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La bataille contre mon lit

Bien sûr que ce n’est pas facile de sortir de son lit quand il est confortable, doux, moelleux et chaud. Bien sûr. Et c’est ce que Martin Page a décidé de raconter avec La bataille contre mon lit. Et si le texte est correct, sans plus, les illustrations de Sandrine Bonini m’ont déçue. Très déçue. Tellement que je me suis même demandée pourquoi le jeune héros de cette aventure ne voulait pas sortir d’un lit qui ne m’a pas semblé aussi invitant qu’il le raconte.

Dommage. C’était un joli sujet. Mais il y a tant d’albums destinés de toute beauté et réussis, destinés aux petits, qu’il vaut mieux ne pas s’attarder sur les plus ou moins bons, sauf pour signaler la chose afin d’éviter un achat inutile à qui aime faire plaisir.

L’homme aux oiseaux

L’album a trente ans. Et pourtant, il n’a pas pris une ride. Il est toujours aussi tendre, aussi teinté de poésie.

L’homme aux oiseaux, un album jeunesse de l’écrivain et éditeur Robert Soulières avec des illustrations de Micheline Pelletier, met en scène un flûtiste. Un flûtiste sans nom qui ne sait ni coudre un bouton ni garder des moutons. Un flûtiste qui ne sait que jouer de la flûte. Et tellement bien que tous les oiseaux se réunissent pour l’écouter jouer, désertant les parcs, les fils électriques et le ciel tout entier pour profiter de chacune des notes qu’il produit.

Mais ça ne fait pas le bonheur de tout le monde, et le juge va devoir mettre en place une loi incontournable : pas plus de trois oiseaux par personne. Une règle qui rend malheureux le flûtiste aux oiseaux qui se voit contraint de ne plus jouer. De rester silencieux. Jusqu’à ce que ça soit plus fort que lui, plus fort que tout. Et tant pis s’il est puni. Les oiseaux, comme les êtres humains, ont besoin de musique. Et il n’est pas le seul à le croire.

Voilà là un bien bel album. Tout simple. Qui m’a ravie. Vraiment. J’ai ouvert la fenêtre, glissé un CD dans le lecteur et souri aux oiseaux sur les fils. Et je crois même qu’ils m’ont souri en retour. Mais chut. Ne dites cela à personne. On enferme les gens pour moins que ça.

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détails ici

Une figue de rêve

L’illustrateur et auteur jeunesse Chris Van Allsburg, connu notamment pour son album Jumanji qui a été transposé au cinéma dans un film avec Robin Williams dans le rôle principal, signe avec Une figue de rêve un bien bel album mettant en scène un vilain dentiste qui n’est gentil avec personne et encore moins son propre chien, qui semble être le seul être qu’il fréquente.

Quand l’histoire débute, Monsieur Bibot, le dentiste, met à la porte la cliente qu’il a reçue avant son premier patient du matin sans lui fournir de comprimés contre la douleur parce qu’elle l’a payé avec deux figues aux pouvoirs exceptionnels plutôt qu’avec de l’argent sonnant, ce qui ne fait pas le bonheur de notre homme dont le rêve est de devenir l’homme le plus riche du monde.

La suite nous raconte, non sans humour, en quoi consistent les fameux pouvoirs des figues que découvre malgré lui Monsieur Bibot grâce à une aventure où il est couvert de ridicule. Mais on ne l’y reprendra plus. La deuxième figue sera la bonne. À moins que…? Une fin qui fera sourire petits et grands qui ne pourront qu’être ravis tant par l’imagination de l’auteur que par ses magnifiques illustrations.

Le conte des étoiles filantes

Avec un titre comme celui-ci, on peut imaginer beaucoup de choses, encore plus quand l’éditeur n’a pas pris la peine d’écrire une seule ligne en quatrième de couverture.

J’avais donc imaginé que les étoiles filantes étaient au cœur de ce conte. J’avais même imaginé qu’elles en étaient les héroïnes. Voire même qu’on me raconte comment elles naissent et pourquoi on fait un vœu les doigts croisés quand elles traversent le ciel. Mais j’avais tout faux.

Il est ici question d’un roi magicien, d’une reine, de leur fille qui nait après des années à l’espérer, laquelle disparait à l’âge de neuf ans et n’est jamais retrouvée. Et les étoiles filantes dans tout ça? Ah. C’est celles qui apparaîtront soir après soir dans le ciel pour indiquer son chemin à la disparue depuis des années. Et c’est tout? Oui, c’est tout. Enfin, presque. Le premier paragraphe du livre m’a laissée hautement perplexe et dubitative. On y trouve entre autres le jus de coloquinte et Platon. Et moi qui croyais que c’était un conte qui s’adresse aux petits…

Ça commence mal. Le parent, l’enseignant ou le bibliothécaire n’aura pas lu quatre lignes qu’il devra déjà arrêter sa lecture pour donner des explications. Et de plus, tout ça pour que la princesse ne soit jamais retrouvée… C’est trop. L’histoire signée Nicolas Marie et les aquarelles très classiques de Jane Gomez ne m’ont pas convaincue. J’attends un vrai conte sur les étoiles filantes. Pas un album au joli titre qui n’en parle qu’à la fin.

Mademoiselle Zazie cacherait-elle quelque chose?

Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi? C’est à cette question existentielle que va tenter de répondre Max pour qui le monde se divise en deux catégories, les « Avec-zizi » et les « Sans-zizi ». Une question d’autant plus troublante que la Zazie dont il est question ici, qui n’est pas sans évoquer celle créée par Queneau, ne fait pas ce qu’il est attendu d’elle. Les « Sans-zizi » jouent à la poupée et ne grimpent pas aux arbres, cette dernière activité étant réservée aux « avec zizi ». Mais Zazie n’a que faire de tout ce qui est normalement attribué à « sa » catégorie.

Mademoiselle Zazie cacherait-elle donc quelque chose dont d’autres se vantent? Avec subtilité, sérieux et légèreté, Max mène l’enquête. Une enquête qui réjouira nombre de petits et de grands, et brisera bien des stéréotypes. Sourires garantis.

La petite fille qui aimait les pommes de terre

Rose Lagercrantz est la propre nièce de Charlotta, l’une des deux sœurs juives originaires de Sighert dont l’histoire est relatée dans ce récit destiné aux jeunes.

Finement raconté, sans faire de mélo, La petite fille qui aimait les pommes de terre nous parle de survie et d’espoir, d’une lettre lancée d’un train à leur frère à Paris, du camp de Bergen-Belsen et d’une nouvelle vie qui les attendra en Suède dans un premier temps, puis au Canada.

L’auteure, qui est née à Stockholm en 1947, écrit pour les jeunes depuis près de 40 ans. Pas étonnant donc qu’elle utilise un ton qui rejoint les jeunes et juste assez de détails pour qu’on puisse suivre le fil sans se buter à des questions inutiles. Le seul hic : des illustrations peu convaincantes, presque caricaturales, signées Lars Munck, qui nuisent plus qu’elles ne servent le texte.

Le temps des mots à voix basse

Le temps des mots à voix basse de l’écrivaine suisse Anne-Lise Grobéty, qui a reçu nombre de prix au cours de sa carrière entamée en 1968 par Pour mourir en février, est destinée aux ados et aux jeunes adultes. Mais il touchera quiconque parcourra ce court récit dense et poétique mettant en scène Oscar, son meilleur ami, et leurs pères, lesquels sont amis depuis toujours, et dont l’action se déroule en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale.

Il est question de la cruauté et de la folie des hommes, lesquelles ont assombri la vie des protagonistes, qui ne comprennent plus rien à la société dans laquelle ils vivent et qui pousseront la famille d’Oscar à fuir pour échapper au sort qui lui est destiné. Non sans faire un choix déchirant et en abandonnant derrière elle son bien le plus précieux, dont je ne dirai rien de plus. Un choix qui changera la vie de tous les êtres sur lesquels celui-ci a des répercussions.

Il s’agit aussi d’amitié, d’amitié totale, inébranlable, entre les aînés comme entre les plus jeunes. Et tout cela avec un ton poétique qui donne à la gravité du sujet la beauté qui rend certains livres inoubliables. C’est le cas du livre d’Anne-Lise Grobéty à classer aux côtés de L’ami retrouvé et du Garçon en pyjama rayé.

Les Vikings contre Hitler

Il faut plus que des recherches et une passion pour un sujet pour écrire un bon livre. Les Vikings contre Hitler, roman destiné aux jeunes signé Thierry Maricourt est en la preuve.

L’idée était pourtant intéressante et le sujet peu exploité. En effet, s’il a été donné aux lecteurs de lire sur le rôle des Français, des Polonais, des Russes, des Néerlandais, des Belges et des Canadiens lors de la Seconde guerre mondiale, pour ne nommer que ceux-là, rares et même très rares ont été les occasions de lire autant de la fiction que des récits sur la Résistance au Danemark et en Norvège. Or, c’est ce que Thierry Maricourt a décidé de souligner dans Les Vikings contre Hitler, un roman de près de 300 pages, fort bien documenté, mais que l’éditeur n’a pas pris la peine de soigner. Ça donne des répétitions inutiles (entre autres sur les événements qui se sont déroulés, les personnages qui sont morts, etc.) et des phrases dans un français fautif (la France n’avait pas les moyens de s’affronter à l’Allemagne; Ce pacte, Hitler l’avait rejeté avec mépris et envoyé plusieurs dizaines de ses hommes instaurer la tyrannie…; pour ne nommer que celles-ci), de mauvaises coupures de mots (entre autres, Des rumeurs circulent ave- cinsistance), des phrases lourdes, très lourdes et alambiquées.

Bref, d’une bonne idée on a fait un roman plus que moyen. Des aventures de Stig, futur dessinateur, fils de résistant, puis résistant à son tour, on retiendra qu’il est le héros d’un roman qui n’en finit plus et dont l’intérêt est édulcoré par des répétitions, des détails et des maladresses d’écriture.

Dommage. L’auteur avait pourtant là un sujet et un personnage.

Le dernier été des enfants à l’étoile

Belle idée que d’associer Annette Krajcer, survivante de la rafle du Vél’ d’Hiv, et Philippe Barbeau, auteur jeunesse qui a une quarantaine de titres à son actif, le temps d’un roman destiné aux premiers lecteurs intitulé Le dernier été des enfants à l’étoile. Celui-ci relate la rencontre entre Dimitri et une vieille dame dans un train, laquelle lui raconte son histoire parce que s’est échappée du dossier qu’elle tenait une étoile jaune. Une histoire qui est celle d’Annette Krajcer, de sa sœur et de sa mère, internées au camp de Pithiviers, puis à Drancy, puis libérées de justesse en ce qui concerne les fillettes alors que leur mère a été envoyée à Auschwitz dont elle n’est pas revenue.

Oui, une belle association, une belle idée. Mais ça reste un peu trop guindé, ça sent le prétexte, ça manque de naturel et même, c’est dans certains cas très lourd. Le résultat reste didactique, avec un dossier bien étoffé sur le sujet. Mais il manque ce petit quelque chose qui fait qu’on s’attache aux personnages. Évidemment que nul ne peut rester indifférent au sort d’Annette. En fait, c’est le personnage de Dimitri qui cloche. Il m’a tout de suite agacé. Je n’aime pas voir les ficelles de ce qui se trame, et là impossible de ne pas les voir, ce n’était pas de la ficelle, mais de la corde, et plutôt noire qu’invisible tant ça sent le préparé avec au départ ce Dimitri qui est passionné d’histoire.

Dommage. L’histoire d’Annette Krajcer est émouvante. Mais le contexte dans lequel elle est présentée la rend beaucoup moins intéressante. Dommage qu’un écrivain qui n’en est pas à ses débuts ait choisi d’emprunter la voie de la facilité et des coïncidences. C’est celle qu’il veut mettre à l’honneur qui se trouve ainsi desservie.

Un lourd silence

Un lourd silence met en scène Vincent, un adolescent lyonnais qui, parce qu’il ne comprend pas le silence qui entoure la vie de son grand-mère, supposément héros de la Résistance, décide de faire enquête à partir des maigres indices qu’il réussit à glaner de peine et de misère auprès des intéressés qui à la vérité ont préféré un silence vague, arguant qu’il leur est trop douloureux de parler de celui qui est mort au nom de la liberté.

C’est ainsi que Vincent fera connaissance avec une vieille Juive qui habitait le quartier où vivaient ses grands-parent lors de la Seconde guerre mondiale et avec laquelle il se liera d’une amitié profonde et indestructible. C’est aussi ainsi qu’il ouvrira le grand cahier où son grand-père notait ses faits et gestes, bien loin de ceux d’un vaillant résistant. Le grand-père se révèle en effet être un collaborateur, au grand désarroi de Vincent à qui on a raconté une histoire cousue de fil blanc qu’il a cru comme croient tous les enfants quand il s’agit de faire des leurs des héros, malgré qu’on ne lui ait jamais fourni de détails autour de cet aïeul qu’il admirait comme quiconque admire ceux qui sont entrés dans la Résistance.

Un lourd silence est un livre sur la vérité comme sur le mensonge qui, bien qu’il porte sur un sujet grave, ne verse jamais dans le drame, ce qu’il aurait été facile de faire. Or, Murielle Szac, en offrant à Vincent un entourage qui lui permettra d’accepter le passé de son grand-père, un passé qui n’est pas le sien, signe là un magnifique roman sur un sujet dont les Français ne sont pas fiers, mais dont nul ne peut ignorer l’existence.