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Pour ceux qui aiment les nuages

Voilà un album tout mignon qui va plaire à ceux qui aiment les nuages et à ceux qui aiment rêver. Petit Nuage, le personnage imaginé par Éric Carle, se transforme à loisir en avion et en lapin le temps d’une courte histoire qui stimulera l’imagination des enfants et redonnera aux plus grands le goût d’examiner les nuages.

Tiens… Une girafe dans le ciel… À moins que ça ne soit un nuage?

Un lilas pour elle

Un lilas pour elle. Elle, Hannelore Wollf, Berlinoise et Juive, exclue de l’école publique à cause des lois anti-juives qui sévissent alors. Hannelore qui, ultimement, sera sauvée par Oskar Schindler, après un séjour dans le ghetto de Lublin et les camps de Bezin, Krasnik et Birkenau. Hannelore qui, malgré la guerre, malgré l’horreur, malgré sa famille décimée, malgré tout, trouvera l’amour sur sa route, un amour si grand qu’il fera dire à celui qui l’aime que quand tout sera fini, il plantera pour celle qui aime tant cet arbuste, un lilas pour elle, en souvenir des fleurs de son enfance et des souvenirs heureux qui y sont liés.

Ainsi peut-on résumer Un lilas pour toi, un récit signé Laura (diminutif de Hannelore) Hillmann (nom qu’elle porte depuis son mariage avec le Polonais rencontré au cours de son calvaire) qui commence en 1942 et se termine trois ans plus tard à l’heure de la défaite allemande alors que commencera pour la jeune femme, à qui il ne reste rien de son passé, ni famille, ni maison, ni objets personnels, une nouvelle vie. Là où d’autres auraient peut-être choisi de noircir à outrance et à gros traits toutes les horreurs, Laura Hillman, dans ce récit qui s’adresse aux jeunes, reste sobre tout en ne négligeant aucun détail (ou en donnant l’impression que c’est le cas). Cela donne un récit dont l’horreur n’est pas absente, un récit marqué par le courage et l’espoir de la narratrice et de ceux et celles qui l’entourent, et qui est d’autant plus fort qu’il est raconté par la protagoniste elle-même.

Bien qu’il ait été souvent exploité, le sujet n’en reste pas moins nécessaire et encore plus à l’heure où le nombre de survivants diminue chaque année, lesquels emportent avec eux leurs souvenirs et une partie de notre mémoire collective dans la mort.

Celle qui a planté des millions d’arbres

Elle s’est éteinte le 25 septembre dernier. Ça a fait beaucoup moins de bruit que certaines morts. Elle n’avait pas créé d’entreprise à l’échelle mondiale. Elle n’était pas états-unienne. Elle n’était pas riche.

Mais. Oui, mais. Le 8 octobre 2004, elle a été la première femme africaine à recevoir le Prix Nobel de la paix pour « sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix ». Parce qu’elle a planté, en compagnie de milliers de sympathisants, des millions d’arbres. Parce qu’elle s’est battue pour la planète, les droits des femmes et la liberté. Chez elle, au Kenya, mais aussi dans le reste de l’Afrique.

Elle s’appelait Wangari Muta Maathai. Franck Prévot, qui est aussi instituteur à Valence, et l’illustratrice Aurélia Fronty lui ont consacré il y a quelques mois un album magnifique, bien documenté et sensible, aux illustrations si tendres, si belles, si colorées que vous resterez là à les regarder, oubliant de poursuivre l’histoire.

« Un arbre vaut tellement plus que son bois, comme le lui a appris sa mère, il y a bien longtemps, au pied du grand figuier. C’est un trésor d’ombre et d’humidité, de fruits et d’air pur, d’oiseaux et de vitalité, une cachette à insectes ou à poèmes, un bourgeon de futur… »

Et c’est entre autres pour ces raisons que Wangari Muta Maathai s’est battue. Pour redonner aux hommes, aux femmes et aux enfants de son pays les arbres qu’on leur a enlevés, et la faune qui ne peut vivre sans la flore. Un combat relaté ici avec admiration et tendresse dans un album qui devrait faire partie de toute bibliothèque scolaire.

Le garçon en pyjama rayé

Le garçon en pyjama rayé est un des livres les plus bouleversants qu’il m’ait été donné de lire sur la Seconde guerre mondiale et sur l’amitié.

Bruno a neuf ans. Quand le récit débute, les siens sont en train de tout empaqueter. Une nouvelle vie les attend ailleurs qu’à Berlin, un lieu en pleine campagne, loin de ses amis, des marchands de légumes et de l’agitation du samedi. Un endroit dont il n’arrive pas à prononcer le nom et qu’il appelle Hoche-Vite. Un endroit où, de la fenêtre de sa chambre, on voit des gens au loin, sûrement de la même famille, puisqu’ils vivent ensemble et qu’ils sont tous habillés de la même manière.

Or, Bruno s’ennuie. Il voudrait bien trouver quelqu’un avec qui jouer, car ce n’est pas avec sa peste de sœur et ses poupées qu’il le fera. C’est ainsi qu’il va s’approcher des fils barbelés. C’est ainsi qu’il va faire la connaissance de Shmuel, un garçon de son âge, qui va peu à peu lui apprendre ce qui se passe de son côté de la clôture, car chaque fois qu’il ne pleuvra pas, les deux enfants se retrouveront. Pour parler. Pour comparer leurs vies.

Même si Bruno ne saisit pas toute l’horreur liée au camp où sont internés Shmuel et son père, ainsi que des milliers d’autres qui sont nés Juifs, il perçoit suffisamment d’éléments pour comprendre que son père — que le Fourreur a nommé directeur du camp — n’est peut-être pas la bonté incarnée, surtout quand il constate dans quel état de terreur celui-ci met son ami.

Parce que sa mère veut rentrer à Berlin, car elle ne supporte plus Hoche-Vite, Bruno devra faire ses adieux à Shmuel. Et parce qu’ils sont les meilleurs amis du monde, ils ne peuvent se quitter sans se serrer l’un contre l’autre, comme des frères. C’est pourquoi Bruno, pour passer inaperçu lorsqu’il se glissera sous les fils de la grille, enfile un pyjama rayé identique à celui de Shmuel.

Le reste ne se raconte pas. Des larmes vont couler sur les pages du livre.

Ce livre est aussi bouleversant que L’ami retrouvé.

Il n’aime pas les bisous, moi je n’aime pas ce livre

C’est l’histoire d’une maman qui adore donner des bisous. C’est aussi l’histoire d’un fils qui trouve que sa mère donne trop de bisous et de toutes les entourloupettes qu’il fait pour échapper aux lèvres de sa mère.

C’est une curieuse histoire que celle que signe là Nadine Monfils, laquelle règle les choses d’une drôle de manière. Père et fils, pour échapper aux bisous, offrent à la maman qui adore les bisous un chien. Un chien qu’elle couvrira de bisous alors qu’eux seront « épargnés ».

Peut-être que je manque d’humour, mais décidément ce genre d’histoire ne m’a pas du tout plu, et il est certain que je ne peux conseiller ce livre.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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La fée sorcière

Je pense que ça s’appelle un coup de foudre. Enfin, si ce n’est pas ça, ça lui ressemble étrangement et ça décrit très bien ce que j’ai ressenti en entrant dans La fée sorcière de Brigitte Minne, à propos de laquelle vous trouverez ici une courte et sympathique entrevue ici. Un album destiné aux jeunes lecteurs (mais qu’apprécieront sûrement davantage les demoiselles) mettant en scène une toute jeune fée qui n’aime pas du tout la vie de fée trop contraignante à son goût et que, de plus, elle juge sans fantaisie. C’est pourquoi elle souhaite devenir une sorcière. Ne serait-ce que pouvoir faire du patin à roulettes… La suite, je ne vous la raconte pas. Je vous dirai simplement que La fée sorcière, album illustré par Carll Cneut que je vous invite à découvrir par l’entremise d’un entretien que l’écrivain Carl Norac a réalisé, est un bijou. Oui, rien de moins qu’un bijou.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Voyage raté pour Lily

J’aime les belles illustrations, notamment quand il s’agit d’albums destinés à la jeunesse. J’aime aussi les histoires, les clins d’œil, ces moments qui m’attristent ou me font sourire. Et j’aime les personnages attachants.

Or, rien de tout cela dans l’album signé Kitty Crowther au titre si invitant. Lily au royaume des nuages ne m’a pas emmenée au pays des cumulus et des cirrus mais plutôt à celui des nuagiens. Des nuagiens? Mais oui, voyons, ceux qui habitent les nuages et qui ont une reine très méchante. Ah bon. Oui, ah bon. Et c’est tout? Ben oui. Lily n’est pas restée très longtemps dans un monde tout gris. Elle a préféré retrouver le bleu de la couverture.

Vous l’aurez compris : Lily au royaume des nuages ne vaut aucune rêverie qui nous emmène dans cet ailleurs dont on ressort les yeux brillants. Ni l’histoire ni les horribles images ne méritent qu’on s’y attardent. Mieux vaut la tête dans les nuages que la lecture de cet album.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Le bébé tombé du train

Jamais n’est mentionnée la guerre. Et pourtant elle est là. Pas si loin. Mais Anatole n’en a pas vraiment conscience, même si les trains circulent plus que jamais — vers l’est, peut-on supposer.

Anatole a trop à faire. Il a trouvé un bébé dans son jardin. Il faut bien qu’il s’en occupe. Même s’il ne connaît rien aux enfants, même s’il est un peu bourru, même si. Et il le fera. Du mieux qu’il le peut. Car traîne sûrement en lui une fibre paternelle inexploité qui attendait son heure. Même s’il vous dira le contraire.

Puis, un jour, après des mois, peut-être même des années, alors que l’enfant a grandi, appris à marcher et à parler, arrive une femme au bout de l’allée.

Voilà ce que raconte Le bébé tombé du train de Jo Hoestlandt, un album jeunesse illustré par Andrée Prigent. Aux parents de raconter ce que l’auteure n’a pas écrit. Aux enseignants de donner une leçon d’histoire. Ou aux bibliothécaires. Et c’est peut-être là le problème de ce livre. En voulant ne pas trop en dire, on tombe dans l’ellipse. Le livre, donc, a besoin du soutien d’un adulte au lieu de se suffire à lui-même. Dommage. Car l’histoire est joliment racontée. Oui, dommage. Deux pages supplémentaires pour fournir aux jeunes lecteurs les grandes lignes de la Seconde guerre mondiale, pour les renseigner sur les trains, les quelques enfants abandonnés en cours de parcours ou lancés des wagons pour qu’ils puissent vivre, n’auraient pas été superflues.

50 minutes

C’est un roman dur, un roman qui ne peut laisser quiconque indifférent, l’ado auquel il est destiné comme l’adulte à qui il arrive de lire des livres destinés à la jeunesse. Parce qu’il est éducateur, libraire, bibliothécaire, journaliste, psychologue, ou tout simplement parent.

Oui, c’est un roman dur que 50 minutes de Cathy Ytak. Un roman qui raconte 50 minutes de la vie d’un fils, et qui se lit en 50 minutes.  Des minutes denses et bouleversantes alors que le père vient de s’affaler et que le fils décide de ne pas lui porter secours. Parce que le père a toujours été brutal et injuste à son égard. Parce que, peu importe quelle sera l’issue si jamais il décidait d’appeler une ambulance, ce sera de sa faute. C’est toujours de sa faute. Il est depuis longtemps celui qui a tort, le coupable désigné, peu importe ce qu’il fait ou ne fait pas.

Et pendant les 50 minutes que dure ce roman, qui est en fait un monologue dans lequel le fils fait le tour de sa vie, examine ce qui ne l’unit plus à son père et refuse de faire un geste, le lecteur, petit à petit, devient l’ado narrateur et comprend (presque) son désir de ne pas porter assistance à son géniteur.

Oui, un roman dur, mais aussi très fort, qui fait partie de la sélection Une basket du prix Farniente 2012.

Le visage retrouvé

Il ne suffit pas de trouver un sujet pour que le reste aille tout seul et que le roman soit bon. La lecture du roman signé Érik Poulet-Reney, Le visage retrouvé, constitue la preuve de ce que j’avance. Et ce n’est pas parce qu’on s’adresse à de jeunes lecteurs qu’on doit en faire moins.

L’auteur, dont l’idée lui est venue de la brocante de Mézilles, dans l’Yonne, comme il le raconte ici, avait pourtant de quoi faire un bon roman s’il n’avait fait les coins ronds, pressé qu’on arrive à la fin. C’est du moins l’impression que j’ai eue. Pourtant, j’ai tout de suite aimé la complicité unissant grand-mère et petite-fille, comme cette idée d’un portrait que l’aïeule croyait disparu et qu’elle avait peint autrefois refasse surface à l’occasion de la brocante, ce qui incite celle-ci à raconter son passé à la plus jeune. Un passé qu’elle croyait avoir oublié parce qu’elle avait tout fait pour l’oublier, mais qui surgit là où elle ne l’attendait pas et qui va la pousser à marcher sur ses pas afin de savoir ce qui est arrivé aux uns et aux autres.

Jusque-là, ça va. Mais c’est sans compter sur la facilité avec laquelle l’aînée retrouve des commerçants qui lui donnent des nouvelles de sa meilleure amie du temps qu’elle rencontre par hasard dans la demi-heure qui suit, laquelle l’invite chez elle et dénoue tout dans l’heure des éléments manquants à son puzzle, en passant par une lettre dissimulée qui se révèle là où elle avait été cachée et de plus, intacte. C’est sans compter sur d’autres coïncidences un peu trop nombreuses, comme ce jeune homme à moto qui se révèle être le petit-fils de l’amoureux perdu de l’aïeule à l’heure où elle a dû fuir. C’est sans compter aussi sur la vitesse grand V où toute une vie se dénoue en moins de trois jours.

Minute papillon, comme disait mon père, quand l’une ou l’autre de ses filles s’apprêtait à foncer sans avoir pris le temps de réfléchir trente secondes. Oui, minute papillon, ai-je envie de dire à l’auteur qui aurait gagné à étoffer cette histoire qui en valait la peine et à laquelle auraient pu se greffer quelques embûches pour plus de réalité. Ce n’est pas parce qu’on s’adresse aux jeunes qu’il faut faire les coins ronds. Loin de là.