Je chantais, mes amis, comme l’homme respire,
Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire,
Comme l’eau murmure en coulant.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de George Smith
Je chantais, mes amis, comme l’homme respire,
Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire,
Comme l’eau murmure en coulant.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de George Smith
Souvenir
En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace;
Dans mon âme rien ne t’efface,
Ô dernier songe de l’amour!
Je vois mes rapides années
S’accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.
Mon front est blanchi par le temps;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu’enchaîne
Le souffle glacé des autans.
Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l’âme, elle n’a point d’âge.
Non, tu n’as pas quitté mes yeux;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.
Là, tu m’apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t’envolas avec l’aurore.
Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t’a suivie;
Tes yeux, où s’éteignait la vie,
Rayonnent d’immortalité!
Du zéphyr l’amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d’ébène,
L’ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l’aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.
Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit;
Mais mon amour n’a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.
C’est toi que j’entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage;
L’onde réfléchit ton image;
Le zéphyr m’apporte ta voix.
Tandis que la terre sommeille,
Si j’entends le vent soupirer,
Je crois t’entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.
Si j’admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.
Et si le souffle du zéphyr
M’enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C’est ton souffle que je respire.
C’est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.
Quand je dors, tu veilles dans l’ombre;
Tes ailes reposent sur moi;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d’une ombre.
Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J’irais m’éveiller dans ton sein!
Comme deux rayons de l’aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu’une âme, et je soupire encore!
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Carlton Alfred Smith
Tristesse
Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage
Où Naples réfléchit dans une mer d’azur
Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage,
Où l’oranger fleurit sous un ciel toujours pur.
Que tardez-vous? Partons! Je veux revoir encore
Le Vésuve enflammé sortant du sein des eaux;
Je veux de ses hauteurs voir se lever l’aurore;
Je veux, guidant les pas de celle que j’adore,
Redescendre, en rêvant, de ces riants coteaux;
Suis-moi dans les détours de ce golfe tranquille;
Retournons sur ces bords à nos pas si connus,
Aux jardins de Cinthie, au tombeau de Virgile,
Près des débris épars du temple de Vénus :
Là, sous les orangers, sous la vigne fleurie,
Dont le pampre flexible au myrte se marie,
Et tresse sur ta tête une voûte de fleurs,
Au doux bruit de la vague ou du vent qui murmure,
Seuls avec notre amour, seuls avec la nature,
La vie et la lumière auront plus de douceurs.
De mes jours pâlissants le flambeau se consume,
Il s’éteint par degrés au souffle du malheur,
Ou, s’il jette parfois une faible lueur,
C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume;
Je ne sais si les dieux me permettront enfin
D’achever ici-bas ma pénible journée.
Mon horizon se borne, et mon œil incertain
Ose l’étendre à peine au-delà d’une année.
Mais s’il faut périr au matin,
S’il faut, sur une terre au bonheur destinée,
Laisser échapper de ma main
Cette coupe que le destin
Semblait avoir pour moi de roses couronnée,
Je ne demande aux dieux que de guider mes pas
Jusqu’aux bords qu’embellit ta mémoire chérie,
De saluer de loin ces fortunés climats,
Et de mourir aux lieux où j’ai goûté la vie.
(Alphonse de Lamartine)
*illustration d’Isaac Cruikshank
Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour?
(Alphonse de Lamartine)
*aquarelle de Mirja Clement
Un nom
Il est un nom caché dans l’ombre de mon âme,
Que j’y lis nuit et jour et qu’aucun œil n’y voit,
Comme un anneau perdu que la main d’une femme
Dans l’abîme des mers laissa glisser du doigt.
Dans l’arche de mon cœur, qui pour lui seul s’entrouvre,
Il dort enseveli sous une clef d’airain;
De mystère et de peur mon amour le recouvre,
Comme après une fête on referme un écrin.
Si vous le demandez, ma lèvre est sans réponse,
Mais, tel qu’un talisman formé d’un mot secret,
Quand seul avec l’écho ma bouche le prononce,
Ma nuit s’ouvre, et dans l’âme un être m’apparaît.
En jour éblouissant l’ombre se transfigure;
Des rayons, échappés par les fentes des cieux,
Colorent de pudeur une blanche figure
Sur qui l’ange ébloui n’ose lever les yeux.
C’est une vierge enfant, et qui grandit encore;
Il pleut sur ce matin des beautés et des Jours;
De pensée en pensée on voit son âme éclore,
Comme son corps charmant de contours en contours.
Un éblouissement de jeunesse et de grâce
Fascine le regard où son charme est resté.
Quand elle fait un pas, on dirait que l’espace
S’éclaire et s’agrandit pour tant de majesté.
Dans ses cheveux bronzés jamais le vent ne joue.
Dérobant un regard qu’une boucle interrompt,
Ils serpentent collés au marbre de sa joue,
Jetant l’ombre pensive aux secrets de son front.
Son teint calme, et veiné des taches de l’opale,
Comme s’il frissonnait avant la passion,
Nuance sa fraîcheur des moires d’un lis pâle,
Où la bouche a laissé sa moite impression.
Sérieuse en naissant jusque dans son sourire,
Elle aborde la vie avec recueillement;
Son cœur, profond et lourd chaque fois qu’il respire,
Soulève avec son sein un poids de sentiment.
Soutenant sur sa main sa tête renversée,
Et fronçant les sourcils qui couvrent son œil noir,
Elle semble lancer l’éclair de sa pensée
Jusqu’à des horizons qu’aucun œil ne peut voir.
Comme au sein de ces nuits sans brumes et sans voiles,
Où dans leur profondeur l’œil surprend les cieux nus,
Dans ses beaux yeux d’enfant, firmament plein d’étoiles,
Je vois poindre et nager des astres inconnus.
Des splendeurs de cette âme un reflet me traverse;
Il transforme en Éden ce morne et froid séjour.
Le flot mort de mon sang s’accélère, et je berce
Des mondes de bonheur sur ces vagues d’amour.
-Oh! dites-nous ce nom, ce nom qui fait qu’on aime;
Qui laisse sur la lèvre une saveur de miel!
-Non, je ne le dis pas sur la terre à moi-même;
Je l’emporte au tombeau pour m’embellir le ciel.
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Frederick Morgan
Hymne de l’enfant à son réveil
Ô père qu’adore mon père!
Toi qu’on ne nomme qu’à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère!
On dit que ce brillant soleil
N’est qu’un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.
On dit que c’est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître!
On dit que c’est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
El que, sans toi, toujours avare,
Le verger n’aurait point de fruits.
Aux dons que ta bonté mesure
Tout l’univers est convié;
Nul insecte n’est oublié
À ce festin de la nature.
L’agneau broute le serpolet,
La chèvre s’attache au cytise,
La mouche au bord du vase puise
Les blanches gouttes de mon lait!
L’alouette a la graine amère
Que laisse envoler le glaneur,
Le passereau suit le vanneur,
Et l’enfant s’attache à sa mère.
Et, pour obtenir chaque don,
Que chaque jour tu fais éclore,
À midi, le soir, à l’aurore,
Que faut-il? prononcer ton nom!
Ô Dieu! ma bouche balbutie
Ce nom des anges redouté.
Un enfant même est écouté
Dans le chœur qui te glorifié!
On dit qu’il aime à recevoir
Les vœux présentés par l’enfance,
À cause de cette innocence
Que nous avons sans le savoir.
On dit que leurs humbles louanges
A son oreille montent mieux,
Que les anges peuplent les cieux,
Et que nous ressemblons aux anges!
Ah! puisqu’il entend de si loin
Les vœux que notre bouche adresse,
Je veux lui demander sans cesse
Ce dont les autres ont besoin.
Mon Dieu, donne l’onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l’ombre et la rosée aux plaines.
Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu’il pleure,
À l’orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur,
Donne à moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse!
Que je sois bon, quoique petit,
Comme cet enfant dans le temple,
Que chaque matin je contemple,
Souriant au pied de mon lit.
Mets dans mon âme la justice,
Sur mes lèvres la vérité,
Qu’avec crainte et docilité
Ta parole en mon cœur mûrisse!
Et que ma voix s’élève à toi
Comme cette douce fumée
Que balance l’urne embaumée
Dans la main d’enfants comme moi!
(Alphonse de Lamartine)
*toile de Fernande Sadler
Pour ce dernier dimanche de l’été, j’ai réuni quelques grands-mères. Juste pour le plaisir. Ou peut-être aussi parce que ma grand-mère maternelle qui aimait tant les poètes et la musique, m’a profondément marquée et qu’elle a laissé en moi des traces indélébiles. Et parce qu’elle aimait beaucoup Alphonse de Lamartine, chacune des grands-mères qui viendra s’asseoir au pays de Lali ce dimanche, en commençant par celle peinte par l’artiste James E. Seward, sera accompagnée par un poème ou par un extrait de l’auteur du magnifique poème Le lac.
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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