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Le cœur suspendu entre Montréal et Paris

J’ai tellement aimé Polaroïds, le recueil de courts récits qu’a publié il y a quelques années Sophie Létourneau que je me réjouissais de lire Chanson française, son premier roman.

L’écriture est toujours aussi vive, les personnages à la limite de la caricature, mais tout à fait réalistes, le sens de la dérision présent, ce qui nous donne un roman sympathique et sans prétention. Sans plus.

Il faut dire que dès le départ, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à Béatrice, l’héroïne de Chanson française. L’auteure a pourtant su nous la dessiner, relever les points importants de son existence, nous faire part de ses rêves comme de ses peurs, dresser des portraits réussis des hommes de son entourage, nous décrire l’atmosphère de Montréal et de Paris, tout en nous donnant envie de fredonner, puisqu’une chanson sert d’introduction à chacun des chapitres.

Chanson française constitue donc une lecture agréable pour qui est en mesure de s’attacher à une héroïne plutôt fleur bleue, qui tombe facilement amoureuse (et enceinte), peu sûre d’elle, même si elle part vivre presque un an à Paris dans le cadre d’un échange, à laquelle il faut souvent donner la main pour ne pas qu’elle tombe dans les différents pièges tendus par la vie.

Alors que j’avais tant aimé le regard sans concession sur son entourage de la narratrice de Polaroïds, figure omniprésente qui liait les nouvelles du recueil entre elles, je n’ai pas trouvé un tel regard dans Chanson française et c’est probablement une des raisons de ma déception.

Pourtant, le roman tient la route et révèle le talent tout autant que le sens de la narration de Sophie Létourneau qui a préféré au « je » ou au « elle » un « tu » qu’elle maîtrise et qui donne au roman une couleur qui fait partie des qualités dominantes de Chanson française, lesquelles réussissent presque à nous faire oublier Même les bons mots que tu donnais à d’autres, tu les gardais en tête pour les lui partager (page 41), un exemple de plus à ajouter à la liste des mauvais usages de « partager » qui ont l’art de me faire sortir de mes gonds.

Je me contenterai de dire que Sophie Létourneau signe avec Chanson française un roman sans prétention qui tient la route et qui annonce de beaux jours à son auteure.

Titre pour le Défi Premier Roman

et pour le Challenge Des notes et des mots

Texte publié dans

Le jour se lève sur le lac Ontario

Il y a près de deux semaines, je me suis arrêtée à Brighton, dans la baie de Quinte, sur les rives du lac Ontario. Calme et silence étaient au rendez-vous.

Ce que mots vous inspirent 1013

Prendre un livre, c’est sonner à la porte de l’auteur. La porte et le livre s’ouvrent en même temps. (Bernard Pivot)

*illustration de Christina Mitrentse

Et finalement

Et parfois, se forcer à bouger alors qu’on est si bien là, enroulée dans ses souvenirs, dans la nuit finissante. Que le premier café du matin — ou semble — le meilleur de la journée. Que le calme du moment imprègne chaque mot du livre d’un sens insoupçonné, voire insoupçonnable.

Et parfois, imaginer qu’on pourrait rester là. Près de la fenêtre. Fermer les yeux.

Et finalement, bouger. Le fauteuil nous attendra.

*toile de Ramon Gutiérrez

Les lieux d’attente 1

Depuis trois jours
Et trois nuits
Je suis partie

J’ai pensé que c’était toi
Qui marchais sur ma route
Et j’ai pensé que cette route
Me ramènerait vers toi

Nous n’avions pas de chemin
Trop d’arbres en font une grande allée

Martine Roffinella, Les lieux d’attente

*choix de la lectrice de Tim Ashkar

Autour d’un café 10

Rigoler comme une baleine
Autrement dit : la bouche largement ouverte, laissant voir la denture. La baleine possède en effet la plus énorme bouche du règne animal.

(extrait du livre de Dominique Foufelle, 365 expressions assassines expliquées)

*illustration de John Gannam

Autour d’un café 9

Croire à la poupée qui tousse
Cette expression apparue au milieu du XXe siècle fait allusion aux nombreuses fonctions que possédaient les poupées de nouvelle génération. Elles fermaient les yeux, remuaient la tête, marchaient, parlaient… Mais ne toussaient pas! La poupée qui tousse est donc une chimère.

(extrait du livre de Dominique Foufelle, 365 expressions assassines expliquées)

*aquarelle de Victor Griffith

Autour d’un café 8

Le chanteur de salle de bains
Dans l’intimité de sa salle de bains, on peut chanter sans se censurer puisqu’en principe, personne n’entend. Quand on traite de chanteur de salle de bains une personne se produisant en public, on insinue qu’elle aurait mieux fait de réserver sa prestation à elle-même.

(extrait du livre de Dominique Foufelle, 365 expressions assassines expliquées)

*illustration d’Olga Gessen

Autour d’un café 7

Avoir le melon
En d’autres termes : avoir ou prendre la grosse tête. L’image de la tête qui enfle sous l’effet grisant du succès utilise d’autres cucurbitacées : avoir la citrouille ou la coucourde (nom de la courge en Provence). Si la vanité atteint des records, on peut préférer l’hyperbole : une tête qui ne passe pas sous l’Arc de Triomphe.

(extrait du livre de Dominique Foufelle, 365 expressions assassines expliquées)

*toile de Felice Casorati

Autour d’un café 6

Dingue comme du pop-corn sur un four chaud
L’expression vient d’Amérique du Nord, patrie du pop-corn. Pour fabriquer cette friandise, il faut faire chauffer des grains de maïs qui, en éclatant, sautent de façon aussi incontrôlable qu’une personne d’un accès de folie.

(extrait du livre de Dominique Foufelle, 365 expressions assassines expliquées)

*toile de Marc Chalmé