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olga_k

il pleuvait sur un avril tranquille
ville de Hollande ou d’ailleurs
trains en partance
pour des horizons tendresse
printemps qui vacille
jour à venir
paisible espoir
du temps qui s’arrête
dans nos mémoires suspendues
océan aller-retour
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(Haarlem, avril 1985)

*sur une toile d’Olga Karadimos

aimer devrait être muet

hector_c

je me désempare
dans la noirceur factice qu’on invente
douleur du cœur à cœur
trop vaste émoi
démesure du non-sens
aimer devrait se dire
en silence
à demi-mots
dans la faible lueur
au delà du mirage
aimer devrait se faire
dans l’oubli
histoire de s’aimer corps à corps
dans la démesure de nos sens
aimer devrait surtout se faire
par amour
par désir de l’immense
aimer devrait être muet

(novembre 1985)

*toile d’Hector Charpentier

page blanche

vg2

page blanche
barbouillée de sueurs
de tâtonnements indélébiles

mécanisme des mots
qui se délient
effort constant

poésie instantanée
demi-sens demi-tour
cliché trop flou
pour s’imprimer
à mes paumes à mes lèvres
à la page blanche

mécanisme des mots
qui s’immiscent
qui se veulent
impression d’idées
confuses légitimes incongrues

poésie instantanée
semblant de mots
demi-mots
souffle
page blanche

(mars 1982)

*toile de Vivan Gutierrez

besoin vital

melo 1

besoin vital
que les mots qui se cherchent
et se déchirent
passion douloureuse
enfantement précaire
puis puis puis
jouissance des mots
de l’alignement sans faille
qu’écrire
désir intemporel
suscite crée
enfin

(mars 1982)

*toile de Marcio Melo

la nuit un Sphinx

larense

la nuit
instance
interrogation incessante
comment l’apprivoiser
comment me l’approprier
sans désillusion

l’aube s’amorce
la nuit s’éclipse
inconnue fée
question sans réponse
doute latent
énigme

la nuit un Sphinx
et je ne sais pas répondre

(mars 1982)

*toile de la Larense School

sans altérer l’élan fragile

jb

et j’ai crié ton nom dans ma nuit
émotion qui me déchire
doute et désir
à jamais franchir l’absence
comme pour épeler le mot A-M-O-U-R
à l’imparfait plus-que-parfait
jusqu’à y croire
et effacer les traces sur le sable
sans altérer l’élan fragile

(juillet 1986)

*toile de Jacqui Beck

elle se tait

cojocaru 2

elle se tait
et le silence s’écoule
s’écoute
poursuite de l’inlassable
de l’intarissable
désir d’espace entre les mots
phrases qui se détachent
dans l’espace du cœur
du corps défense
elle se tait
à l’écoute du tu
du toi qui se tait qui s’est tu
de ce qu’on tue
elle se tait
et les mots deviennent absents
hors contexte
le vide s’attache se détache
entre une phrase et puis l’autre
dire et ne pas dire
elle se tait
et le temps passe est dépassé
il est déjà trop tard
trop tôt

elle se tait

l’univers entre je et tu
infranchissable

(janvier 1986)

*toile de Miriam Cojocaru

sans savoir s’il existe

busamaro

dans une ville lointaine outremer
au delà des apparences
mes yeux se sont perdus à chercher

or Montréal s’agite
et je ne veux penser qu’à ses yeux
lumières dans ma nuit
me rappeler Paris
soir de printemps teinté d’adieux

or Montréal vibre sans moi
et je rêve de ses mains
emprisonnant les miennes
pour très longtemps
alors que mes paupières se ferment
à l’attendre
sans savoir s’il existe
outremer ou ici

(juillet 1989)

*toile de Muangthai Busamaro

je marche

mbaker

j’ai marché souvent longtemps ailleurs ou là-bas
dans les méandres de la folie
ou dans l’existence douce qu’on invente
soir d’orage ou de pleine lune
j’ai marché j’ai tant marché
que j’ai quelquefois laissé mon ombre me couvrir
je marche encore
poursuite d’un rêve bleur ou rose selon le moment
je marche et je t’aperçois
tu dois traîner dans les plages de mes yeux
de mes désirs de mes rêves les plus fous
je marche et je te regarde
tu es là et je te sais sans te connaître
je marche et j’ai marché
toujours en piétinant en me trompant
et tu étais là
comme un souffle
plus léger que toutes les envies
qui viennent et disparaissent
tu étais là
et j’ai passé tout droit

je marcherai sûrement encore
je te croiserai peut-être
et mes yeux s’agrandiront
je t’aimerai peut-être
si la peur ne me guette pas trop
oui je marcherai encore sur mes anciennes traces
et je t’attendrai au carrefour
comme si c’était la première fois
ou la dernière
car je t’aime déjà
sans avoir jamais vu tes yeux

(janvier 1985)

*toile de Mavina Baker

nuit

cianfrani1

la certitude d’avoir croisé la nuit
au hasard de mes rêves troublés
et l’incertitude de tout le reste
de tout ce qui se pose sur mes paupières
dans nos goûts d’irréel

la certitude d’avoir croisé la nuit
de l’avoir aimée peut-être
l’incertitude pourtant
de son existence
dans l’inscritpion factice
de nos espoirs fragiles

la certitude de l’avoir croisée
de lui avoir fait l’amour
et l’incertitude
de sa présence fondamentale
dans nos rêves démunis

la certitude
si peu de certitude
la nuit laisse toujours sa place au jour
fatalement
inexorablement

(octobre 1983)

*toile de Margaret Cianfrani