Le médecin n’étant pas joint à l’ordonnance, nous ne pouvons procéder à son remboursement.
Sébastien Lebrun, Les perles de la fonction publique et des fonctionnaires
*toile de Ludwig Deutsch
Le médecin n’étant pas joint à l’ordonnance, nous ne pouvons procéder à son remboursement.
Sébastien Lebrun, Les perles de la fonction publique et des fonctionnaires
*toile de Ludwig Deutsch
L’homme était assez lucide pour constater qu’il n’avait plus toute sa lucidité.
Sébastien Lebrun, Les perles de la fonction publique et des fonctionnaires
*toile de Wilhelm Amberg
Si vous êtes né(e) le jour de votre naissance, l’indiquer en marge.
Sébastien Lebrun, Les perles de la fonction publique et des fonctionnaires
*toile de Rupert Bunny
Parce que rire est bon pour la santé, j’ai invité des lecteurs à lire à haute voix ces deux prochains jours. Quelques phrases drôles, à la limite su surréalisme ou carrément incroyables, toutes tirées du livre de Sébastien Lebrun, Les perles de la fonction publique et des fonctionnaires. Certaines écrites par des fonctionnaires de différents ministères, du personnel du secteur de la santé, des enseignants, des policiers, alors que d’autres sont le fruit de l’application de certains usagers du secteur public.
Pour commencer, pour les personnages de l’artiste suédoise Hanna Pauli, cette « loi » qui risque de ne pas avoir été respectée :
Les chiens doivent obligatoirement arrêter d’aboyer dès 22 h.
Guidé par les ombres
— hiéroglyphes légers —
tu suis l’énigme du sable
jusqu’aux premières vagues
joignant l’immensité
Denise Borias, Corps éphémère
*choix de la lectrice de Sabzi
Parce qu’il ne l’a jamais oubliée, parce qu’il l’a cherchée dans toutes les femmes qu’il a étreintes depuis ce jour de 1943 où Gioconda a été emmenée pour ne plus jamais revenir, Nìkos Kokàntzis l’a immortalisée dans un magnifique récit où il relate sans pudeur mais avec beaucoup de respect leur initiation amoureuse à tous deux dans une Grèce puritaine et traditionnelle à qui la guerre a autorisé quelques libertés, tant qu’elles restaient secrètes. Bien entendu.
Dans une Thessalonique assiégée par les Allemands, deux enfants s’aiment. Ils ont dix ans. Puis, un jour treize.
La guerre est là, autour, menaçante. Mais l’amour est plus fort que la guerre, plus fort que les lois parentales, plus fort que tous les interdits religieux, plus forts même que la raison. Et c’est à cet amour que Nikos et Gioconda vont répondre. De toute leur âme. Avec le cœur. Mais aussi le corps. Parce que cet amour doit s’inscrire. Par des baisers, des étreintes, des caresses jusqu’à l’ivresse. Jusqu’à l’inéluctable.
Mais Gioconda ne reviendra pas d’Auschwitz. Et Nikos aura toute sa vie pour se remémorer le moindre détail. En a-t-il inventé certains au fil des trente années qui séparent l’histoire de l’écriture? Peut-être. Mais qu’importe. Le récit de cette initiation amoureuse est à la fois sensible et sensuel. Un livre magnifique.
Vous me trouverez dans les allées du Salon du livre de Montréal. Je passe une bonne partie de la journée là-bas!
Il faut être illuminé de l’intérieur pour éclairer à l’extérieur. (François Garagnon)
*illustration de David de Ramon
Sur l’océan
qu’aucune terre ne borne
le vent te précède
tu découvres enfin
l’origine
dans l’absence qui te comble
Denise Borias, Corps éphémère
*choix de la lectrice d’Erwan Bézie
Avec Premiers soins, le slameur québécois David Goudreault signe un recueil qui met en scène les éclopés du quotidien, les abîmés du corps, les greffés du cœur, les abandonnés à leur propre sort, les tristes sires, les guérisseurs comme ceux qui ont baissé les bras, tous ceux qu’il a croisés le temps d’un séjour à l’hôpital, des patients à celle qui tient la boutique en passant par les médecins.
Un docteur en bonne et due forme
M’explique le corps et leur réparation
La facilité de ce qui se fait seul souvent
Puis vient le moment où
Recoudre
Visser
Amputer
Sans autres choix
Avec les cicatrices et les séquelles
Je l’écoute d’une oreille
Tout le reste pense à toi
L’auteur, récompensé deux fois en 2011, la première par la coupe du monde de Slam poésie, et la seconde par la médaille de l’Assemblée nationale du Québec pour son implication sociale, ne fait pas les coins ronds. Pas question de taire la souffrance d’être parfois un numéro dans la longue chaîne des soins.
Ni maladie rare
Ni fossette attendrissante
Chaque journée me fait perdre de la valeur
Et me fond dans le moule
D’une statistique acceptable
D’autant plus que :
Nous cherchons des pansements de dentelles pour nos miroirs brisés
Et que :
La morgue est la dernière
La plus juste des douanières
Premiers soins est un recueil qui doit être impérativement lu à haute voix pour que soit mis en relief et en évidence le rythme donné à l’urgence même de certaines situations ou pour la contrer à l’heure de la peur qui s’empare de tous quand le corps se déglingue. Ou à celle du constat qu’il n’y a plus rien à faire, même si :
On met de l’amitié dans nos ruptures
Comme on met du sucre dans le café
On atténue un peu l’amertume
Rien ne change à l’effet
Une nouvelle voix poétique plus grave que légère vient de s’inscrire dans le paysage québécois. Une nouvelle voix à suivre pour son regard, la justesse de celui-ci. Pour les mots sans détour à scander pour tenter de vaincre. Et de survivre.
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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