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Instantanés sur New York

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New York première fois, été 1972. C’était avant les tours, et nous avions vu la ville du haut de l’Empire State Building. Pris des photos devant Rockefeller Center. Marché sur 5th Avenue. Pas encore 11 ans. Souvenir tenace, malgré tout. Le Bronx où nous avons atterri par erreur et d’où les policiers nous ont sortis à la vitesse grand V dès qu’ils ont vu la plaque du Québec. Et bien entendu, la statue de la Liberté. Immense. Alors que la liberté des gens est minuscule, au fond.

Autre séjour presque 10 ans plus tard avec les copains d’université. Souvenir d’un autobus qui roule dans la nuit. Moi endormie sur l’épaule de P. qui caresse mes cheveux. Un déjeuner au beau milieu de nowhere quelque part entre Montréal et New York. C’est début mai et les nuits sont encore fraîches, mais nous nous dégourdissons un peu les jambes avant de repartir.

Quelques heures pour dire quelques jours quand le temps file à toute vitesse quand on veut tout voir. Quelques heures qui se sont éternisées dès que nous avons franchi les portes du Metropilitan Museum of Art: trop à voir. Pique-nique à Central Park sous quelques gouttes de pluie. Et le soir, pour Diane, Sylvie et moi, nos plus beaux atours pour Broadway. Otello avec Christopher Plummer dans le rôle d’Iago. Nous sommes les trois éblouies. Inconscientes – ou téméraires ? -, nous marchons dans les rues de New York à la recherche d’un endroit où on pourra se faire un snack de fin de soirée et discuter un peu. Puis, on rentre, toujours à pied. Magie que New York et ses lumières sous la pluie. De véritables éclairages de scène partout.

Et les toiles de Kandinsky au Guggenheim, celles de Giorgio de Chirico au MOMA. Antigone de Sophocle off Broadway et une pièce dont j’ai oublié le titre off-off-off Broadway. Dans un ancien magasin transformé en théâtre si bien que les gens dans la rue pouvaient tout voir à travers la grande fenêtre. Il manquait les mots, mais nous qui les avions pourtant n’avons saisi que des bribes.

Une nuit à jouer au strip poker dans notre chambre à Sylvie et à moi. Combien étions-nous ? Dix ? Douze ? Je me souviens qu’il n’y avait pas de table et que nous avions mis un tiroir à l’envers pour y jeter nos cartes en avalant du caribou (un alcool fort qui étourdit) que David était aller chercher – je préfère ne pas savoir où mais sûrement dans un bar clandestin – à une heure du matin. Nous avions 20 ans, nous étions libres et dans une des villes les plus excitantes du monde.

Mais de tous les moments, même si de tous je conserve un souvenir impérissable, il y en a un qui se démarque: l’arrivée à Washington Square, l’entrée de Greenwich Village. J’étais enfin LÀ, sur cette place vue dans tant de films. Je crois que j’ai dû faire un 360 degrés juste pour m’assurer que c’était bien vrai.

Tout m’a plu à Greenwich Village. Les maisons, les galeries, les friperies et les magasins de chaussures. Et le petit bistro français où on peut débarquer après le théâtre et où on nous sert à minuit comme s’il était 19h.

Je n’ai pas revu New York, pourtant à huit heures de route de Montréal. Mais j’ai vu et revu Paris maintes fois. Mais un jour, oui, j’y retournerai. Je suis certaine que ça doit être formidable d’embrasser un homme devant la fontaine de Washington Square avant d’aller marcher main dans la main dans les rues du quartier.

Une lectrice qui s’enflamme

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Il y a quelque chose d’infiniment chaud dans l’orange choisi par Paula Perdue pour sa lectrice. Mais aussi de glacial dans le vert qui le découpe. Si bien que l’attirance de départ qui nous pousserait à nous lier à la liseuse, à vouloir la connaître, à cause de cette chaleur qui se dégage du tableau se voit contenue, freinée.

Mais regardez encore. Imaginez plutôt ceci. Une femme froide de vert vêtue, désabusée. Elle s’installe sur le sofa orange et la lecture du livre éclaire tout, si bien que là où on corps s’est posé, le sofa est devenu vert alors que tout son corps a elle s’est enflammé.

Suffisait-il de quelques lignes de ce roman pour la toucher et faire jaillir une flamme non éteinte ? J’aime à penser que les livres ont un effet tel, qu’ils changent la vie des gens et le regard sur les choses. J’aime à imaginer que celle revenue de tout, à cause de quelques phrases, a laissé tomber le masque de son visage pour laisser vivre un sourire ou un éclat dans ses yeux. Et c’est ainsi que je la vois désormais. Elle n’est plus inatteignable ou froide, mais lumineuse et ouverte.

Une autre page de mes aventures belges

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Deux soirées à distribuer des CD gratuits en tant que bénévole pour la délégation Wallonie-Bruxelles au Québec. Deux soirées à offrir à ceux venus voir Saule (hier) et Jéronimo (aujourd’hui) quelque 20 artistes belges réunis sur un album qui donne un peu la couleur de la chanson belge en ce moment. Et le plaisir de pouvoir dire que ce disque est offert par la communauté française de Belgique avec la collaboration de Wallonie Bruxelles Musique représenté par un attaché commercial avec qui j’ai pu un peu causé hier et aujourd’hui. Une Québécoise qui défend la chanson belge et qui la connaît plus que bien des Belges, je crois que ça lui a plu. Il a promis de m’envoyer quelques compilations que je puisse continuer à faire de la promotion et encore plus pour me faire plaisir, je crois.

Non, je ne suis pas belge de sang, mais sûrement de cœur. Je crois que mon enthousiasme pour son petit pays a aussi plu à Gaëlle, une jeune scripte belge passionnée de cinéma ici pour un an. Nous étions jumelées pour la distribution de CD les deux soirs et nous en avons profité pour souper ensemble avant de nous diriger au cabaret du Musée Juste Pour Rire. Nous n’avions pas des heures devant nous et quand nous avons dit à la demoiselle qui faisait le service que nous allions voir Jéronimo, elle s’est tout de suite empressée de nous dire que le patron du restaurant était belge. Bien entendu, je le savais, je fréquente le lieu depuis nombre d’années et j’ai même fait la fête avec lui et quelques Belges lors de la journée Wallonie-Bruxelles en juillet. C’est bien pour cette raison que j’avais choisi le Magellan pour lieu de rencontre. Une Belge dans un restaurant tenu par un Belge avant le concert d’un chanteur belge, c’était incontournable.

Gaëlle est bruxelloise, mais elle a un gros faible pour la Meuse et la Sambre, pour le village de Namêche qui fait partie de mon parcours belge et où elle a travaillé sur un tournage. Et de fil en aiguille, parce que j’aime la Belgique, que je la connais un peu et que je m’emballe en parlant des villes et des gens, nous avons parlé de voyages, des gares, de celle des Guillemins en rénovation et de celle de Namur plutôt moderne, mais qui lui fait briller les yeux. Alors, c’est celle de Namur que j’ai choisie pour parler de Gaëlle la voyageuse. Qui, même si elle n’aime pas les plages de la mer du Nord, ira voir la gare d’Ostende sur qui le temps ne semble pas avoir laissé de traces et qui a tout de cette époque où la petite ville était la destination de choix, parce que je la lui ai vantée.

Pourquoi, me demande Denis, alors qu’il commence à parcourir page après page les aventures de Lali, dans un courriel qui vient d’entrer à l’heure où j’écris ces lignes, cette « passion » pour la Belgique ? Parce que.

Parce qu’elle est entrée dans ma vie il y a près de trois ans en jouant au scrabble sous les traits de quelqu’un qui allait devenir un ami très cher. Et que depuis, quoique je fasse, je ne trouve que des Belges (ou presque) sur mon chemin. Que parce la Belgique ne cessait d’arriver à moi, j’ai voulu l’apprivoiser, la connaître plus que superficiellement. Alors, j’ai plongé dans son histoire, dans sa littérature, dans sa peinture, dans sa musique, et je suis allée voir sur place si mon enthousiasme correspondait à la réalité. Et que de là-bas, je suis revenue encore plus séduite qu’avant de partir; que les contacts avec les habitants du pays de Brel continuent de se multiplier; qu’il y a sûrement un peu de ce pays en moi.

Et je pourrais pendant des pages et des pages continuer à parler de ce pays où j’ai été si heureuse et que j’ai quitté avec tristesse. Mais ce n’est pas un pays que j’ai laissé derrière moi, c’est plus que ça, ce sont les gens de ce pays qui m’a ouvert les bras. Et qui ont fait qu’il me tarde de les retrouver ou de rencontrer ceux qui sont entrés dans ma vie par le net depuis. Ce n’est pas demain la veille que je vais en finir avec mes histoires belges. Encore une de ces choses dont je suis certaine.

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En juin, Gaëlle rentrera à Bruxelles, nous avons quelques mois devant nous pour aller voir des films, assister à des concerts ou nous promener. Après, ce sera elle qui me fera découvrir son Bruxelles et pourquoi pas Namur qu’elle aime tant où je n’ai passé que quelques heures?

Saule et les Pleureurs ou comment déchaîner le Lion d’Or

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Quelle énergie, quelle folie, quelle fureur de vivre que Saule et ses Pleureurs sur la scène du Lion d’Or. Quelle poésie aussi, quel sens de l’autodérision. « Fils illégitime d’Alexandre le bienheureux » m’a chuchoté un fidèle du Coup de cœur francophone depuis 20 ans. Je n’ai pu qu’acquiescer : c’est si bien dit.

Et de Saule, je ne connaissais que Si et si bien que j’ai pu la fredonner tandis que sur scène se déployait la belle synergie de cette bande de bons vivants à l’humour bien belge. Ce que sait faire Saule (né Baptiste) avec sa voix relève parfois du brio. Et tout cela avec un tel naturel, avec une telle envie de partager autant avec ceux qui l’accompagnent que ceux qui se sont levés d’emblée pour un rappel et qui seraient bien restés là encore un moment à découvrir ce petit quelque chose qui fait qu’ils iront loin.

Je leur souhaiterais bien des salles plus grandes si c’est ce qu’ils souhaitent eux aussi, mais je pense que les petites salles intimes comme celle de ce soir sont tout à fait appropriées pour conserver cette complicité avec le public qu’ils savent créer.

Non, je n’ai pas résisté à l’envie de partir avec le CD sous le bras. Et je crois même que Saule va être de service non stop sur le lecteur ces prochains jours. Je dis ça, mais bon, je sais bien que je suis changeante, avide de tout et qu’il y a bien autre chose qui me fera un signe un soir ou un autre même si pour le moment je suis dans le ravissement. Et si j’allais rêver? Le soleil me réveillera bien assez vite.

Au bout de la rue, l’été 1976

pyramidesolympiques

Petite marche pour la pause de 15 h que je ne prends pratiquement jamais. Pas bien loin: je ne suis pas du genre à étirer une pause si jamais je la prends. Quelques pas jusqu’au bout de la rue ou jusqu’à l’hôpital. Dans le second cas, avec un but précis: un grand café vanille française du Tim Hortons.

Sur la route du retour, avant d’arriver au bureau, se dressent fièrement les pyramides olympiques, celles qui ont logé les athlètes il y a 30 ans avant de devenir des logements. Chaque fois je souris. Nadia et moi avions le même âge à l’été 1976. Et comme bien d’autres, venus de partout, c’est là qu’elle habitait. Ne me demandez pas pourquoi je salue encore ce lieu où habitait la petite fée des jeux. Je le fais. Et je ne me demande pas pourquoi. Les pyramides sont là, au bout de la rue, paysage quotidien et immobile. Preuve irréfutable de mon adolescence dans ce Montréal qui ne cesse de changer.

Il faudra que je vous raconte la Main

Nelligan

Que vous disent les vieilles rues
Des vieilles cités?…
Parmi les poussières accrues
De leur vétustés,
Rêvant de choses disparues,
Que vous disent les vieilles rues?
Alors que vous y marchez tard
Pour leur rendre hommage

(Émile Nelligan, « Les vieilles rues »)

Elles racontent des tas d’histoires, ces rues. Et c’est à ce poème que je pensais ce soir alors que je marchais sur la rue Saint-Laurent, la « Main », la plus ethnique de toutes, celles aux mille couleurs et aux non moins nombreux accents. De Chinatown à la Petite Italie, en passant par le quartier portugais et les restos branchés, tout est là, sur la Main ou autour.

Chaque fois que je la parcours du sud au nord, j’ai le sentiment d’appartenir à cette ville. Et j’ai envie de répondre à cette question du grand poète qu’a été Émile Nelligan. Mais ce soir, je ne sais dire que le bonheur de me baigner de son ambiance. Il faudra un de ces jours un long billet pour raconter les odeurs et les sons, les vitrines et les trottoirs, les gens et la vie qui bouge là-bas.

La lectrice en bleu et son chat

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La toile de l’artiste Arne Westerman , qu’on pourrait presque appeler la toile bleue tant cette couleur est omniprésente, nous offre une lectrice toute paisible et sage. Chat en prime. Comme si l’un complétait l’autre. Comme si les lectrices étaient un peu à l’image de l’écrivaine dévoreuse de livres Chrystine Brouillet qui adore les chats.

Et j’avouerai que je les aime aussi d’abord et avant tout pour leur indépendance en plus de leur grâce. Et c’est bien parce que je les aime que je n’en ai pas, sinon qu’en bibelots dans une armoire vitrée. Oui, je le redis, c’est parce que j’aime les chats que j’en ai pas.

Je vis au deuxième étage et il n’y a pas d’escalier qui mène au balcon. Il va sans dire que le pauvre animal serait confiné et moi éprise de liberté, j’accepterais ça ? Nenni.

Celui de la lectrice en bleu peut aller s’ébattre au jardin, courir après les oiseaux et les insectes et même se rouler dans l’herbe. Et c’est probablement parce que l’univers lui est permis qu’il peut ainsi trôner sagement aux pieds de sa maîtresse. Peut-être sortira-t-elle du calme des mots et ira-t-elle tout à l’heure elle aussi chasser les papillons ?

Une pincée de muscade qui change tout

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Demandez aux gens quel légume ils abhorrent entre tous et il est presque certain qu’on vous répondra navet, brocoli ou chou de Bruxelles. Et si de mon côté je cherche, je ne trouve pas. Il n’est pas de légume, de fruit, de viande, de plat préparé, de dessert qui pourrait m’éloigner de la table. Une gourmande exemplaire: tout est bon à prendre pour ma langue et mon palais.

Et si vendredi soir dernier, j’ai concocté un magnifique menu pour mes amis, je ne me donne pas toujours cette peine, malgré ma gourmandise évidente pour tout ce qui est bouffe et plaisirs de la vie. Ainsi, ce soir, je n’ai mangé qu’un bol de choux de Bruxelles, mais détail important, j’ai fait fondre quelques noix de beurre et ajouté une pincée de muscade. Je vous laisse imaginer mon plaisir.

Rien de tel que de se faire une fête d’un bol de soupe ou d’une assiette de légumes, voire même d’une tranche de pain beurrée trempée dans un bol de café, à la française. Car les plats les plus sophistiqués, la vaisselle la plus chère ou les verres de cristal ne remplaceront jamais le goût des choses simples qu’on savoure par envie et par plaisir.

Et probablement ne saurai-je jamais être autre chose que gourmande à tous les points de vue.

Des mots auxquels on croit

cali

Au creux de mon oreille
Vous aviez cru bon
De cibler de cribler mon cœur
De mots enflammés
De mots ficelés de mots enrobés
De douceur
Des mots de menteur

Oui je les ai tous bus
Je les ai tous crus
Il faut faire gaffe
Il y a des mots qui tuent
Il y a des mots qui puent
Des mots qui saccagent des mots qui arrachent
Des mots qui abîment à jamais le cœur

Et s’il n’y avait qu’une seule chanson à tirer de l’album de Cali, ce serait sûrement Menteur. Parce que sûrement me touche-t-elle plus que les autres, même si toutes ont un petit quelque chose.

On aime souvent des chansons qui parlent de nous, me disait quelqu’un il y a huit jours. Et je me permettrai d’ajouter: ou alors des chansons qui ont des thèmes qui nous sont chers; ou encore qui nous ramènent au souvenir de la première écoute ou des gens avec qui nous les avons partagées.

Et cette chanson, j’ai beau chercher, je ne sais pas comment elle est arrivée jusqu’à moi. Probablement un soir où j’écoutais la radio ces paroles sont-elles venues chercher en moi un souvenir. Je n’ai eu qu’une envie: l’écouter à nouveau. Et c’est chaque fois différent. Ce ne sont pas les mêmes images, ni un seul visage qui surgissent, mais des bribes de ce qui a été, de ce que j’ai été, de ce que j’ai cru.

Ce n’est pas triste tout ça. J’ai cru. Et comme l’a dit Jean-Marc une nuit, je croirai encore. J’ai quelques doutes, mais peut-être a-t-il raison.

Happy (radio) days

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Et c’est le sourire quand on met la main sur un CD qu’on savait posséder mais dont on avait oublié l’existence même s’il nous avait enchanté des heures durant au moment de sa sortie, en 1999. Et quel joli titre que Happy radio days pour rassembler ces mélodies d’un autre temps qui font rêver.

Des classiques comme « The typewriter », « Smoke gets in your eyes », « Begin the beguine » ou « Cherry pink and apple blossom white » qui avaient dû enchanter mes parents bien avant moi ont des airs de fête dans ces arrangements de Michel Legrand dirigeant le London Studio Orchestra. Et dire que je me souvenais plus de ce CD !

Y aurait-il trop de livres, trop de CD, trop de cassettes et de 33 tours dans cet appartement dont je pourrais ne jamais sortir si jamais je devenais ermite parce que j’ai tout ce qu’il me faut ? Même une méthode pour apprendre l’italien que je vais ressortir ces prochains jours. Et du café, bien entendu.

Qu’on me reproche d’être dans ma bulle, je n’en ai cure. Qu’on me demande d’expliquer pourquoi je m’échappe de la vie des gens qui minent mon moral sous prétexte que je les laisse tomber, alors qu’ils ont besoin de moi, je ne fais pas fi de ces reproches. Mais je m’échappe quand même. Je ne veux plus dans ma vie de ces ruineurs de levers de soleil ni de ceux qui, là où il y a une mince couche de gris clair, rajoute trois couches de noir. Oui, je m’échappe. Je disparais au détour de la rue des aventures qui sont miennes. À 45 ans, j’ai connu suffisamment de trahisons, de ruptures, de mensonges, de manipulations, pour reconnaître les signes précurseurs et filer à toute vitesse loin de tout ce qui fera que je pourrais me rendre coupable de quelque chose dont je ne suis pas responsable.

Je me connais suffisamment pour savoir qu’à une « amie » qui éteindra ma joie ou tentera par tous les moyens de le faire – et c’est arrivé -, je préférerai un livre ou un CD, un bain plein de mousse ou un café liégeois, le soleil qui se pose sur ma peau ou la première neige de l’hiver. Les années de tristesse m’ont appris à ne plus – ou le moins possible si je peux y faire quelque chose – laisser entrer dans ma vie ce qui pourrait faire à nouveau de moi la consolatrice de tous les cœurs blessés, la super Lali de service pour résoudre à peu près tout ou – et surtout – celle qui prendra tout sur ses épaules pour que l’autre aille mieux et qui elle, ira mal après.

Voilà que je ferme la parenthèse sur ce sujet que j’ai mis maintes fois sur le tapis. Je ne vous expliquerai pas les raisons. Juste qu’on a encore voulu me tirer en arrière et que l’élastique a brisé. Et que celui-ci m’a projetée sur la piste de danse qu’est le plancher de bois du salon pour danser sur les arrangements de Michel Legrand. Happy (radio) days.