Ailleurs, de l’autre côté de la ville ou dans un autre pays, la lectrice de Russell Chatham a ouvert un livre qu’elle avait laissé fermé des mois durant, peut-être même des années. Pas que ce livre réveille en elle des souvenirs autres que doux. Elle l’avait juste oublié. Il y a tant de livres chez elle.
Et puis, surtout, elle ne passe pas sa vie à inventorier les titres ou si tel livre est revenu. Elle en prête tellement. Et elle en possède tellement que si un livre ne lui revient pas, ce n’est pas grave, c’est qu’il a une vie ailleurs. Elle a appris au fil des ans que seuls les livres auxquels elle tient vraiment, et qui sont maintenant hors commerce, ne devraient jamais être prêtés. Les autres, pourquoi pas? Si elle les laisse aller, c’est qu’elle les a lus et qu’il y a tant de livres à lire que ce n’est pas certain qu’elle tienne à en relire un au moment où justement il est ailleurs.
Elle a donc ouvert ce livre qu’elle n’a pas ouvert depuis des lunes. Elle avait oublié la finesse du papier, la qualité des reproductions. Et je crois qu’elle est heureuse de sa trouvaille.









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