Lali

15 novembre 2012

Contrer l’urgence par les mots et le rythme

Filed under: À livres ouverts — Lali @ 19:41

Avec Premiers soins, le slameur québécois David Goudreault signe un recueil qui met en scène les éclopés du quotidien, les abîmés du corps, les greffés du cœur, les abandonnés à leur propre sort, les tristes sires, les guérisseurs comme ceux qui ont baissé les bras, tous ceux qu’il a croisés le temps d’un séjour à l’hôpital, des patients à celle qui tient la boutique en passant par les médecins.

Un docteur en bonne et due forme
M’explique le corps et leur réparation
La facilité de ce qui se fait seul souvent
Puis vient le moment où
Recoudre
Visser
Amputer
Sans autres choix
Avec les cicatrices et les séquelles

Je l’écoute d’une oreille
Tout le reste pense à toi

L’auteur, récompensé deux fois en 2011, la première par la coupe du monde de Slam poésie, et la seconde par la médaille de l’Assemblée nationale du Québec pour son implication sociale, ne fait pas les coins ronds. Pas question de taire la souffrance d’être parfois un numéro dans la longue chaîne des soins.

Ni maladie rare
Ni fossette attendrissante
Chaque journée me fait perdre de la valeur
Et me fond dans le moule
D’une statistique acceptable

D’autant plus que :

Nous cherchons des pansements de dentelles pour nos miroirs brisés

Et que :

La morgue est la dernière
La plus juste des douanières

Premiers soins est un recueil qui doit être impérativement lu à haute voix pour que soit mis en relief et en évidence le rythme donné à l’urgence même de certaines situations ou pour la contrer à l’heure de la peur qui s’empare de tous quand le corps se déglingue. Ou à celle du constat qu’il n’y a plus rien à faire, même si :

On met de l’amitié dans nos ruptures
Comme on met du sucre dans le café
On atténue un peu l’amertume
Rien ne change à l’effet

Une nouvelle voix poétique plus grave que légère vient de s’inscrire dans le paysage québécois. Une nouvelle voix à suivre pour son regard, la justesse de celui-ci. Pour les mots sans détour à scander pour tenter de vaincre. Et de survivre.

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Un commentaire »

  1. Moi je connais un Portugais qui étudiait les premiers soins par correspondance et qui, un jour, a dû intervenir pour porter secours et paf… il est tombé sur un gars qui avait un truc bizarre, mais comme le Portugais n’avait pas eu les moyens économiques d’acheter tous les fascicules du livre il a eu recours à ses notes. Manque de pot : il lui manquait une feuille. Et croyez-moi ou non, c’était là, sur cette feuille, qu’il avait noté comment porter secours dans ce genre de situation…

    Autant dire que le malheureux est mort parce que notre Portugais n’a pas pu faire ce qu’il aurait dû faire. Par ignorance.

    Bonne nouvelle. Le gars qui avait eu un malaise était le type du gouvernement qui avait fait les coupures budgétaires dans l’éducation et, du coup, avait privé notre Portugais de faire ses études convenablement.

    La nature est bien faite des fois. Non?…

    Comment by Pépé de Séville — 15 novembre 2012 @ 22:15

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