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La terre s’est enrhumée

La terre s’est enrhumée. Elle a du mal à respirer. Comment la guérir? Voilà un peu en quoi consiste ce magnifique album signé Roxanne Marie Galliez, illustré par Sandrine Lhomme, dont vous pouvez découvrir les dessins, les projets et les publications ici.

L’album, poétique et fantaisiste, qui vient tout juste de paraître en Chine, est un plaidoyer en faveur de la planète. Preuve qu’on peut transmettre un message sans culpabiliser, qu’on peut faire réaliser l’état des choses sans baisser les bras, qu’on peut traiter de pollution avec finesse et sagesse.

À mon avis, voilà un album que le père Noël devrait se procurer et offrir à la ronde.

La vengeance a des défauts

Elle en a assez des sorcières, des loups et des ogres qui font peur aux petits. Assez. Plus qu’assez. Il est temps que ça change. Ce soir, la petite fille va enfiler son costume de Vengeur masqué et aller mettre bon ordre dans tout ça. Il faut absolument adoucir la vie des trois petits cochons, du Petit Chaperon rouge et du Petit Poucet. Et c’est ce à quoi elle va s’appliquer. Allez, ouste! Chacun des méchants va devoir subir le sort qu’elle a choisi pour lui.

Mais maintenant que l’Ogre mijote dans un immense chaudron avec les cailloux du Petit Poucet, comment ce dernier va-t-il retrouver son chemin? On ne change pas impunément le cours des histoires. C’est ce que va apprendre le Vengeur masqué des contes de fées dans cette formidable aventure écrite par Christine Beigel et illustrée par Isabelle Chatellard. Un album des plus imaginatifs qui m’a tant plu que je ne peux que le conseiller sans modération au père Noël. Il devrait, selon moi, glisser quelques exemplaires dans sa hotte. Mais ne prenez pas de chance. Il est souvent distrait. Demandez-le à votre libraire si dans votre entourage il y a un enfant qui a l’âge des contes de fées.

L’étrangère

« Dis, grand-mère, les sorcières, ça n’existe plus? » C’est parce que sa petite-fille lui pose un jour cette question que l’aïeule va entrer dans ses souvenirs et parler de cette époque où elle fut pour les autres l’étrangère.

Arrivée d’ailleurs, mise à l’écart, celle à qui on a lancé des pierres pour bien lui signifier qu’elle ne sera jamais acceptée, décide de faire appel à la sorcereï afin qu’elle la débarrasse de celle qui lui nuit.

Les sorcières existeraient donc encore? La grand-mère sait seulement qu’elle en a rencontré une il y a bien longtemps. La grand-mère sait aussi que si elle l’avait laissée faire, sa petite-fille ne serait pas là aujourd’hui. Et c’est ce que la petite saisit à mots couverts alors que le passé des siens lui est dévoilé. Sans drame. Sans éclat.

Voilà un bel album signé Emmanuelle Delafraye. Une histoire qui finit bien et bien racontée. Dommage que j’aie moins apprécié les illustrations d’Isabelle Malenfant. Mais peut-être sauront-elles plaire à d’autres que moi.

La petite maison au grand cœur

Je me suis laissée tenter par le titre. Je vous l’avoue, sans détour et sans hésitation. Et j’aurais voulu que ce livre me plaise vraiment, qu’il soit à la hauteur de son titre, qu’il fasse battre mon cœur. Mais ça n’est pas arrivé. Peut-être parce que c’est à la toute fin que j’ai compris que la maison avait un cœur, malgré des indices semés par l’auteure ici et là, et de plus un grand cœur.

L’histoire est gentillette et mignonne. Vous pourrez le constater en jetant un œil aux illustrations de Ninon Pelletier. Mais ça ne va pas plus loin. Je n’ai pas été émerveillée, je ne me suis pas laissée emporter par une magie qui fait défaut. Même si le chat de l’histoire m’a bien plu. Même si j’ai aimé le rôle du vent. Mais ça n’a pas été suffisant. La petite maison au grand cœur n’est qu’un bien joli titre.

La petite fille qui détestait les livres

C’est avec un bonheur immense que j’ai retrouvé Mina, La petite fille qui détestait les livres. Je me rappelle avoir eu un véritable coup de foudre pour cet album au moment de sa sortie en 1998. C’est pourquoi, quand je l’ai retrouvé au hasard d’une promenade dans la section jeunesse de la bibliothèque, je me suis empressée de tourner les pages. Avec bonheur. Très grand bonheur.

Mina n’a pas changé. Elle déteste toujours autant les livres, alors que ses parents les aiment tellement qu’il y en a partout dans la maison. Il faut même en retirer du sofa pour s’asseoir et du réfrigérateur pour se verser un verre de lait. Or, le jour où les personnages s’échapperont des livres parce qu’une pile immense a dégringolé, Mina devra faire connaissance avec des lapins, pirates et sorcières de tout acabit afin que ceux-ci puissent regagner leurs livres. Un défi qui aura des répercussions sur le reste de sa vie. Non, pas question que je vous raconte l’issue. Ce livre est une merveille. Une vraie de vraie merveille. Et le temps d’un album, Manjusha Pawagi, avocate de Toronto née en Inde, a su trouver les mots pour que Leanne Franson, Montréalaise d’adoption, imagine des illustrations qui raviront petits et grands amoureux des livres.

Les sanglots longs des violons…

Encore Auschwitz, diront certains. Oui, encore Auschwitz, ajouterai-je. Parce que ces livres sont nécessaires, parce qu’ils font partie de notre mémoire collective et qu’ils sont d’autant plus importants quand il ne s’agit pas de fiction, mais bien de témoignage, comme c’est le cas de ce livre que signent l’écrivain Yves Pinguilly et Violette Jacquet-Silverstein, survivante d’Auschwitz, intitulé Les sanglots longs des violons…

Violette avait 17 ans à son arrivée à Auschwitz. Elle n’était pas brillante musicienne, mais elle connaissait les rudiments du violon, suffisamment pour être remarquée et intégrée à l’orchestre des femmes d’Auschwitz, alors dirigé par Alma Rosé, la nièce de Gustav Mahler, qui est décédée à Auschwitz en 1944, orchestre qui compta notamment parmi ses membres la violoncelliste Anita Lasker-Wallfisch, laquelle connut par la suite une carrière internationale.

Intégrer l’orchestre des femmes a été pour Violette et d’autres jeunes femmes la chance de leur vie. C’est cela qui les sauva. Et c’est ce que raconte Le sanglot long des violons…, le parcours de cette jeune femme du Havre, rescapée du camp d’Auschwitz grâce à la musique, celui d’une femme qui trois quarts de siècle après les événements n’a rien perdu de son regard pétillant ni de ses souvenirs, comme le prouvent ses écrits et témoignages télévisuels regroupés ici.

Les sanglots des violons… Un autre livre sur Auschwitz. Un livre nécessaire pour que les enfants sachent et pour que ça n’arrive plus.

Un album que j’aurais voulu aimer

J’ai fermé La petite fille & l’oiseau de Nathalie Novi un peu perplexe. Tellement que je me suis demandée si cet album avait été écrit pour faire plaisir à celle qui l’a conçu et illustré plutôt qu’à d’éventuels lecteurs. Le travail est tellement fermé sur lui-même qu’on a du mal à déterminer à qui il s’adresse, et encore plus quand on a parcouru les notes explicatives en fin d’album. Même si le quatrième de couverture est clair.

Je ne vous ferai pas languir davantage. Cet album est un hommage à Maria Callas qui aurait, paraît-il, toujours été reléguée au deuxième rang au profit de sa sœur. Or, quand on veut mettre quelqu’un en valeur, on donne un nom à son personnage principal, on ne l’appelle pas une petite fille. C’est pourtant ce que Nathalie Novi a choisi de faire. Ce qui lui permet de rester elliptique, universelle. Or, en ce qui me concerne, cela m’a profondément agacée. Si on veut à tout prix rester dans la marge, ne pas nommer, on n’indique pas en quatrième de couverture que l’album va mettre à l’honneur l’une plus grandes cantatrices du XXe siècle.

Et pourtant, c’est joliment raconté. C’est aussi finement illustré. Mais parce que l’héroïne n’a pas de nom alors qu’elle aurait dû en avoir un, et parce que le dossier en annexe ne semble pas s’adresser à la même catégorie d’âge que l’album, je ne peux cautionner cet album que j’aurais, pourtant, voulu aimer.

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détails ici

Une mouffette au parfum

Quel humour dans cet album destiné aux premiers lecteurs! Un album qu’ils ne seront peut-être pas à même d’apprécier, mais qui fera sourire bien des parents, des grands-parents, des bibliothécaires et des enseignants qui le liront à voix haute. En effet, il n’est pas certain qu’à cinq ans on se mette à sourire en constatant que la mouffette de l’histoire s’appelle Chanel. À mon âge, oui. Surtout quand on connaît l’odeur du parfum qu’une mouffette dépose sur qui s’approche un peu trop d’elle.

Chanel, quant à elle, arrose ses amis de la forêt pour s’amuser. Et en plus, régulièrement. Tant et si bien qu’un jour ils se fâchent et l’arrosent à leur tour de parfum, ce qui lui fait pousser des cris d’horreur. Surtout qu’il n’y a pas moyen de faire partir ce parfum : le vétérinaire a tout essayé.

L’issue est amusante et je ne vous la raconterai pas. Je vous dirai simplement que l’album d’Alain M. Bergeron, illustré par Isabelle Langevin, est une bien belle façon de montrer aux petits ce que signifie le respect et jusqu’à quel point un tour est drôle une fois ou deux mais beaucoup moins quand il est répété à outrance.

Un magnifique album pour affronter les peurs

La grande dame et le petit garçon fait partie de ces albums qu’on ne peut oublier. D’abord par ce texte bouleversant qui met en scène la peur des enfants. Celle qu’on leur a inculquée au jour le jour en ajoutant à une liste déjà longue des endroits, des gens, des comportements dont ils doivent se méfier. Celle qui vient des contes de fées. On n’a qu’à penser au loup, figure dominante, ou à la sorcière, tout aussi présente sinon davantage.

Comment le petit garçon créé par Geert De Kockere ne pourrait-il pas avoir peur quand il aperçoit cette géante? Comment ne pas imaginer le sort qu’elle réserve aux enfants avec son grand parapluie pour les happer au vol? Comment pourrait-il en être autrement alors que des sons lugubres sortent de chez elle?

Mais la grande dame n’est pas si méchante que ça. Elle est juste un peu seule. Et cela, nous l’apprendrons en même temps que ce garçon fasciné par elle autant qu’apeuré puisqu’ils s’apprivoiseront au fil des pages.

Voilà là un bel album qui défait les préjugés et les idées préconçues. Un album, de plus, magnifiquement illustré par Kaatje Vermeire. Un album que je recommande avec enthousiasme.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Le tricycle de Shinichi

Il y a si peu d’albums sur le sujet que j’aurais voulu aimer Le tricycle de Shinichi. Or, le ton professoral ne m’a pas du tout séduite pas plus que l’entrée en matière. Fallait-il vraiment une visite au Musée de la paix pour qu’un grand-père raconte à ses petits-enfants ce qu’il a vécu à Hiroshima et les enfants que la bombe lui a volés? Ne pouvait-il évoquer cette histoire à l’occasion d’une date anniversaire?

Et pourtant, il y a si peu de livres pour les enfants traitant d’Hiroshima. Si peu qu’on se demande pourquoi cet album fait preuve d’autant de froideur et de distance alors que l’auteur lui-même est un rescapé. Heureusement que la fin nous montre un homme plus attendri qu’au début, malgré le passé simple utilisé qui alourdit un sujet déjà grave.