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Un dimanche avec Lamartine 15

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Chant d’amour (I)

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
Le doux frémissement des ailes du zéphyr
À travers les rameaux,
Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
Ou le roucoulement des colombes plaintives,
Jouant aux bords des eaux;

Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
Divin secret des cieux,
Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
Les anges amoureux se parlent sans parole,
Comme les yeux aux yeux;

Si de ta douce voix la flexible harmonie,
Caressant doucement une âme épanouie
Au souffle de l’amour,
La berçait mollement sur de vagues images,
Comme le vent du ciel fait flotter les nuages
Dans la pourpre du jour :

Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille,
Ma voix murmurerait tout bas à son oreille
Des soupirs, des accords,
Aussi purs que l’extase où son regard me plonge,
Aussi doux que le son que nous apporte un songe
Des ineffables bords!

Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière!
Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière
Ma vie et ton amour!
Ton regard languissant est plus cher à mon âme
Que le premier rayon de la céleste flamme
Aux yeux privés du jour.

(Alphonse de Lamartine)

*toile d’Edward Bird

Un dimanche avec Lamartine 14

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Partout, sur ta rive chérie,
Où l’amour éveilla mon cœur,
Mon âme, à sa vue attendrie,
Trouve un asile, une patrie,
Et des débris de son bonheur,

Flotte au hasard : sur quelque plage
Que tu me fasses dériver,
Chaque flot m’apporte une image;
Chaque rocher de ton rivage
Me fait souvenir ou rêver…

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Samuel Barking Clarke

Un dimanche avec Lamartine 13

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Qu’importe le soleil? Je n’attends rien des jours.

(Alphonse de Lamartine)

*toile signée Alexander Hugo Bakker Korff

La suggestion du 20 septembre 2009

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Ce serait banal, un livre? Loin de là, ai-je envie de dire à la lectrice de l’artiste Alex Gross avant de l’inviter à aller y voir de plus près

Un dimanche avec Lamartine 12

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Rien n’est vrai, rien n’est faux; tout est songe et mensonge,
Illusion du cœur qu’un vain espoir prolonge.
Nos seules vérités, hommes, sont nos douleurs
.

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Pia Ranslet

Un dimanche avec Lamartine 11

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Et tu veux qu’éveillant encore
Des feux sous la cendre couverts
Mon reste d’âme s’évapore
En accents perdus dans les airs!
La gloire est le rêve d’une ombre;
Elle a trop retranché le nombre
Des jours qu’elle devait charmer.
Tu veux que je lui sacrifie
Ce dernier souffle de ma vie!
Je veux le garder pour aimer!

(Alphonse de Lamartine)

*illustration de Beth Peck

Un dimanche avec Lamartine 10

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Insectes bourdonnants, assembleurs de nuages,
Vous prendrez-vous toujours au piège des images?

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Thomas Waterman Wood

Un dimanche avec Lamartine 9

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Le soir

Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs
Le char de la nuit qui s’avance.

Vénus se lève à l’horizon;
A mes pieds l’étoile amoureuse.
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre
J’entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu’on entend voltiger une ombre.

Tout à coup détaché des cieux,
Un rayon de l’astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère?
Les secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler?

Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux?
Viens-tu la nuit briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance?

Viens-tu dévoiler l’avenir
Au cœur fatigué qui t’implore?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas finir?

Mon cœur à ta clarté s’enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus
Douce lumière, es-tu leur âme?

Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage?
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d’eux!

Ah! si c’est vous, ombres chéries!
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.
Ramenez la paix et l’amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

Venez !… mais des vapeurs funèbres
Montent des bords de l’horizon :
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les ténèbres.

(Alphonse de Lamartine)

*toile d’André Susplugas

En vos mots 128

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À qui donc est destinée cette lettre sur la table? Est-elle si difficile à écrire pour que les sœurs peintes par Sergei Rymoshevsky ne semblent pas l’avoir commencée? À moins que les mots ne viennent pas aussi facilement qu’on le voudrait quand on a quelque chose d’important à écrire?

Toutes ces questions sont à vous, ainsi que la toile qui les accompagne, pour toute une semaine, puisque je ne validerai pas les commentaires avant dimanche, ce qui vous laisse amplement le temps d’apprivoiser la scène et de la raconter en vos mots

À dimanche prochain pour la suite!

Un dimanche avec Lamartine 8

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Les voiles

Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.

J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.

Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur;
La foudre ici sur moi tomba de l’arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.

(Alphonse de Lamartine)

*toile de Martin Stone