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Anecdotes de libraire 1

apple

En regardant la toile de Linda Apple, je n’ai pu m’empêcher de penser à la vie de libraire qui a été la mienne pendant plus de vingt ans. À cette vie au quotidien à laquelle je greffais mes autres activités littéraires. Pour ne rien manquer. Quitte à dormir peu. Si bien que je dors toujours peu.

Et quelques anecdotes me sont revenues. Parce que la vie de libraire a aussi ses moments rigolos, ses questions qui désarçonnent. Du genre « Vous avez Madame Bovary? Celle de Flaubert, hein, je ne veux pas celle d’un autre. » Et moi qui ignorais qu’il y en avait plus d’une. Quelle ignare! Ou bien, cet étudiant, livre à la main, samedi 16 h 45, avec un résumé à rendre le lundi matin, « Vous savez si on a fait un livre de ce film? » Petit futé, va. Les profs connaissent les trucs, il n’y a presque plus de romans qui ont été adaptés sur les listes…

Et n’oublions pas les titres déformés. Il n’y a pas de jours où ça arrive moins de dix fois. « Vous auriez pas Les jambes de bois d’Anne Hébert? » Il semblerait que c’est la suite des Chambres de bois… « Vous avez La petite chose de Daudet?  » Celui-là, il devait savoir des choses que beaucoup ignorent. « Vous devez avoir ça Anne et Karine? C’est un grand roman russe. » Probablement que l’auteur doit se prénommer Noël, il faut savoir jouer avec les lettres parfois.

Et devant l’assurance de certains, se dire que l’éditeur s’est trompé. « Le prof nous a bien dit Les mémoires d’une jeune fille dérangée. Je vous l’assure. Un titre comme ça, ça ne s’oublie pas. »

Et puis des demandes comme « Je voudrais le nouveau livre de Don Quichotte. Vous avez ça? » Il est connu et su de tout le monde que Don Quichotte écrivait des livres et que Cervantès était son héros. Comment pouvais-je ignorer la chose?

Et les fous rires qu’il faut retenir. « Vous ne trouvez pas que George Sand est un peu efféminé? Ça devait être un travelo. »

Si vous n’avez pas souri une seule fois, je vous le dis tout de suite : ne pensez jamais à être libraire.

La voix rocailleuse de Tom Waits

tom waits

Je ne m’aventurerai pas à vous faire le tracé de Tom Waits. Je n’ai pas le talent de fouineur que d’autres ont ni une connaissance assez grande de la musique pour le faire. Mais je peux vous dire que l’univers de Tom Waits, que certains appellent glauque, en est un fait d’histoires. Que ces histoires, Tom Waits les interprète dans un mélange rock-jazz-blues qu’on reconnaît dès les premières notes. Et que s’il en faut davantage, sa voix rocailleuse ne peut pas nous tromper.

Et quand j’écoute Tom Waits, je ne peux que penser à cet automne de mes 20 ans, à un appartement de la rue Garnier, à Alain, le prof de Gaspé qui avait entrepris mon éducation musicale et qui a ouvert des avenues que j’ai continué d’explorer toute seule ou avec un peu d’aide.

Et pour vous donner le goût de Tom Waits, j’ai choisi The piano has been drinking, chanson tirée de son album Small change (1976) :

Lorsqu’on écrit…

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Elle traîne partout un carnet. Pour les images qui surgissent d’un paysage, des gens qu’elle croise, d’une conversation. Il n’est pas de jour sans qu’il en soit ainsi. L’écrivaine peinte par l’artiste canadienne Caroline Bochud ne sait pas vivre autrement que par les mots, que par les histoires qu’elle invente, que par le regard qu’elle pose sur tout, en permanence. Comme une autre que je connais très bien et qui adhère aux mots de l’écrivain Jean-François Somain :

Lorsqu’on écrit, il faut tout imaginer, toujours, mais les coups d’œil qu’on peut jeter sur la vie d’autrui fournissent des clous pour lesquels accrocher les histoires et les personnages qu’on invente.

Un lecteur dans l’atelier d’un peintre

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Le lecteur de Sandra Fisher a apporté un livre dans l’atelier. La pose peut ainsi durer sans qu’il ne se déplace trop. Juste quelques pages tournées au fil de sa lecture. Pas de quoi déranger l’artiste en plein travail.

Pour entrer dans d’autres ateliers, je vous suggère l’excellent billet de Caroline intitulé L’atelier ou le monde intérieur du peintre. Un magnifique voyage!

Le bonheur selon Hélène Rioux

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Je ne sais plus à quel moment nous nous sommes rencontrées. Il me semble que c’était à un lancement, mais je peux me tromper. Hélène Rioux fait partie de ma vie depuis si longtemps qu’il me semble parfois qu’elle a toujours été là. Je vous ai d’ailleurs parlé un jour de ses Dialogues intimes. Et je vous parlerai sûrement de Mercredi soir au bout du monde.

Mais aujourd’hui, je raconterai plutôt une scène. Celle d’une longue entrevue que nous avions réalisée chez elle il y a tellement d’années que je n’ose pas les compter. Élise était encore une petite fille et non pas cette belle jeune femme qu’elle est aujourd’hui et la scène peinte par Ingeburg Borowski n’est pas sans me rappeler la complicité qui les unissait.

Le réalisateur nous avait installées dans un face à face confortable. Et parce qu’il sentait les choses et qu’il aimait vraiment les enfants, il avait laissé Élise s’installer sur le sofa tout à côté pour ne rien rater de l’émission de télé qui se filmait dans son intérieur.

Je me rappelle les yeux d’Hélène quand elle parlait de l’Espagne, des olives, de Jim Morrison. Mais encore plus comme ils jetaient mille feux heureux quand elle parlait d’écriture, de son parcours. Et plus encore quand son regard se posait sur le sofa où une princesse avait fini par s’endormir même si elle avait cru être en mesure de tenir bon. C’était sans compter la mise au point des éclairages, les tests de voix, les meubles qu’on déplace pour que les caméras puissent bouger.

Je me rappelle tout cela et bien d’autres moments. Nos nombreux soupers. Un roman que j’ai lu avant qu’il ne paraisse. Les petits-enfants que lui a donné Mitia, son fils. Et ses nombreux retards. Pas étonnant qu’elle ait dirigé un numéro de XYZ. La revue de la nouvelle sous le thème « Retards ». Pas étonnant non plus qu’elle m’ait demandé de préparer ce numéro avec elle, avec cette complicité et cette amitié qui sont les nôtres, même si nous nous voyons trop peu. Bien trop peu. Et si la ponctualité n’est pas un trait de sa personnalité, il est une chose sur laquelle Hélène n’est jamais en retard, et c’est le bonheur.

« Le bonheur, me direz-vous, ce bonheur de tous les jours, de tous les instants, il est là, il est latent, il faut savoir, vouloir le trouver dans les gestes les plus petits, sourires, chansons dans la rue, air de flûtemélancoliquement joué, rayon de soleil furtif, arc-en-ciel, clair de lune sur le lac bleu, gestes aussi posés tous les jours, empreints d’une richesse insoupçonnable, savoir le prendre, ne pas demander une vie d’aventure, une vie d’anarchiste, la vie, merveille sans cesse renouvelée, savoir en prendre conscience, les enfants, les saisons, les paysages flous, le brouillard, le ressac, la brise et le soleil, pourquoi toujours chercher l’inaccessible – insatisfaction chronique -, le bonheur est à la portée de la main, me direz-vous, savoir le prendre, le toucher, l’avaler, aucun prétexte même à la tristesse. » (in Un sens à ma vie)

Mes rencontres littéraires

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*toile de Gustave Caillebotte

J’ai eu pendant presque dix ans la chance et le privilège de rencontrer des écrivains, parce que j’animais une émission sur la littérature québécoise à la télévision communutaire. Expérience qui m’a menée à la radio de Radio-Canada, à une collaboration à divers titres à certains périodiques et à de multiples expériences connexes.

Et voilà longtemps que je cherchais une manière d’en parler sans que cela ne donne l’impression que je veux jeter de la poudre aux yeux. Car ce n’est pas mon intention. Mais vraiment pas. Puisqu’il s’agit ici de deux choses. De faire découvrir quelques auteurs de chez moi, il va sans dire. Mais également de raconter en toute simplicité quelques moments uniques passés avec eux en studio, dans leur intimité ou dans un lieu qui faisait sens pour eux.

Mais je n’avais pas encore trouvé le fil conducteur. Cette manière d’amener les choses et de continuer à raconter des histoires. Jusqu’à hier soir.

C’était tout simple. Et c’est un livre qui m’a donné l’idée. Un livre dans lequel je suis restée plongée longtemps : le Dictionnaire des citations québécoises de Gilbert Forest. C’est donc à partir de ce dictionnaire que m’est venue la manière de parler des écrivains, de mes rencontres. De ces moments intimes. Chacun de ces billets relatant mes rencontres littéraires sera assorti d’une citation plus ou moins longue tirée d’un livre d’un auteur québécois.

Et quand j’aurai fait le tour de ces rencontres avec des écrivains québécois, ou avant, peut-être irai-je jusqu’à raconter d’autres rencontres, comme une conversation avec Benoîte Groult dans un avion, un petit déjeuner à Paris avec Christopher Frank, un diner avec Mary Higgins Clark, ces mois où j’ai travaillé pour Yves Navarre ou un repas avec le bédéiste Greg.

Juste pour partager. Un peu plus.

Extraits quotidiens 1

sandi w

Soir après soir, jusqu’à ce qu’elle lui ait lu tous les textes qu’elle aime, elle lui lira des extraits du numéro 106 de la revue Estuaire qui avait pour thème l’érotisme interdit. Juste avant que ne sonnent les douze coups de minuit. Comme une Shéhérazade moderne. Pour que l’homme qui se laisse bercer par les mots tantôt tendres tantôt osés n’oublie jamais la lectrice de Sandi Wong.

le monde brûle en elle
la beauté cette énigme
qui résume le feu et l’air
en un seul voyage
le jour de la terre

elle n’est pas l’eau
mais le lit d’un fleuve
qui s’ouvre un volcan
de lumière à boire
dans l’atelier des songes

elle forge son destin
à vif d’un langage
parmi les formes
du feu à découvert

(Jean Royer)

Sentiment incomparable

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On ne sait jamais quand on ouvre un livre ce qu’il va nous révéler, pas plus s’il nous marquera ni s’il nous deviendra essentiel. Il faut parfois quelques lignes pour le savoir. Parfois beaucoup plus. Ça fait partie des surprises et des bonheurs de la lecture. Ne pas savoir. Ne pas connaître d’avance ce qui nous étonnera ou bouleversa nos repères.

Et peut-être que la lectrice de Gustav Adolph Hennig n’a pas connu encore ce sentiment incomparable. Parce que, peut-être, pour la première fois est-elle en train de goûter plutôt que de dévorer.

Lectrice bruxelloise

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« Ma » lectrice du matin semble avoir déserté à tout jamais l’arrêt l’autobus où je la croquais. Et nulle autre ne l’a remplacée. Je vais finir par croire que cet hiver qui n’en finit pas de finir fait qu’elles se sont toutes installées à Bruxelles. En voici une preuve. Les autres, signées Armando, viendront.

On n’arrête pas le progrès!

bookinist

J’ai eu l’occasion il y a quelque temps de vous parler de la bibliochaise et du fait que j’en voulais une. J’en rêve encore, d’ailleurs… Mais je me demande si je ne me laisserais pas aussi tenter par une autre chaise, celle-là appelée bookinist et qu’on peut déplacer à la manière d’une brouette…