœur

(juillet 1989)

*toile de Gérard Marchand

dans ma nuit incandescente

t_kan

jouer à cache-cache
dans l’attente improbable
d’une croisée de chemins
alors que tout se mêle
pour prolonger l’espérance
si peu tangible

deviner
imperceptible émoi
qui se confond au tracé
des lumières roses
dans ma nuit incandescente
où tu surgis parfois
vie fantôme

te savoir quelque part
seule certitude
alors que les pièces
d’un puzzle bariolé
s’éparpillent dans les fils
d’une vie décousue
semblable à la mienne

(septembre 1987)

*toile de Tanguy Kan

comme des taches

g_buisson

des idées
comme des taches
insignifiantes du désir
d’être là
à posséder le papier
sur lequel elles s’inscrivent
comme nuances permanentes
d’états d’âme itinérants

(juillet 1982)

*toile de Ghislaine Buisson