Encore des photos signées Armando qui donnent envie de prendre l’avion…
Ce qui se dit en trois mots n’est jamais si bien dit en quatre; et un bon livre n’est pas celui qui dit tout, mais qui fait beaucoup penser. (André Chénier)
*toile de Jean Raoux
Absurdes raisons
Ceux que j’ai aimés ne l’ont sans doute jamais su.
On aime pour de si absurdes raisons.
Il vaut mieux les cacher.
Que le doute réchauffe ceux
qu’aucun amour ne rassurera jamais, de toute façon.
Monique Bosco, Éphémérides
*choix de la lectrice d’Ethel Walker
Pour celle qui a lu et aimé les poèmes de Maïakovski, les lettres qu’il a envoyées à sa maîtresse Lili Brik et ce que cette dernière a écrit à propos de leur liaison, Le testament de Maïakovski constituait une invitation irrésistible par son titre.
Or, si le grand poète russe est une inspiration marquante pour le héros du premier roman de Pierre-Louis Gagnon, c’est davantage le révolutionnaire que le poète qui sert de figure de proue à Serge Régnier. Celui-ci, jeune homme de bonne famille, issu de la bourgeoisie de Québec, est fasciné par la révolution bolchévique. À un point tel qu’il se retrouvera à Moscou, envoyé par le Parti communiste du Québec où il rencontrera Louis Aragon et Elsa Triolet, la sœur de Lili Brik, avec qui Vladimir Maïakovski fut très lié avant sa rencontre avec cette dernière.
Ce ne sont d’ailleurs pas les seules figures historiques présentes dans ce roman fort bien documenté et habilement construit, puisque Régnier rencontre Gorki lors de son séjour en Russie alors qu’il travaille pour le journal Les Nouvelles de Moscou, puis Norman Bethune, alors qu’il combat à ses côtés lors de la guerre d’Espagne en 1936-1937.
L’auteur, qui signe un premier roman à plus de 60 ans après une carrière dans l’administration publique québécoise, a pris soin de chacun des détails : contexte historique, lieux décrits, volet sociopolitique et aventures sentimentales du jeune héros.
Autrement dit, c’est un roman qui tient la route tout en dépeignant une partie de notre propre histoire et de celle d’ailleurs que nous pensons connaître, mais qui demeure tout de même méconnue ou à tout le moins trop peu connue. Le testament de Maïakovski agit donc comme révélateur et catalyseur, et nous pousse à aller au-delà de ce qui nous est relaté afin de poser les jalons manquants. Or, comme j’apprécie les livres qui entrebâillent des portes en nous laissant le choix de les ouvrir ou pas, j’ai aimé que l’auteur ait choisi la concision afin de nous laisser faire le reste.
J’ai eu un peu plus de mal avec le personnage de Serge Régnier qui m’a semblé légèrement flou au départ. En effet, les raisons qui le poussent à s’engager et à militer manquent, à mon avis, de la ferveur que j’attribue habituellement à ceux qui se dévouent pour une cause, qu’elle soit sociale ou politique. Mais ceci n’oblitère en rien la trame forte de ce roman qui nous tient du début à la fin.
Qu’a laissé Maïakovski? Des vers autant personnels que destinés à servir le parti, lesquels semblent avoir été l’élément déclencheur pour Régnier. Mais dans le roman, nulle trace de ceux-ci. Pourtant, ils auraient sûrement permis aidé à nous faire comprendre la motivation du jeune héros. Or, c’est plutôt le secret entourant sa mort qui semble intéresser le jeune communiste. S’est-il vraiment suicidé à la suite d’une déception sentimentale ou a-t-il été éliminé par ses pairs parce qu’il s’éloignait du parti? Cette question le poursuit. L’histoire affirmera qu’il s’agissait bien de suicide, Maïakovski ayant joué sa vie à la roulette russe.
Que nous laisse Le testament de Maïakovski? Le souvenir du désenchantement d’un jeune homme quand il comprend que ce pays dont il rêvait, épris de liberté et ayant tout fait pour accéder à celle-ci, est dirigé par un tyran. Le portrait d’un rebelle qui finira par s’assagir pour demeurer en vie.
Le nombre de places pour les héros est compté.
Titre pour le Défi Premier Roman 
Encore quelques superbes photos prises par Armando de cet automne bruxellois qui peut facilement rivaliser avec le nôtre…
Le temps perdu
J’ai perdu mon temps de si étrange façon.
En aveugle, sans le voir passer.
Sourde qui n’a pas entendu son tic-tac frénétique.
Muette qui n’osa prononcer les paroles nécessaires.
Je l’ai perdu, comme une folle, qui n’a jamais perçu la dure leçon de la passion.
Monique Bosco, Éphémérides
choix de la lectrice de Jean McReynolds
Une île trop loin constitue le premier tome d’une série de quatre que l’écrivaine suédoise Annika Thor a consacré aux personnages de Steffi et de Nelli, deux sœurs de confession juive nées à Vienne, qui ont été envoyées en Suède par un organisme afin de les protéger du nazisme.
Superbe fresque historique, le roman se déroule sur une petite île au large de Göteborg, aujourd’hui la cinquième ville d’importance de la Suède, une île dont la principale activité et source d’économie est la pêche. C’est d’ailleurs dans deux familles de pêcheurs que les sœurs seront « placées » avant que la guerre ne soit déclarée, en attendant de partir pour l’Amérique avec leurs parents restés en Autriche.
Mais les mois passent, et même une année. L’une et l’autre ont appris la langue de leur pays d’adoption, la plus jeune plus facilement que son aînée. Sans comprendre tout à fait ce qui se passe en Autriche et ailleurs, elles tentent de tirer le meilleur parti possible de la situation tout en espérant que celle-ci finira par changer. Et pourtant, les rares nouvelles qu’elles reçoivent ne sont pas bonnes. Les conditions sont de plus en plus difficiles pour leurs parents.
Annika Thor, que je ne connaissais pas, a, au moyen de cette série, choisi de parler du rôle méconnu d’un certain nombre de Suédois qui ont posé un geste humanitaire à plus petite échelle que le héros national Raoul Wallenberg, mais non moins important pour ceux et celles qui ont été épargnés des chambres à gaz. Et elle le fait magnifiquement. En ne négligeant ni les détails historiques, ni la neutralité difficile de la Suède par sa situation géographique, ni les restrictions auxquelles tous doivent faire face.
J’ai dévoré Une île trop loin. Je me suis attachée à Steffi, l’aînée des deux sœurs qui est devenue au fil de l’histoire le personnage principal. J’ai vécu avec elle les blessures, les tourments et les joies. J’ai partagé ses secrets et ses espoirs. Tant et si bien que je me promets de lire très bientôt la suite…
Il y a deux façons de vivre sa vie : l’une en croyant que rien n’est miraculeux, l’autre en croyant que tout l’est. (Wendy Wunder)
*toile de Fabio Hurtado
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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