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Le tatoueur de ciel

Ce n’était qu’un enfant. Un enfant enivré par la puissance. Un enfant qui un jour succéderait à son père, le plus puissant de tous. Et parce qu’il veut montrer à quel point il est fort, déjà, Nabo Junior va bouleverser la vie du royaume. Il va d’abord chasser les nuages qui font de l’ombre. Faire disparaître les oiseaux qu’il trouve trop bruyants. Faire tatouer le ciel de couleurs afin que son royaume profite d’un arc-en-ciel permanent.

Tout ça pour montrer sa puissance. En négligeant le fait qu’il a tout détruit autour de lui pour arriver à ce résultat. Mais il devra tout réparer, même si ça doit lui prendre le reste de sa vie, c’est ce que lui a ordonné son père en lui laissant les terres qu’il a mis peu de temps à dévaster.

Il est toujours plus long de reconstruire que de détruire. C’est ce que Le tatoueur de ciel raconte dans cet album plutôt sombre et avec lequel j’ai eu un peu de mal. Notamment lorsque sont tués tous les oiseaux et qu’on les voit, transpercés d’une flèche, aux pieds du jeune garçon. N’y aurait-il pas eu moyen d’épargner cette scène très violente pour de jeunes enfants? Voilà pourquoi je ne peux conseiller cet album.

Quand Anna riait

Souvent, il m’arrive de reprocher à certains auteurs de romans destinés aux jeunes d’un peu trop arranger les choses pour que toutes les difficultés soient contournées en deux temps trois mouvements et afin que ça finisse bien. Or, je n’ai que des louanges à faire à Yaël Hassan pour son très beau roman Quand Anna riait qui met en scène cousin et cousine à la recherche d’Anna, mentionnée dans le journal de leur grand-père trouvé dans une caisse au grenier en même temps qu’une photo d’eux deux, souriants.

Le grand-père de Simon et de Déborah avait quinze ans quand il a connu Anna, en 1941, alors qu’elle et sa mère, venues de Pologne, se sont réfugiées à Paris. Tout de suite, il s’est épris d’elle, mais Anna a fait partie de ces milliers de Juifs conduits au Vél’ d’Hiv, et de là à Drancy et dans les camps de la mort. C’était le 16 juillet 1942.

Et après? Qu’est-il arrivé à Anna? Simon et Déborah ne peuvent se contenter de cette fin où Anna n’est jamais revenue, où année après année le 16 juillet leur grand-père est retourné dans le quartier de son enfance et de son adolescence. Il leur faut aller plus loin. Trouver la vérité.

Superbe histoire dont j’ai lu, haletante, chacune des pages, espérant que ça finirait bien, tant je me sentais complice de Simon et de Déborah. J’ai fermé le livre en larmes. Oui, Quand Anna riait finit bien.

Voilà parmi les romans jeunesse sur ce sujet pas toujours facile à aborder, une belle leçon doublée d’une histoire où l’amour est au premier plan, autant celui qui unit un jeune homme et une jeune fille que celui qu’éprouvent enfants et petits-enfants pour ce vieil homme qui fait figure de héros.

Babayaga

Les illustrations de Rébecca Dautremer sont magnifiques. Il faut dire que l’illustratrice est une valeur sûre et qu’elle a su faire sa marque au fil des ans au point qu’il arrive qu’on retienne plus souvent son nom que ceux des auteurs avec lesquels elle collabore. Et peut-être sera-ce le cas de Taï-Marc Le Thanh, son mari, à qui elle a demandé d’écrire ce conte à partir la légende russe de Babayaga.

Le résultat n’est pas un mauvais livre. Au contraire. Il est correctement écrit. Formidablement illustré. Mais je ne suis pas certaine d’avoir envie d’offrir un livre qui raconte l’appétit incommensurable d’une ogresse mangeuse d’enfants préparés à toutes les sauces : tartes aux mouflets, rôtis de mêmes aux citrons confits, boudins de mioches aux olives, etc. Pas sûre du tout. À moins que vous ne teniez absolument à ce que votre neveu, l’as des coups pendables, fasse des cauchemars. À vous de voir.

La bouilloire cantatrice

Je pense que ça s’appelle un coup de foudre. Je ne vois pas comment je pourrais dire autrement ce qui s’est passé quand j’ai commencé à lire La bouilloire cantatrice, un album qui relate les aventures d’une bouilloire qui rêve de chanter sur les plus grandes scènes du monde et qui chaque jour fait ses vocalises avec application. Mais Solmajeur, le chef d’orchestre qui a convoqué tous ses instruments, n’est pas convaincu. Antique, la bouilloire, n’a pas ce qu’il faut pour devenir une diva. C’est du moins l’avis du maestro qui a laissé les instruments en faire à leur guise afin de ridiculiser la prestation de la bouilloire. Mais. Car il y a un mais. Une carrière de cantatrice attend bel et bien la bouilloire. Peut-être moins grandiose que celle qu’elle avait espérée. Mais une où elle sera estimée et aimée.

Oui, j’appelle cela un coup de foudre. Lenia Major, pharmacienne, a bien fait de suivre les conseils de sa famille et de publier ses histoires. Quant à Marie-Pierre Émorine, l’illustratrice de La bouilloire cantatrice, je crois qu’elle aussi a eu un coup de foudre. Ça parait dans chacun de ses coups de crayon.

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Le thé des nuages

Les beaux albums destinés aux jeunes sont nombreux, avouons-le. Mais ce n’est pas à tous qu’on peut donner cinq étoiles parce qu’ils se démarquent.

Or, ces cinq étoiles, je les donne sans hésitation à l’album intitulé Le thé des nuages, un album exceptionnel, où il est question de thé, bien évidemment, mais aussi d’amour, celui que Tashi porte à sa mère qui, malade, n’est plus en mesure de subvenir à leurs besoins. Mais parce que dans certains contes, l’amour est plus fort que tout et vient à bout de tout, Tashi recevra une aide inespérée de la part de ses amis singes qui se sont attachés à elle.

Inspiré par des éléments véridiques, Le thé dans les nuages, un album écrit par Mal Peet et Elspeth Graham, est ponctué par des illustrations tout aussi exceptionnelles que le récit lui-même signées Juan Wjingaard.

À offrir. Sans hésitation.

La carie

Je m’attendais à un album qui permettrait aux enfants d’avoir moins peur du dentiste. Le titre et l’illustration de la couverture pouvaient en effet laisser supposer que ce serait le cas. Mais la carie de Marissa n’est qu’un prétexte à une rencontre, imaginée par Ari Slodovnick, qu’a illustrée Manon Gauthier avec douceur et finesse, à partir d’une expédition chez le dentiste, une rencontre qui va bouleverser la vie de la petite.

En effet, sur son chemin, elle va croiser un mendiant. Se retourner pour ne pas le perdre des yeux. Le regarder par la fenêtre en attendant son tour. Avec sa petite idée en tête. Que je ne dévoilerai pas. Parce qu’elle est si tendre, si poétique que j’ai envie que vous la découvriez.

La carie est un album sur la générosité, sur le partage, sur la tolérance et sur la magie des enfants. Et plus encore.

Do, ré, mi

J’avais envie qu’on me raconte une jolie histoire où la musique serait au premier plan. Je pensais ne pas me tromper avec Do, ré, mi de Susie Morgenstern, laquelle a publié près d’une cinquantaine de titres pour les jeunes. Mais ce coup-ci, je crois bien sincèrement qu’elle a raté son coup. Enfin, à mes yeux, puisque toute lecture reste subjective.

Je veux bien croire qu’une petite fille que sa grand-mère a emmenée au concert ait pu avoir le coup de foudre en entendant le son du violon, mais de là à ce que sans attendre, on lui achète un violon et qu’elle soit inscrite à des cours, faut pas pousser. Pour autant que je sache, ça ne se passe pas comme ça, à la vitesse grand V et en criant ciseaux. Pour ce que j’en sais, on s’assure du véritable intérêt de l’enfant, on lui dit à quoi s’attendre, on lui mentionne les nombreuses heures de pratique qui découlent de l’apprentissage de cet instrument. On ne met un violon entre les mains de tout enfant qui semble en avoir envie. Enfin, même pas pour les besoins d’une histoire.

Dommage. J’avais tant envie d’une jolie histoire où il aurait été question de musique.

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La clé

C’est l’histoire d’une clé, d’une maison qu’on quitte avec précipitation, de la guerre qui nous pousse au loin, de l’exil et de ces lieux où on attend de pouvoir rentrer chez soi.

C’est l’histoire d’une clé qu’on emporte avec soi pour ne pas oublier d’où l’on vient. En attendant de revenir.

C’est un long poème sans rimes. C’est une ode à la vie et à l’espérance.

La clé, c’est un magnifique album signé Angèle Delaunois et illustré par Christine Delezenne. Encore un dont je vais devoir parler au père Noël.

Petit bonheur

J’avoue que j’ai été gagnée sans même avoir lu une ligne ni vu aucune illustration en dehors de celle de la couverture. Comment ça? me direz-vous, en me regardant bizarrement, comme si je n’avais pas toute ma tête. Et pourtant, je l’ai toujours. Je suis juste émue. Carl Norac, en exergue, fait un clin d’œil à Félix Leclerc et la Québécoise belgophile que je suis a eu le cœur chaviré.

Puis, j’ai tourné la page, lu la première phrase et adhéré aux mots de Carl Norac : « Le bonheur, c’est simple comme ouvrir un petit parapluie. »

Je suis sous le charme de cet album qui raconte le bonheur enfui, comment on peut essayer de vivre sans lui, comment on ne cesse de le chercher. Séduite par les illustrations d’Éric Battut qui, sans coller au texte, forment une espèce de métaphore qui accompagne les mots.

Encore un autre livre que je vais conseiller au père Noël. Pour sûr.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Le peintre et les cygnes sauvages

C’est un album de toute beauté que Le peintre et les cygnes sauvages, signé Claude Clément et illustré par Frédéric Clément. Ce conte, qui relate avec poésie, tendresse et finesse la passion qu’éprouve un peintre pour les cygnes, qui sont à ses yeux le symbole de la véritable beauté, est de ceux qui vous feront regarder le ciel et les étangs autrement. Il ne serait pas étonnant même que vous laissiez votre esprit s’évader et rêver à mesure que vous tournerez les pages de cet album qui est aussi un livre sur la création, sur la peinture et sur l’inspiration en plus d’en être un sur la beauté et la liberté. Un album qui, de plus, risque de vous émouvoir au point de laisser vos yeux humides. Je n’en dis pas plus. Je vous laisse désormais le plaisir de la découverte.