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J’attends Mamy

Comme il est bon de trouver sur sa route de beaux albums pour parler de sujets difficiles. C’est le cas de J’attends Mamy, écrit par Séverine Vidal et illustré par Cécile Vangout, qui met en scène une petite fille qui apprivoise peu à peu la mort à l’heure où il lui faut faire le deuil de sa grand-mère quand elle comprend que celle-ci ne reviendra plus. Même si elle l’attend. Même si elle croit du fond du cœur que cette absence est temporaire. Même si on lui a dit qu’elle ne reverra plus sa grand-mère.

Quel enfant, en effet, peut croire ça? Quel enfant est en mesure d’accepter que sa grand-mère qu’elle aime et qui l’aime puisse l’abandonner? Pas la petite fille de l’histoire (et bien d’autres). C’est pour ça qu’elle attend. Longtemps. Très longtemps. Avec l’espoir pour tout compagnon.

Mais Mamy ne reviendra pas. Et quand elle le comprend, elle se sert de cette absence qui s’éternise pour lui donner « un visage » par des mots créant des images fortes. Poétiques. Vibrantes. Empreintes de tendresse. Qu’on lit et relit.

L’absence, on la voit mieux : elle brille, dit-elle quand peu à peu tout devient clair dans son esprit. Une réflexion qui, presque à elle seule, exprime toute la sagesse de ce petit livre tout simple aux illustrations épurées.

Un petit bijou.

Un mouchoir de ciel bleu

Il était une fois un morceau de ciel bleu tombé sur terre. Pas plus grand qu’un mouchoir. Trop petit pour consoler les innombrables et lourds chagrins qu’il rencontre. Mais juste à la bonne taille pour emprisonner celui d’une petite fille croisée au hasard de sa route.

Avec poésie et tendresse, Jo Hoestlandt (pour le texte) et Nathalie Novi (pour les illustrations) nous livrent un album grave. Il ne peut en être autrement quand on parle du poids de l’humanité souffrante. Et pourtant, le livre n’est pas triste. Simplement réaliste. Nul ne peut à lui seul guérir toutes les blessures, éviter à chacun les coups, réparer tous les dégâts, prendre dans ses bras tous ceux qui ont de la peine.

Chacun ne peut aider qu’à sa mesure. Une personne à la fois. C’est ce que suggère Un mouchoir de ciel bleu avec la sagesse propre aux livres de Jo Hoestlandt dont le lecteur sort chaque fois ému en même temps que confiant en la vie malgré tout ce qu’elle porte de malheurs.

Un livre qui ne dissimule pas une vérité sur laquelle on aimerait parfois fermer les yeux, en même temps qu’il donne du poids à chacun des petits gestes que nous pouvons faire. Un beau, un très beau livre.

La funambule et l’oiseau de pierre

Certains livres sont des porteurs de rêves. Des livres qui ouvrent la porte à d’autres histoires. Qui nous tendent une pelote de fil pour qu’on continue le voyage. Ou une plume pour écrire l’histoire des autres personnages. Ceux qui, à l’instar du poète assis à sa table, assistent à l’histoire d’amour qui se tisse entre une funambule et un oiseau figé dans la pierre depuis peut-être des siècles, espérant qu’un jour quelque chose le libère.

Car c’est d’amour dont il s’agit. De celui plus fort que tout, capable d’abattre les obstacles sur son passage pour qu’il puisse s’exprimer au grand jour. De celui dont parlent les poètes avec leurs mots tout simples qui vous enflamment le cœur. Car c’est de poésie dont il est aussi question. Des poèmes qui se déposent sur votre cahier et qui donnent des ailes à vos mots. Et de ce poète qui a quelque chose de Prévert.

Certains livres s’en finissent pas de se déployer tant ils offrent d’angles et de surprises plus on les lit, plus on examine chacun des détails des illustrations. Certains livres vous restent en tête longtemps. Très longtemps. Parce que ce sont de magnifiques contes. Des porteurs de rêves.

Tel est le cas de La funambule et l’oiseau de rêve, un texte de Claude Clément illustré par Frédéric Clément. Que vous voudrez lire et relire. Et qui vous donnera envie d’écrire.

Tout réapprendre

Avec Urgence, l’écrivain québécois Pierre Roy aborde un sujet rarement exploité, une situation à laquelle doivent faire face certains enfants lorsqu’un membre de leur famille est en victime, soit un accident vasculaire cérébral (AVC). Et c’est avec beaucoup de finesse, de subtilité et d’amour qu’il le fait, ne négligeant aucune des réactions de Christophe, à la suite de l’AVC de son père, de l’inquiétude à la complicité, en passant par l’incompréhension et le déni.

Christophe ne reconnaît plus en celui qui a perdu une partie de sa motricité son héros. Qu’est-ce que c’est que cette chose horrible qui lui a fait perdre tous ses moyens alors qu’aux yeux de son fils il était plus qu’invincible? Comment en arrive-t-on à devoir réapprendre à marcher, à lacer ses souliers et à ne plus pouvoir pianoter qu’Au clair de la lune? Mais où est donc passé le meilleur musicien du monde? Christophe est déboussolé.

Pour nous raconter le combat d’un homme qui voit du jour au lendemain sa vie et celle des siens basculer, Pierre Roy a choisi de nous faire part du long apprentissage de la musique avec tout ce que cela comporte d’échecs et de découragement. Mais aussi de grandes joies.

Urgence n’est pas qu’un livre sur un ACV, ni sur la musique et tout le travail qu’elle requiert. C’est aussi une histoire d’amour entre un père et son fils autour d’une chanson que ce dernier a écrit quand il était petit, laquelle servira de déclencheur et poussera l’un et l’autre à aller plus loin au cours des deux ans que va mettre le musicien à retrouver une partie de ses capacités.

Un roman pour les neuf ans et plus qui pose un regard juste sur sur une situation difficile à vivre, laquelle est portée par la musique, ce qui permet au jeune lecteur de voir toute l’énergie nécessaire pour réapprendre toutes ces choses qui semblaient naturelles avant l’accident, même celles dans lesquelles on excellait.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Quelle nuit!

Pauvre marchand de sable. Ce n’est vraiment pas son jour… ou plutôt sa nuit! Une nuit qu’il ne risque pas d’oublier d’ailleurs tant elle a été mouvementée. D’abord, il y a eu son avion qui refusait de démarrer et qu’il a réussi à réparer, non sans se mettre en retard. Facile d’imaginer la pagaille ici et là. Les enfants ne dorment pas tant que le marchand de sable n’est pas passé, c’est bien connu. Mais ce n’est pas avec de la semoule à couscous qu’il va réussir! Il faut absolument qu’il remplace par du sable la semoule et sans tarder. Chaque seconde compte!

Mais hélas, le sable de plage ne semble avoir aucun effet sur les enfants qui sont toujours éveillés! Or, du sable endormeur d’enfants, ça ne se trouve pas au coin de la rue, apprendra le marchand de sable, alors qu’à chaque atterrissage il doit remplacer le sable inefficace par un autre jusqu’à ce qu’il trouve le bon… aux petites heures du matin.

Une histoire toute jolie, toute ronde et feutrée, à l’instar des personnages créés par l’illustrateur Stéphane Girel, lesquels font ressortir le texte efficace et poétique de Clair Arthur.

La nuit du marchand de sable : un livre que toute grand-maman devrait avoir dans sa malle de fée.

Petites sœurs, liguez-vous!

J’ai une petite sœur. Une petite sœur que j’ai toujours protégée même quand elle faisait des bêtises. Même si je savais qu’en le faisant j’allais être punie à sa place. Cela ne fait pas de moi une grande sœur idéale, mais à tout le moins une pas trop méchante grande sœur. Si bien que je n’ai pas résisté à la tentation quand je suis tombée sur Le club des petites sœurs. Le quatrième de couverture était tellement bien ficelé qu’il fallait que je découvre ce qui poussait Eugénie à se mettre dans un tel état et à aller jusqu’à lancer une pétition à l’endroit des grands frères afin qu’ils cessent de s’en prendre aux petites sœurs.

Et je ne me suis pas ennuyée une minute! Le roman de Sylvaine Jaoui est tout simplement savoureux. Malgré les coups bas les plus divers de la part de Jules et la guerre quasi ouverte entre le frère et la sœur, l’histoire trouvera une issue des plus satisfaisantes pour tous après moult péripéties. En effet, si l’idée de faire signer une pétition afin qu’on cesse de maltraiter les petites sœurs en dressant la liste de tout ce que les grands frères seront désormais sommés de faire (ou de ne pas faire) a l’heur de plaire, le contenu de la pétition ne convient pas aux petits frères, ne s’adresse pas aux grandes sœurs et est, en un mot, beaucoup trop limitatif.

À partir d’une anecdote et d’un conflit, Sylvaine Jaoui a réussi à écrire un roman jeunesse qui dépasse l’anecdote. Il ne s’agit plus de défendre les petites sœurs, mais d’établir une charte à l’intention des membres d’une même famille afin que tous vivent dans le respect des uns et des autres en visant l’harmonie. Ce qui fait de ce petit roman plus qu’un petit roman et une belle initiation au droit et à la revendication.

Tendres bétises à faire quand on est amoureux(se)

Amoureux? Amoureuse? Tellement que vous avez envie de faire de tendres bêtises? N’ouvrez pas le livre tête-bêche signé Davide Cali et illustré par Thierry Robin. Vous n’y trouverez que du vent. Voire un univers bebête et complètement hors XXIe siècle. À se demander à qui peut bien s’adresser ce livre. Sûrement pas à des jeunes d’aujourd’hui où les petites filles n’attendent pas à la fenêtre que l’élu de leur cœur les regarde d’en bas. Pas plus qu’elles n’attendent un tremblement de terre pour qu’il se passe enfin quelque chose. Les petites filles d’aujourd’hui sont plus audacieuses, moins princesses. Et tant mieux. Et paraît-il que les garçons aiment ça. Qu’ils sont ravis de ne plus avoir tout le boulot de la séduction sur le dos.

Qui donc, de nos jours, pourrait trouver un certain intérêt à Tendres bêtises à faire quand on est amoureux(se)? Je n’en ai aucune idée. Tout cela me laisse supposer que nous avons ici le résultat d’une bonne intention, mais qu’on a clairement mal ciblé la clientèle. À moins, et c’est aussi possible, que je n’aie rien compris. Vous me le direz.

Du fil à retordre

Il a suffi d’un fil tendu et bien solitude pour qu’elle puisse être heureuse à nouveau. Pour que la vie ait un sens. Même si elle a maintenant deux maisons parce que papa et maman ne vivent plus ensemble. Même s’il lui faut souvent faire l’équilibriste parce que ce n’est pas toujours simple.

Mais il y a une chose qui est certaine. Une chose qui est la plus importante de toutes. Une chose qui vaut la peine de bousculer ses habitudes et de jouer au funambule. Il y a au bout du fil tendu entre ses deux maisons une maman qui l’aime, d’un côté, et un papa qui l’aime, de l’autre.

Et c’est là le message que nous livre Séverine Vidal dans ce très bel album où la poésie est au rendez-vous grâce au texte, mais aussi aux illustrations de SeL qui sont à la fois pleines de fantaisie et collées à la réalité vécue par l’enfant de l’histoire.

Un livre à diffuser autour de soi et à offrir aux petits confrontés à cette situation pour dédramatiser une situation difficile tant pour les enfants que pour les parents. Pour rappeler aux uns et aux autres que l’amour existe encore même quand papa et maman vivent séparément.

Des étoiles dans le cœur

Faites d’Anne Frank un garçon et changez Amsterdam pour Paris et vous aurez en quelque sorte une version française et romancée du journal d’une adolescente juive qui a fait le tour du monde depuis sa parution. Dit comme cela, cela peut sembler un peu réducteur. Pourtant, le Journal d’Anne Frank et Des étoiles dans le cœur d’Agnès de Lestrade sont deux livres de facture fort différente qui s’adressent à des publics qui ne sont pas du tout les mêmes.

En effet, c’est à un public jeune (premier cycle du primaire) que s’adresse le roman d’Agnès de Lestrade. Du fait qu’il ne s’agit pas d’un journal, une forme inaccessible ou à tout le moins passablement difficile pour des lecteurs jeunes, Des étoiles dans le cœur risque de captiver celui ou celle qui le lira et qui découvrira ainsi, grâce à des jeunes de son âge, un morceau de l’Histoire dont il avait peut-être entendu parler, mais qui devient par le roman une réalité plutôt que des chiffres.

Mais Des étoiles dans le cœur n’est pas qu’un roman sur l’Occupation. C’est aussi un roman sur la solidarité alors que deux familles cachées dans un grenier en plein Paris se serrent les coudes afin de rendre ces jours difficiles plus légers. C’est aussi l’histoire d’un premier amour, celui qui unit Gabriel et Salomé, alors que les rafles s’enchaînent dans un Paris envahi par les Allemands. C’est aussi et surtout un très beau roman. Plein de tendresse. Un livre émouvant. À l’écriture toute simple et évocatrice. Un roman d’espoir.

Une grand-mère comme on en voudrait une

Je ne vais pas y aller par quatre chemins ni tourner autour du pot. Je vous le dis d’emblée : j’ai adoré Ma grand-mère arc-en-ciel. Même qu’une grand-mère comme celle que nous propose Anne Loyer dans ce roman destiné aux jeunes lecteurs, j’aurais bien aimé en avoir une comme elle! Et si la vie avait fait de moi une grand-mère, j’aurais bien aimé être une grand-mère semblable à Mado. Je n’aurais eu qu’à continuer à porter mes chaussettes à rayures et à pois et mes foulards de toutes les couleurs.

Mais bon, ce n’est pas de moi dont il s’agit, mais de Martin. Martin dont la vie est en train de basculer parce que ses parents sont allés lui chercher une petite sœur adoptive au bout du monde. Comme s’ils étaient malheureux tous les trois. Alors que ce n’est vraiment pas le cas. Mais qu’est-ce qui leur a pris de partir juste au moment au moment de son anniversaire et de l’abandonner aux mains de son extravagante grand-mère on ne peut plus imprévisible. Non mais. Rien ne va plus dans le royaume de Matin.

Mais si, sous des accoutrements qui sont loin de passer inaperçus, se cachait la plus formidable des complices? C’est ce que découvrira Matin au fil des jours alors que sa grand-mère fera la conquête de tout son entourage et l’entourera de tant d’amour qu’il comprendra que l’amour est quelque chose qui ne se mesure et qui se multiplie. En même temps qu’il apprendra qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

Voilà. Vous savez tout. Que j’ai des chaussettes à pois et que j’ai a-do-ré Ma grand-mère arc-en-ciel.