Vivre éternellement serait aussi difficile – me semble-t-il – que dormir toute la vie. (Anton Tchekhov)
*toile de Mike Worrall
Vivre éternellement serait aussi difficile – me semble-t-il – que dormir toute la vie. (Anton Tchekhov)
*toile de Mike Worrall
Laisse couler mes pleurs tendres sur ton visage.
Bois-les, je suis ta sœur humaine dans la vie,
Le sang coule en ma chair pour être ta pâture
Et l’amour de la créature
M’a pour jamais vers toi, ô mon frère, inclinée.
Quel intime frisson de chair nous réunit,
Quelle nudité d’âme et de chair nous assemble,
Ô toi seul devant qui je demeure plus nue
Qu’au jour de ma naissance ignorante et naïve.
Cécile Sauvage, Œuvres complètes
*choix de la lectrice de Juana Romani
Je pense que ça s’appelle un coup de foudre. Je ne vois pas comment je pourrais dire autrement ce qui s’est passé quand j’ai commencé à lire La bouilloire cantatrice, un album qui relate les aventures d’une bouilloire qui rêve de chanter sur les plus grandes scènes du monde et qui chaque jour fait ses vocalises avec application. Mais Solmajeur, le chef d’orchestre qui a convoqué tous ses instruments, n’est pas convaincu. Antique, la bouilloire, n’a pas ce qu’il faut pour devenir une diva. C’est du moins l’avis du maestro qui a laissé les instruments en faire à leur guise afin de ridiculiser la prestation de la bouilloire. Mais. Car il y a un mais. Une carrière de cantatrice attend bel et bien la bouilloire. Peut-être moins grandiose que celle qu’elle avait espérée. Mais une où elle sera estimée et aimée.
Oui, j’appelle cela un coup de foudre. Lenia Major, pharmacienne, a bien fait de suivre les conseils de sa famille et de publier ses histoires. Quant à Marie-Pierre Émorine, l’illustratrice de La bouilloire cantatrice, je crois qu’elle aussi a eu un coup de foudre. Ça parait dans chacun de ses coups de crayon.

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Mais je suis belle d’être aimée,
Vous m’avez donné la beauté,
Jamais ma robe parfumée
Sur la feuille ainsi n’a chanté,
Jamais mon pas n’eut cette grâce
Et mes yeux ces tendres moiteurs
Qui laissent les hommes rêveurs
Et les fleurs même, quand je passe.
Cécile Sauvage, Œuvres complètes
*choix de la lectrice de Guy Rose
Suivre Claire Dé dans les dédales de son plus récent recueil de nouvelles paru chez Triptyque il y a quelques semaines, c’est aller, non pas tout droit, mais en louvoyant, question de prendre le pouls et de s’imprégner des divers parfums que la vie nous donne à renifler, vers la nouvelle qui clôture ce bijou de recueil, laquelle s’intitule « Hôtel Septième-ciel ».
La suivre, c’est jouer le jeu de se glisser dans sa peau, l’auteure aimant visiblement se mettre en scène avec un plaisir évident qui devient celui de la lectrice ou du lecteur qui se prête à ses amusements qui vont bien au delà des facéties qui constituent le propre d’une certaine littérature dont elle se tient loin. C’est ne pas avoir peur de mettre les voiles au sens propre comme au figuré afin de suivre un télégraphiste amoureux et de se faire araignée le temps d’un salon on ne peut plus livresque malgré les apparences.
La suivre, c’est entrer dans un univers où l’imagination ose prendre des chemins de traverse et où la langue enfile ses vêtements de fête, non pas pour faire savant, ce à quoi certains s’emploient pour le côté stras de la chose, mais parce qu’elle voue à la langue française un amour tel qu’elle veut se lover dans tous ses replis.
Les 18 histoires réunies ici, tantôt nouvelles, tantôt récits, traitent de littérature, un des sujets de prédilection de l’auteure, mais aussi d’amour, parce qu’il lui serait impossible de ne pas le faire, d’ailleurs mais aussi d’ici, dans un réel presque vrai, qui nous fait nous envoler loin de la banalité. Quel beau cadeau de la part de celle qui termine une de ses nouvelles par ces mots : « On reconnaît l’amitié aux ailes dont elle nous pourvoit. »

(Claire Dé photographiée par Claire Dé)
À l’heure où vient de paraître Hôtel Septième-ciel et autres histoires chez Triptyque, Claire Dé se rappelle avec émotion l’année 1981 alors que paraissait sa première nouvelle dans Moebius, une revue également publiée par les éditions Triptyque.
Trente ans ont passé. C’est donc un retour aux sources pour celle qui avait reçu en 1989 le prix Stendhal de la nouvelle pour Le désir comme catastrophe naturelle et qui, dans son plus récent recueil, nous offre une entrevue imaginaire et imaginative entre une traductrice italienne et elle-même dans quelques années, puisqu’elle a situé l’action en 2018. Une entrevue fictive, mais plausible, qui donne la parole à l’écrivaine, laquelle nous entretient de sa passion pour les mots, de son amour immodéré pour les dictionnaires et de certains écrivains plus marquants que d’autres dans son parcours. Une entrevue ludique et sérieuse à la fois : ludique quand l’auteure se décrit sans ménagement et sérieuse quand il est question d’écriture. Une entrevue qui lui ressemble, qui a des similitudes avec une récente rencontre entre nous où café et caramels étaient aussi importants que ses personnages de fiction, ceux qu’elle fabrique ou ceux qu’elle raconte, ces derniers étant souvent moins fictifs qu’on peut le croire.
Celle qui a publié sa première nouvelle il y a 30 ans en revue, et dont la première publication hors du monde des revues (qu’elle n’a jamais cessé de fréquenter, ayant publié notamment dans Arcade et XYZ. La revue de la nouvelle) date de 1982, se souvient avec émotion de sa première fois. Qu’il s’agisse de sa nouvelle dans Moebius, ou du recueil de nouvelles La louve-garou, écrit en collaboration avec sa jumelle Anne Dandurand, dont la parution constituerait une deuxième « première fois », il s’agit chaque fois d’émotion. « Une première publication, c’est aussi une espèce d’accomplissement qui n’est pas une fin, mais un début; le début d’un échange », me confie-t-elle, en caressant la couverture d’Hôtel Septième-ciel et autres histoires, qui reproduit une carte postale envoyée par son père à sa mère il y a plus d’un demi-siècle.
Un échange. Un partage. Un cri. Un besoin de dire, de se dire. Je le vois bien dans ses yeux, dans ses gestes. Je le sens dans son sens du théâtre. Je le lis dans la beauté du monde qu’elle veut exprimer dans ses nouvelles.
Claire Dé. Trente ans d’écriture. « Et pourtant, c’est chaque fois la première fois. »
C’est au marché de Noël d’Obernai que Séverine et Olivier l’ont dénichée. Elle espérait trouver un endroit douillet où finir ses jours autrement qu’en flaque d’eau. Grâce à eux, que je remercie chaleureusement, elle vivra éternellement!
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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