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À petits pas…

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Vont-elles rattraper Denise, partie en Bretagne, qui a pris soin de les photographier avant de partir?

Vous n’avez plus qu’à vous asseoir!

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Il y a tant eu à voir ces derniers trois jours au pays de Lali que vous n’avez pas eu le temps de lire les commentaires sur la toile du 30 août? Qu’à cela ne tienne, l’artiste Phyllis Chase a tout préparé pour vous. Un bon fauteuil, pour commencer, et le livre dans lequel elle a inséré vos textes ainsi que les toiles soumises à votre inspiration jusqu’à dimanche. Vous n’avez plus qu’à vous asseoir!

Peut-être bien que nous aurons alors à nouveau le plaisir de lire un texte de Flairjoy qui nous avait promis de revenir de temps en temps se laisser tenter par une toile? Peut-être aussi que Chantal qui commet de temps en temps quelque texte aura envie de déposer elle aussi quelques lignes? Et pouvons-nous compter sur Hespérie qui vient de participer pour la première fois?

Tout cela, nous le saurons dans cinq jours!

Donnons le pouvoir de s’exprimer à ceux qui ne l’ont pas!

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Chaque fois que nous apprenons à lire à quelqu’un, que nous aidons quelqu’un qui a du mal à lire, que nous encourageons quelqu’un à apprendre à lire, nous lui donnons le pouvoir de s’exprimer. Voilà pourquoi une journée comme celle d’aujourd’hui, la Journée mondiale de l’alphabétisation, est si importante.

Car 776 millions de personnes sur la planète ne savent pas ou peu lire. 776 millions de personnes ne sont pas outillées pour prendre des choix éclairés pour elles-mêmes, pour leur famille, pour la collectivité à laquelle elles appartiennent. Oui, 776 millions de personnes à l’heure de la mondialisation, des frontières qui s’ouvrent, des communications qui sont en constant essor. 776 millions de personnes dont les droits sont bafoués.

Ne les laissons pas se taire. Ne les laissons plus à l’écart. Demandons, nous qui savons lire, aux gouvernements de toutes les nations, de bouger. « Il est temps que le droit à l’éducation de toutes les personnes, quel que soit leur âge, devienne une réalité pratique », tel est le message de Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO.

*toile de John Morgan

À l’heure du Portugal 34

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moment musical en compagnie de Joana Amendoeira
interprétant Sopra o vento

*toile de Roxann Poppe Leibenhaut

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C’est la lectrice peinte par Natasha Schmitten, dont on ne trouve plus de trace sur la toile hormis un tableau ici, qui a parcouru ce soir le très beau recueil de Louise Dupré intitulé Noir déjà. Un recueil qu’elle a visiblement aimé et dont elle a retenu ceci :

Le désir

Hors d’atteinte
tu retardes la vérité
cette menace consentie des lèvres
douces qui s’effleurent
pour la première fois
tu rêves un paysage
heurtant de plein fouet
l’opacité

ou cette stratégie
presque un visage fermement
appuyé sur le silence
de la paume

La journée des fables 24

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LE CORBEAU ET LE RENARD

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Rudolf Jelinek

La journée des fables 23

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LE RAT ET L’HUÎTRE

Un rat, hôte d’un champ, rat de peu de cervelle,
Des lares paternels un jour se trouva soûl.
Il laisse là le champ, le grain, et la javelle,
Va courir le pays, abandonne son trou.
Sitôt qu’il fut hors de la case :
« Que le monde, dit-il, est grand et spacieux!
Voilà les Apennins, et voici le Caucase. »
La moindre taupinée était mont à ses yeux.
Au bout de quelques jours, le voyageur arrive
En un certain canton où Téthys sur la rive
Avait laissé mainte huître : et notre rat d’abord
Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.
« Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire.
Il n’osait voyager, craintif au dernier point.
Pour moi, j’ai déjà vu le maritime empire;
J’ai passé les déserts, mais nous n’y bûmes point. »
D’un certain magister le rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs,
N’étant pas de ces rats qui, les livres rongeants,
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d’huîtres toutes closes,
Une s’était ouverte; et, bâillant au soleil,
Par un doux zéphir réjoui,
Humait l’air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d’un goût, à la voir, nompareil.
D’aussi loin que le rat voit cette huître qui bâille :
« Qu’aperçois-je? dit-il, c’est quelque victuaille;
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd’hui bonne chère, ou jamais. »
Là-dessus, maître rat, plein de belle espérance,
Approche de l’écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs; car l’huître tout d’un coup
Se referme : et voilà ce que fait l’ignorance.

Cette fable contient plus d’un enseignement :
Nous y voyons premièrement
Que ceux qui n’ont du monde aucune expérience
Sont, aux moindres objets, frappés d’étonnement.
Et puis nous y pouvons apprendre
Que tel est pris qui croyait prendre.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Robert Hoffmann

La journée des fables 22

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LA CIGALE ET LA FOURMI

La cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
-Vous chantiez? j’en suis fort aise :
Eh bien! dansez maintenant. »

*toile de Paul-César Helleu

La journée des fables 21

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LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS, ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS

La discorde a toujours régné dans l’univers;
Notre monde en fournit mille exemples divers :
Chez nous cette déesse a plus d’un tributaire.
Commençons par les éléments :
Vous serez étonnés de voir qu’à tous moments
Ils seront appointés contraire.
Outre ces quatre potentats,
Combien d’êtres de tous états
Se font une guerre éternelle!

Autrefois un logis plein de chiens et de chats,
Par cent arrêts rendus en forme solennelle,
Vit terminer tous leurs débats.
Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas,
Et menacé du fouet quiconque aurait querelle,
Ces animaux vivaient entre eux comme cousins.
Cette union si douce, et presque fraternelle,
Édifiait tous les voisins.
Enfin elle cessa. Quelque plat de potage,
Quelques os, par préférence, à quelqu’un d’eux donné,
Fit que l’autre parti s’en vint tout forcené
Représenter un tel outrage.
J’ai vu des chroniqueurs attribuer le cas
Aux passe-droits qu’avait une chienne en gésine.
Quoi qu’il en soit, cet altercas
Mit en combustion la salle et la cuisine :
Chacun se déclara pour son chat, pour son chien.
On fit un règlement dont les chats se plaignirent,
Et tout le quartier étourdirent.
Leur avocat disait qu’il fallait bel et bien
Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent.
Dans un coin où d’abord leurs agents les cachèrent,
Les souris enfin les mangèrent.
Autre procès nouveau. Le peuple souriquois
En pâtit : maint vieux chat, fin, subtil, et narquois,
Et d’ailleurs en voulant à toute cette race,
Les guetta, les prit, fit main basse.
Le maître du logis ne s’en trouva que mieux.

J’en reviens à mon dire. On ne voit sous les cieux
Nul animal, nul être, aucune créature,
Qui n’ait son opposé : c’est la loi de nature.
D’en chercher la raison, ce sont soins superflus.
Dieu fut bien ce qu’il fit, et je n’en sais pas plus.
Ce que je sais, c’est qu’aux grosses paroles
On en vient sur un rien, plus des trois quarts du temps.
Humains, il vous faudrait encore à soixante ans
Renvoyer chez les barbacoles.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Ken Hamilton

La journée des fables 20

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LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir; il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
« Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. -Sitôt? Êtes-vous sage?
Repartit l’animal léger :
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
-Sage ou non, je parie encore. »
Ainsi fut fait; et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
Ni de quel juge l’on convint.
Notre lièvre n’avait que quatre pas à faire.
J’entends de ceux qu’il fait lorsque, prêt d’être atteint,
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la tortue
Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s’évertue,
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. À la fin, quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
« Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison?
De quoi vous sert votre vitesse?
Moi l’emporter! et que serait-ce
Si vous portiez une maison?

(Jean de La Fontaine)

*toile d’Oswald Grill