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Et les mots sont venus jusqu’à lui

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Et les mots sont venus jusqu’à lui dans le jour naissant, alors que le ciel s’habille d’orange et que les oiseaux bavardent comme si le ciel était à eux. Et les mots sont venus, tout simplement, parce que d’autres mots étaient là, ceux d’un autre, des mots qui l’ont touché et auxquels on ne peut répondre que par d’autres. Et ils se sont posés tout seuls, côte à côte, sur le papier, sans même qu’il faille les ordonner. Empreints de sensibilité et de tendresse. Les seuls qui peuvent s’écrire pour répondre à ceux du désarroi mêlé à cette même tendresse.

*toile d’Alastair Adams

Anecdotes de libraire 23

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Je me demande parfois s’il existe encore de vrais libraires, ceux capables de dire la vérité quand on leur pose une question qui demande la franchise. Ceux qui n’ont pas peur de perdre une vente et qui ont à cœur le bonheur de lire d’un éventuel client. Même s’ils ne savent rien de lui, même si celui-ci est entré par hasard, même s’ils ne le revoient jamais.

Se donnent-ils la peine de donner l’heure juste si on la leur demande ou se rangent-ils derrière l’opinion d’un critique ou le fait que le titre fait partie de la liste des meilleurs vendeurs?

Osent-ils dire, comme je l’ai fait un jour, alors qu’on me demandait ce que je pensais du roman érotique du moment, qui se vendait comme des pains chauds et que la cliente était visiblement prête à acheter, qu’elle pouvait ouvrir le livre à n’importe quelle page, qu’il était aussi mauvais d’une page à l’autre? Ce qu’elle a fait. Avant de le remettre sur la tablette.

Elle n’était pas du quartier. Elle était entrée pour acheter ce livre. Et uniquement ça.

Elle est repartie avec les nouvelles d’Anaïs Nin, un roman d’Anne Dandurand et mon coup de cœur du moment, car elle avait envie de voir ce que je considérais comme un bon livre. Et pendant des années, elle a traversé la ville tous les mois pour que je lui choisisse des livres.

*toile de Francesc Sillué

Voix qui s’envolent

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Elle va parfois là, dans ce parc d’une autre saison, dans ce parc qui a un prénom et non plus le nom que tout le monde lui connaît. Elle y apporte ce livre qu’il aime tant et elle l’ouvre au hasard. Et chaque fois, les mots sont justes. Ceux qui se prêtent à ce moment précis, à la lumière du matin ou à celle de la fin de l’après-midi. Ceux qu’il lui lisait autrefois avec sa voix qui souriait.

Et c’est cette voix que la lectrice de Raphaël Leguilloux entend chaque fois qu’elle ouvre le livre et que les mots arrivent à ses yeux. Et c’est cette voix qui occupe le parc comme leurs rires l’avaient fait ce jour-là. Et c’est cette voix qui envahit l’espace et qui s’envole dans le ciel avec les mots.

Et peut-être volent-ils vers lui, vers un endroit qui a aussi des souvenirs d’eux qui y sont gravés. Et peut-être même y apporte-t-il un livre qu’elle lui a offert et que lui aussi se laisse porter par sa voix qui s’empare des nuages. Et peut-être même que leurs voix se rencontrent dans leur course et qu’elles se posent ensemble sur une étoile pour veiller sur eux.

La suggestion, jour 13

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Les lecteurs peints par Andy Wood n’ont pas bronché quand ils ont vu passer Armando. Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Et s’il nous parlait de ceux qui fréquentent l’Algarve en cette saison?

L’amande d’un regard

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Difficile de trouver des renseignements sur le poète et journaliste Olivier Marchand qui était, avec Gaston Miron et quelques autres, l’un des fondateurs des éditions de l’Hexagone. La lectrice d’Édouard Manet ne cherchera pas davantage. L’un des poèmes tirés de La poésie québécoise de Laurent Mailhot et Pierre Nepveu lui suffira.

L’amande d’un regard

l’amande d’un regard
pour d’étranges lueurs
creuse un destin d’autres nuits
c’est pour toi en tangage
la bouteille à la mer
des vertes chaleurs
à la chandelle des cendres
la tombée de la paupière fermée
ô mon doux vertige
la dentelle sacrée de tes yeux
sait-elle ce que parler fait

il connaît ses silences

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il connaît ses silences
tout autant que ses peurs
lui qui tremble devant les mêmes couleurs

il sait aussi l’absence
mais encore plus ce qui les unit
et ce désir qui jamais ne finit

il aime son amour pour les mots
tandis qu’il la regarde encore et encore
même quand elle dort

et parfois l’odeur de sa peau
est plus qu’un cri
elle est la couleur de sa vie

(septembre 2008)

*toile de Francisco Bores

La lettre oubliée

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Et d’un tiroir, elle a sorti une lettre oubliée. Ou qu’elle croyait oubliée. Jusqu’à ce qu’elle la relise à haute voix et que les mots se posent sur ses lèvres avant qu’ils n’arrivent à ses yeux. Et la lectrice de Sandra Batoni a su que, même dans trente ans, elle se souviendrait de ces mots d’un printemps qu’elle espère voir durer toujours.

Ah si pouvais entrer dans la toile

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Il fait cette chaleur lourde, pesante, écrasante, à la limite du supportable, qui donne envie d’être ailleurs qu’en ville, au deuxième étage, malgré un balcon tout neuf. Parce que le soir est sans vent. Et qu’il n’y a pas cette brise qu’on trouve toujours au bord de la mer et qui semble faire le bonheur de la lectrice de Peter Nardini, et de la mouette qui lui tient compagnie.

Ah si je pouvais trouver une façon d’entrer dans la toile pour me rafraîchir un peu…

Je n’y suis pour rien…

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Mais elles sont partout et c’est mon appareil qui prend les photos…

Toujours une rose

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Pour la pause de l’après-midi, toujours une rose… Il y a des journées comme ça où je perds le nord et le sud. Ce doit être ce parfum qui est partout…