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Une lectrice réchauffée par la lampe et son livre

vanhove

Éclairage d’un samedi soir d’automne tranquille pour la lectrice peut-être à peine sortie du bain, les cheveux noués à peu près, de l’artiste Francine Van Hove. Image de détente et de bonheur pour celle qui s’adonne ainsi au bonheur de sa solitude avec pour seul compagnon un livre et peut-être les préludes de Chopin interprétés par Tamas Vasary, l’un n’empêchant pas l’autre.

La lumière éclaire autant la page à lire qu’elle réchauffe la peau de la lectrice. Plaisir double. Enfin, j’invente sûrement ou bien ce que j’invente ressemble à ce que je ressentirais à sa place. Parce que l’idée du bain est bien la mienne, les modèles de Francine Van Hove ont très souvent la poitrine dénudée.

Qu’il est doux ce samedi soir en compagnie de la musique et des mots. Et il sera encore plus doux après le bain quand je me réchaufferai à une lampe en tournant les pages.

Surréaliste et tant mieux !

congorama

La Begique est le pays du surréalisme par excellence. Pas seulement en peinture avec Magritte en tête d’affiche (auquel Philippe Falardeau fait un clin d’œil dans une scène où Michel Roy – incarné par Olivier Gourmet – traverse en voiture une Afrique improbable) mais du surréalisme en continu.

Et c’est sûrement ce qui fait son charme, et aussi celui de Congorama, qui a ce surréalisme souriant et cet humour surréaliste appréciés des Québécois qui se rendent en Belgique ou qui rencontrent des Belges ici.

Oui, Philippe Falardeau a bien saisi cet univers surréaliste qui m’enchante, en jetant çà et là des phrases, des images, des coïncidences, une trame. Et en allant chercher le meilleur de Paul Ahmarani et d’Olivier Gourmet, aussi surréalistes que crédibles.

Un film dont on sort sourire aux lèvres. Pas juste parce que c’est divertissant, mais parce qu’il y a dans Congorama un peu de nous et un peu d’un ailleurs qui ne nous est pas étranger. Ceci n’est pas un film, aurait peut-être affirmé Magritte. Alors, appelons cela un moment de bonheur.

Montréal, là où mes histoires s’inscrivent aussi

escaliersmontroyal

Connaît-on une ville parce qu’on l’a parcourue en voiture, du nord au sud et de l’est à l’ouest ? C’est la question que je me posais alors que mon amie Lise m’a déposée au coin de Saint-Michel et Beaubien, que je puisse attraper le 18 après notre café post cinéma, rue Masson. En fait, c’est plutôt elle qui l’a soulevée, puisque même sans voiture depuis deux ans, après en avoir eu une pendant 24 ans, je n’ai rien oublié des sens uniques, des coins de rues avec interdiction de tourner à gauche et des mille façons de contourner les embouteillages.

Je pense que le fait d’avoir eu une voiture n’est pas étranger à ma connaissance de la ville, mais ça va bien au delà de ça, je crois. Je crois que ma mémoire y est pour davantage encore. Je retiens tout, et depuis toujours.

D’ailleurs, il y a quelques semaines, alors que Francine m’emmenait au restaurant où nous allions rejoindre nos parents, je lui ai organisé un trajet qui nous faisait passer par des rues qu’elle ne connaissait pas, trajet que j’ai meublé d’anecdotes à propos de telle rue, tel bâtiment, tel endroit, etc. Je suis un guide touristique de Montréal à moi toute seule, a-t-elle raconté.

Je dois un peu tenir de mon grand-père paternel pour ça, puisque l’autre n’avait pas du tout le sens de l’orientation et aurait été bien mal pris s’il avait dû être chauffeur de taxi comme le premier. Mon grand-père paternel connaissait la ville comme le fond de sa poche. Et si ce n’était pas le cas, il m’a toujours donné cette impression.

Mais hormis le fait que je la connaisse bien, j’aime cette ville qui est mienne. Cette ville dont une grande partie contient des morceaux de mon histoire personnelle. Car il n’est pas de quartier qui me soit tout à fait étranger.

Montez l’escalier de pierre du belvédère du Mont-Royal jusqu’à la croix. Vous verrez ainsi sa diversité, son étendue, sa verdure et le fleuve. Il est aride et je ne sais plus combien il compte de marches, mais le coup d’œil vaut la montée. Et si d’aventure vous grimpez une à une les marches avec moi, je me ferai Shéhérazade devant le panorama tant cette ville recèle d’histoires et d’Histoire. Vous venez?

Haarlem, pour des traces d’amitié

haarlem

Il y a ces villes où j’ai vécu quelques jours ou quelques semaines, ces villages traversés trop vite, ces châteaux à découvrir, ces musées à réinventer, ces places où prendre un café, ces lacs et ces rivières que je n’imagine pas. Il y a trop pour une vie. Parce qu’aux endroits à découvrir, il nous faut ajouter ceux qu’on a envie de revoir, ceux où on vivrait, ceux auxquels on revient.

J’ai vécu près de quinze jours à Haarlem, en 1985. Je dis bien vécu, car il n’y a pas d’autre mot quand on partage le quotidien avec une amie. Si le matin nous partions toutes les deux en bicyclette, elle pour aller au travail, moi pour la gare d’où je sillonnais les Pays-Bas, pour rentrer en fin d’après-midi, à tour de rôle, nous préparions le souper sauf pour pour trois pris ailleurs, un chez son père, un chez sa meilleure amie et un restaurant.

Et le soir, nous écoutions de la musique, ou plutôt nous partagions la musique. Ça ne m’est pas arrivé souvent de partager aussi intimement la musique. Avec Michel, le compositeur, je crois, et avec Annemarieke. Intimement et intensément, devrais-je ajouter. Dans le plus pur des silences, nous laissant gagner par les notes ou par les mots.

Et nous parlions des livres, des voyages, de la vie, de nos grands-pères qui nous avaient marquées l’une et l’autre. Et avec elle, je préparais mes escapades du lendemain. Nous organisions les courses. Et parfois nous partions marcher dans Haarlem, la ville de Frans Hals, celle du film The assault, d’après le roman éponyme de Harry Mulisch qu’elle m’avait offert.

Et j’ai écrit à Haarlem, tellement écrit. Si bien qu’un an après, mon amie Brigitte, la chorégraphe, a eu l’idée folle de faire danser sur mes mots. Poèmes entrecoupés d’extraits de lettres où se mêlaient le français, le néerlandais et l’anglais sur lesquels les danseuses tournaient en tous sens, pantomimes cherchant leurs mots ou leur lieu d’appartenance. Projet ambitieux ou fou ? Peu importe, elles ont dansé sur Haarlem devant des centaines de personnes comme j’ai dansé seule sur les trottoirs de Haarlem.

Et pour toutes ces traces d’amitié, cette ville où j’ai vécu reste gravée en moi. Avec cette intention d’y retourner un jour. Et cette peur au ventre de ne pas la retrouver intacte et fidèle à mon souvenir, une peur insensée et égale à celle de se retrouver des années plus tard devant un homme qu’on a aimé et dont on voudrait voir sur soi le regard d’autrefois ne fut-ce qu’un court instant.

Visite au pays d’Isabelle Mayereau

mayereau

et j’écris et j’écris
sur papier d’harmonie
des mots à des mots à
à parfumer ton ouïe

Et tandis que j’écris, que j’écris, inlassablement, je me laisse bercer par les mots d’Isabelle Mayereau, auxquels je suis retournée récemment. Et si certaines chansons me touchent moins que d’autres, la plupart ont conservé tout leur charme. Et si certaines des mélodies ne se démarquent pas des autres, parce que trop ressemblantes, rien ne m’empêche de les chantonner avec plaisir.

Les moments de bonheur, ce sont aussi des chansons qu’on croyait oubliées et qui reviennent se poser sur nos lèvres. « Tu m’écris » est une de celles-là.

La lectrice en son cocon

heidiwilson

J’ai tellement passé de temps dans cette position sur un des fauteuils du salon de mes parents que je ne souviens pas en avoir eu une autre. Peut-être aussi parce que la plupart du temps c’est avec un livre que je m’y trouvais et qu’ainsi installée je me faisais un petit cocon. Ne manquait que l’avis PRIÈRE DE NE PAS DÉRANGER. Mais on savait. Nul besoin de l’indiquer. Si j’avais pris d’assaut le fauteuil livre en main, on n’allait pas me déranger, peut-être juste m’interrompre pour que je participe aux repas.

La jeune lectrice de Heidi Wilson a-t-elle aussi la complicité des grands ? Dévore-t-elle des collections complètes, toujours avide, comme je le faisais ? A-t-elle ses préférés ou si tout est bon à lire dans sa soif jamais étanchée ? En est-elle aux classiques comme Les misérables, roman qui m’avait captivée alors que j’avais douze ans ?

On peut tout imaginer. La seule chose qu’on sache, ou plutôt qu’on sente, c’est ce bien-être de lectrice installée pour des heures de plaisir.