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L’amour à boire

Tout d’abord, précisons que le roman L’amour à boire, destiné aux ados, a d’abord été publié en 1999 avant qu’il ne soit réédité dans la collection Zone J chez Mijade en 2008. Cela, pour vous mettre la puce à l’oreille face à certains détails qui pourraient vous donner l’idée que le roman a quelque chose de dépassé. En effet, les jeunes du roman de Frank Andriat s’écrivent encore des lettres et pas des courriels. De plus, ne cherchez pas de téléphone cellulaire (portable ou GSM dit-on ailleurs que chez nous), il n’y en a pas.

Ceci dit, nous voilà face à un roman qui n’est pas déplaisant, mais qui aurait gagné à être revu lors de sa réédition en 2008 afin que soit évité le décalage entre jeunes d’aujourd’hui et ceux d’il y a douze ans. Même si l’histoire mettant en scène Émile dit Tchap et Adeline est assez bien menée du premier regard échangé jusqu’à la rupture. Car il s’agit, avec un titre pareil, bien évidemment, d’une histoire d’amour. Une histoire qui s’annonçait belle et magique, mais qui va mal finir quand l’occasion sera donnée à Tchap de découvrir la vraie nature d’Adeline au cours d’une fugue à Knokke Le Zoutte (qui n’est pas nommée, mais qu’il est facile d’identifier à la faveur de quelques indices).

Autrement dit, L’amour à boire ne casse rien, mais se laisse lire, malgré le fait qu’il n’ait pas été actualisé au moment de sa réédition.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Camarades

Dans Camarades, roman destiné aux 14 ans et plus, Catherine Cuenca, qui écrit des romans historiques destinés aux jeunes depuis une dizaine d’années, relate un épisode de la guerre 1914-1918.

Alors que le conflit en est à ses derniers jours (nous sommes en novembre 1918), Félicien, jeune homme de 25 ans qui est engagé depuis quatre ans dans cette guerre qui n’en finit pas, assiste démuni à la mort de Delphin.
Or, Delphin qui prétendait avoir 18 ans n’en avait que 15. De plus, Delphin a laissé à son ami le soin de rendre à ses parents les quelques effets qu’il a laissés. Mais comment annoncer à un père la mort d’un fils qui n’était qu’un enfant? Quels mots utiliser? Voilà tout le dilemme de Félicien. Ce qui donne un très beau roman sur l’amitié et sur les blessures intérieures, souvent moins apparentes que les blessures physiques, mais non moins douloureuses.

Une rencontre émouvante

Une rencontre émouvante. Voire même déterminante. Ainsi pourrait-on résumer celle qui a lieu entre Thomas et Tilly.

Thomas, depuis la mort de sa mère, vit avec un chagrin qui l’empêche de sourire, des souvenirs qui sont si beaux et si forts qu’il est certain qu’il n’en vivra plus d’aussi remarquables. Il s’est donc enfermé dans un quotidien fade, dans une routine sans surprise, ou presque. Car la vie veille pour qui n’attend plus rien. Et c’est ainsi que les jours de Thomas ne seront plus les mêmes. Des gens sont en train d’emménager à côté, et pour cela ils clouent, ils s’agitent. Les journées de Thomas ne sont plus uniquement faites d’un certain calme apparent pour qui n’examine pas les choses de près.

Une certaine forme de calme que va briser Tilly, la nouvelle voisine, une jeune trisomique attendrissante à laquelle Thomas, d’abord rétif, va s’attacher. Et pas que lui : son père aussi. À elle seule, avec son cœur débordant de tendresse, son goût du bonheur, elle va leur redonner ce qu’ils croyaient perdu à jamais et leur réapprendre le plaisir des petites choses de chaque jour. Donner des ailes à tous, d’une si belle façon et avec tant de poésie que je ne veux rien divulguer de cette trame.

Le jour où j’ai rencontré un ange est un livre bouleversant. Rien de moins.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Qui a fait mon livre?

J’ai toujours eu un faible pour les livres qui traitent des livres. Pas étonnant donc que je me sois plongée dans Qui a fait mon livre? avec délice. L’album, écrit par Anne-Sophie Baumann et illustré par Didier Balicevic, examine de près en ne mettant aucun détail de côté, le plus minime soit-il. De la fabrication du papier avec lequel le livre est fabriqué jusqu’au prêt en bibliothèque, c’est tout un tour d’horizon que nous invitent à faire le tandem à qui on doit ce livre.

Évidemment que j’ai trouvé du plaisir à parcourir ce documentaire pour les petits. Et bien entendu que tout curieux devrait être rassasié car, je le répète, rien n’est laissé au hasard. Tous les participants, l’auteur comme l’illustrateur, l’imprimeur comme le graphiste. l’éditeur comme le libraire, ainsi que tous les participants à une étape ou à l’autre, nous sont présentés alors que leur travail nous est divulgué.

Un livre bien fait que devrait, à tout le moins, posséder toute bibliothèque publique.

L’inconnue du Mans

Quand Jack Chaver, étudiant en journalisme, le héros de L’inconnue du Mans, croise à la gare une femme nommée Pacifique, il ne sait pas encore ce qui l’attend de l’enquête que constitue ce roman de Pierre Coran destiné aux ados. Il sait juste qu’elle attire sa curiosité. Et encore plus quand il découvre qu’elle s’installe au même hôtel que lui.

Ni vous ni moi n’aurions eu l’idée d’enquêter sur elle parce qu’on l’a croisée deux fois dans la même journée. Ni de fouiller sa chambre ou de faire l’aller retour Le Mans-Montreuil afin d’aller voir où elle habite. Pas plus que de se joindre à un groupe qu’elle fréquentait afin d’en savoir plus ou de manger avec un homme qui semble la connaître. Enfin, pas moi. Je n’enquête pas sur les gens que je croise et à qui je n’ai jamais adressé la parole. J’ai donc eu beaucoup de mal à comprendre les agissements de Jack Chanver. Et encore plus à ne pas trouver énorme une coïncidence faisant de Jack un sosie du fils disparu de l’inconnue du Mans, lequel est disparu depuis cinq ans.

Pour tout vous dire, ce n’est pas parce que le roman est destiné aux ados qu’on peut leur faire gober n’importe quoi. Et de nos jours, soit dit en passant, les photographes qui ne sont pas passés au numérique sont plutôt rares. Un autre détail, en plus des coïncidences nombreuses, qui risque de faire décrocher tout jeune lecteur. Dommage. Je conservais un si bon souvenir de La mémoire blanche, du même auteur.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Un album qui a oublié l’essentiel

Il y a des titres qui vous donnent à rêver bien avant que vous ne les feuilletiez. Parfois, ils correspondent à vos espérances ou ils les dépassent. D’autres fois, c’est tout le contraire. Tel est le cas de Monsieur Manet a demandé du noir dont le titre m’avait absolument séduite. Hélas, seul le titre aura eu quelque effet. J’ai tourné la dernière page de cet album destiné aux jeunes en me demandant si eux y trouveraient leur compte car, en ce qui me concerne, je n’ai absolument rien compris de la démarche des concepteurs.

Oui, il est question de Manet. Mais aussi de Van Gogh, de Bonnard et de Renoir qui désirent l’un du jaune, l’autre du vert et le dernier du rouge. Mais qui sont-ils? Quand ont-ils vécu? Les enfants de huit ans, à qui cet album est destiné, ne le sauront jamais. Les quatre peintres n’auront servi qu’à présenter quatre couleurs.

En bref, un album qui a oublié l’essentiel.

Une sorcière signée Norac

Il est des histoires signées Carl Norac que j’ai beaucoup aimées, alors que d’autres m’ont déçue ou laissée froide. Or, j’ai particulièrement apprécié les personnages d’Une visite chez la sorcière, un conte plein de finesse sur les idées préconçues et les jugements à l’emporte-pièce. Il y est question d’une artiste et du regard que les uns et les autres posent sur elle, parce qu’elle est différente et surtout pas comme eux. Si originale, si spéciale, qu’elle ne peut être que dangereuse, qu’elle est sûrement une sorcière.

Une sorcière? Vraiment? L’album de Carl vous le dira. Comme il vous donnera aussi envie de cultiver votre différence et celle des autres.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Quand Aggie devient Maggie

J’aime les histoires qui finissent bien. Du moins, les histoires pour enfants qui finissent bien. Et Aggie change de vie de Malika Ferdjoukh finit bien. À mon grand soulagement. J’ai eu si peur que la petite Aggie, orpheline maltraitée, traînant sur les docks en compagnie de son chien afin de détrousser les riches pour s’offrir de quoi manger, devenue Maggie grâce à la supercherie d’un détective privé, perde tout le jour où on découvrirait le pot aux roses. Non pas les jolies robes, la belle chambre, mais l’amour d’une famille.

Or, Malika Ferdjoukh a choisi de ne pas punir davantage Aggie déjà tant blessée par la vie. Elle a choisi de ne pas jouer les moralisatrices. Elle a choisi l’amour. Et surtout de ne pas retirer l’amour qui a été donné.

Cela nous donne un bien joli roman, sans longueurs, fait de moments tissées de tendresse, un roman qui n’est pas sans faire un clin d’œil aux orphelins de la littérature que vous reconnaîtrez sans les reconnaître. Oui, un bien joli roman. Dommage que ma filleule n’ait plus neuf ans. Il va sans dire que je lui aurais offert ce livre.

Le livre dans le livre dans le livre

En matière d’album pour enfant, la qualité des illustrations est plus qu’importante, elle est essentielle. En effet, dans bien des cas, les albums sont destinés non pas à de jeunes lecteurs mais à des enfants qui ne lisent pas encore et à qui on fera la lecture.

Le livre dans le livre dans le livre de Jörg Müller a tout pour plaire. À ceux qui aiment les histoires comme à ceux qui aiment les belles illustrations. Et même à ceux qui aiment les gadgets, puisque des lunettes spéciales sont fournies pour pouvoir examiner de près deux illustrations.

Imaginez qu’on vous offre un livre et que sur la couverture de ce livre ce soit vous avec un livre, lequel est une réplique du précédent et ainsi de suite, et que par curiosité vous décidiez d’entrer dans le livre dans le livre dans le livre dans le livre, etc. parce qu’il vous semble avoir vu dans le plus petit livre un illustrateur… La suite est quelque part dans un des livres. Avec un très joli clin d’œil à la fin. Mais chut, je ne dirai rien de plus. Sauf ceci : à ajouter à toute bonne bibliothèque jeunesse.

Sentimento

C’est avec l’impression d’être passée à côté de quelque chose que j’ai tourné la dernière page de Sentimento, un album écrit par Carl Norac et illustré par Rébk (Rébecca) Dautremer. Avec le sentiment que l’auteur m’a laissée tomber en écartant le personnage de départ, le fabricant de marionnettes. Simplement parce que Sentimento, le pantin qu’il a créé et qu’il n’aime pas, n’est pas à son image, comme le voulait son projet initial. Sentimento, qui a choisi le premier mot qu’il a vu comme nom. Celui d’un cirque qui passait par là et dont il ne sera plus jamais question.

Dans sa quête d’être aimé, d’être réchauffé, Sentimento quitte donc son concepteur. Il en mourra. Mais son écharpe réchauffera la petite fille qu’il a croisée en chemin. La seule qui n’ait pas pris peur en le voyant. Voilà un peu la trame de cet album aux illustrations magnifiques. Vraiment. Une finesse et une tendresse dans le trait qui rendent ce livre inoubliable. Enfin, presque. On oubliera l’histoire. L’auteur ne m’a pas convaincue. J’avais espéré que Sentimento retrouve un jour son maître et que celui-ci ait changé.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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