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Caravane

caravane

Avec Caravane, Ingrid Chabbert aborde un sujet peu représenté dans la littérature enfantine, sinon pas du tout, soit la vie d’une famille itinérante qui se déplace en caravane en fonction du travail temporaire qui est offert au père ou à la mère. Ces nombreux déplacements d’un lieu rarement agréable à un endroit qui n’offre rien de beau, des terrains vagues servant plus souvent qu’autrement de décor, ont fait de cette vie qui peut sembler instable pour qui la regarde de l’extérieur avec des yeux prêts à juger en fonction de ce que la société appelle des « normes » une vie somme toute assez stable.

Même si Léonie ne reste jamais deux mois dans une école, elle va tout de même à l’école. Même si les parents ne travaillent pas longtemps à un endroit, et même s’ils n’arrivent pas toujours à travailler tous les deux, il y en a toujours un qui travaille. Et c’est loin d’être une vie facile quand on est une petite fille qui rêve de voir la mer quand elle se lève et de se faire des amis.

Mais telle est la vie de Léonie. Une vie sans domicile fixe, mais une vie avec un toit sur la tête. Une vie où on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais une vie où on s’aime. Beaucoup. Une vie qui ne ressemble probablement pas à la vôtre. Une vie sur laquelle vous jetez peut-être un regard sans sympathie.

Et pourtant. On ne doit pas pointer du doigt. Vous le savez. Même si vous ne le faites pas toujours. Caravane devrait contribuer à casser cette habitude. Avec des mots simples, et sans faire montre de jugement à l’égard de cette vie qu’est celle de Léonie et de ses parents, Ingrid Chabbert nous raconte une belle histoire d’amour que Soufie a illustrée avec douceur. Résultat : un bel album sur la tolérance.

La petite casserole d’Anatole

petite casserole

Les auteurs prennent souvent des chemins si directs pour parler de certaines choses difficiles à aborder qu’on croirait qu’ils n’ont jamais été jeunes, jamais été émus ou troublés par les différences. Ce n’est pas le cas d’Isabelle Carrier. Loin de là.

C’est avec finesse et poésie qu’elle a choisi de nous parler de ces enfants différents, qui manifestent leur affection sans mesure, car ils n’arrivent pas à avoir cette retenue que finissent par avoir les autres enfants. Ces enfants si attachants qu’ils touchent et marquent à a jamais tous ceux qui ont ce grand bonheur de les côtoyer. Ces enfants au chromosome en trop. Ce chromosome transposé ici en coup de casserole sur la tête, lequel aura des séquelles pour la vie.

En effet, Anatole traîne sa casserole partout avec lui. On la voit tout de suite. Elle est évidente, encombrante et indélébile. Et elle rend tout plus difficile. La moindre chose à apprivoiser. Malgré la bonne volonté d’Anatole. Malgré tout le cœur et toute l’énergie qu’il met à apprendre. Mais sa casserole se coince partout et l’empêche d’avancer, si bien que le jeune garçon est certains jours totalement découragé. Il voudrait même en arriver à ce que plus personne ne puisse le voir.

En ne faisant pas de ce sujet pourtant si délicat un drame, Isabelle Carrier réussit, avec La petite casserole d’Anatole, à attendrir en même temps que sensibiliser. Tout ça grâce à des mots simples et des images qui le sont tout autant, alors que l’auteure et illustratrice a laissé là du blanc dans ses pages et des silences dans ses mots à l’intention de tous ceux qui se pencheront sur cette histoire, qu’ils aient 5 ans ou davantage.

Un album sur les répercussions d’un chromosome en trop en même temps que sur toutes ces petites différences moins flagrantes avec lesquelles il faut vivre. À tout âge. Un superbe album.

La petite casserole d’Anatole a reçu le Prix Sorcières (catégorie Albums) en 2010.
logo-challenge-tous-prix Titre valable pour le Challenge à tous prix

Une musique pour Charlotte

une musique

Je sais que j’ai parfois dix-sept ans, pas par nostalgie, mais parce qu’il me semble avoir autant de rêves à réaliser qu’à cet âge, ou bien quatre-vingt-dix-sept quand j’ai du mal à me déplier, mais je ne savais pas que je pouvais encore avoir entre trois et cinq ans. Jusqu’à ce que j’écoute Jean Maheux me lire Une musique pour Charlotte, un album de Ginette Anfousse illustré par sa fille Marisol Sarrazin, sur une musique de Mathieu Lussier. Jusqu’à que je fasse connaissance avec Maxime, avec son chien Charlotte qui n’est ni un chapeau ni un gâteau, avec Caroline Loiseau la voisine et enfants et parents du voisinage le temps de cette aventure.

L’humour est bien sûr au cœur de ce conte musical, comme vous pourrez le constater par cet extrait. Tout comme la musique. Maxime adore jouer de la flûte et son chien adore l’écouter jouer.

Faites comme moi. Laissez vos vêtements de grande personne sur la patère, sortez votre compagnon de peluche préféré, asseyez-vous en indien, glissez le CD dans le lecteur et ouvrez Une musique pour Charlotte. Vous tomberez sous le charme des illustrations et de la théâtralisation juste et sans excès de Jean Maheux.

Allez, tentez le coup. Vous verrez. C’est chouette d’avoir pendant un moment entre trois et cinq ans.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

La craie rose

Noël est à nos portes, décembre ayant pointé le bout de son nez hier. Et qui dit Noël dit bien entendu des albums sur le sujet… Y en a-t-il trop? En tant qu’ex-libraire, je serais tentée de dire oui. J’ai souvenir de tellement de mois de novembre et décembre où les tablettes du rayon jeunesse croulaient sous les cahiers d’activités, les albums à colorier — dont certains étaient des plus affreux —, les albums mettant en scène le père Noël et ses rennes — pas toujours de bon goût — et même des livres en tissu ou pour le bain.

J’aurais aimé davantage de véritables contes où la saison des fêtes servait l’histoire et non pas le contraire. Des histoires belles comme celle de l’écrivain O. Henry, Le cadeau des Rois Mages. Mais de telles histoires sont rares. C’est pour cette raison que quand on en déniche une, il vaut la peine de le souligner.

La craie rose, publié en 2010, a de fortes chances de devenir un jour un classique, parce que ce conte signé Lili Chartrand et illustré par Marion Arbona avec beaucoup de tendresse et de douceur, s’inspire de valeurs humaines et universelles tout en faisant preuve de fantaisie.

Dans le village où vit Léa, on raconte que les enfants ayant fait preuve de bonté et de courage au cours de l’année reçoivent à l’occasion de Noël un cadeau magique. Mais cette année, aucun enfant n’a reçu de cadeau sauf le voisin de Léa : des craies de couleur. Or, elles n’ont guère d’intérêt pour lui, si bien qu’il accepte d’échanger sa craie rose pour un morceau de cristal sans valeur, pour le bonheur de Léa, qui aime tout ce qui est rose et qui peut ainsi dessiner un papillon à l’intention de sa mère malade et alitée depuis des mois. Pour la faire sourire.

Mais le papillon s’envole. Ce qui attriste beaucoup Léa, jusqu’à ce qu’elle découvre que sa mère s’envole elle aussi : elle est guérie. Preuve que la légende disait vrai, même si c’est par un moyen détourné que Léa se voit récompensée.

La craie rose : un album aussi magique que le craie magique et tout à fait dans l’esprit des fêtes de fin d’année sans le côté commercial tape-à-l’œil.

Le mal en patience

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Si le roman part d’une bonne intention — souligner les 20 ans de Pharmaciens Sans Frontières —, Le mal en patience s’avère un livre compliqué à lire par sa forme, alors que quelque chose de plus simple aurait été préférable pour décrire le travail de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de faire le bien et de se donner corps et âme à une cause, parfois au risque de leur vie.

Or, en faisant intervenir de multiples voix qui se croisent au moyen de lettres — une jeune fille tentant de comprendre ce qui est arrivé à celui qui lui a sauvé la vue, un pharmacien qui a quitté sa petite vie sans surprise sur un coup de tête, un jeune enseignant avec qui ce dernier était au lycée, la prof de lettres qui les a marqués —, Robert Bigot et Christian Grenier ont pris un chemin bien complexe pour arriver à leurs fins. Une forme qui me convainc peu et qui, à mon avis, risque peu de plaire au public adolescent auquel le roman est destiné. Non pas que les personnages ne touchent pas. Loin de là. Le problème est dans la construction du roman et dans le fait que ce soit davantage un livre qui porte sur les amitiés de jeunesse et sur ce qu’elles deviennent que sur le rôle et les fonctions d’un pharmacien sans frontières parachuté dans un pays en guerre.

Dommage.

Mon chien pense que je suis un génie

L’album ne changera pas le cours de l’histoire de la littérature jeunesse. Je ne pense pas que ce soit le but de son auteur. Par contre, il risque de faire largement sourire ses lecteurs grâce aux images des plus gaies signées Barroux, illustrateur très actif dont les personnages ont fait des heureux tant chez les grands que chez les petits.

Mon chien pense que je suis un génie met en scène un enfant qui passe son temps à peindre en compagnie de son chien, lequel semble beaucoup apprécier les toiles de son jeune maître. ce qui nous donne un album coloré qui pourra servir d’initiation à la peinture, puisqu’il continue aussi un clin d’œil à Cézanne.

Peu importe si le livre est traité à un premier niveau (un enfant qui peint) ou à un deuxième (un enfant peut-être autiste qui s’exprime par la peinture), l’un n’excluant pas l’autre, l’album n’a d’autre but que celui de faire sourire qui s’y aventure.

Le sculpteur de rêves

Il est arrivé de nulle part avec un baluchon vide. Et assis toute la journée, il ne faisait rien. Rien du tout. Jusqu’à ce qu’il explique qu’il sculptait des rêves. Qu’il suffisait de lui confier un rêve et qu’il se chargerait du reste. Mais, là où il a posé son baluchon, plus personne n’a le temps de rêver. Si bien que le cordonnier, la blanchisseuse et le jardinier n’ont rien à confier au sculpteur de rêves. Pas le moindre petit, voire minuscule, rêve de rien du tout. Du moins c’est ce qu’ils croyaient.

Il a fallu un enfant téméraire, ou un peu rêveur, ou les deux, pour sortir un village de ses habitudes. Parce qu’un sculpteur de rêves a donné vie à son rêve de musique.

Il a fallu que la mélodie jouée par le jeune violoniste réveille les rêves endormis depuis longtemps et que chacun des villageois les laisse vivre au grand jour.

Il a suffi qu’un sculpteur de rêves passe par là. Pour que je me dise que « le chevalier des causes perdues » de Fugain était toujours vivant. Qu’il portait un autre nom. Et j’ai souri. Claude Clément avait su une fois de plus m’enchanter… et me faire rêver. Tout comme les illustrations de Kim Sejung.

Il suffisait d’un peu de musique pour que tous se mettent à rêver à nouveau.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Chuuutt…

Je n’ai pas d’emblée saisi de quoi il s’agissait quand j’ai ouvert l’album écrit par Roxanne Marie Galliez et illustré par Sandrine Lhomme, choisi au hasard d’une virée en bibliothèque. Et pourtant, maintenant que je sais que le livre met en scène l’amour d’une petite fille pour sa grande sœur handicapée, dont elle connait le silence et pas les mots, je comprends mieux ce qui porte cet album, cette voix qui vient d’elles, plus forte que le silence qui emprisonne.

Et le sachant, j’apprécie mieux chacune des phrases qui, dans leur simplicité, révèlent cette différence que l’amour peut contrer. Tout comme les illustrations, qui m’ont séduite par cette tendresse qui se dégage de chacune d’entre elles et qui ont encore plus de force quand on comprend que les gestes dépeints dépassent ce qu’on voit en premier.

L’album devient ainsi une métaphore, le handicap n’étant jamais décrit autrement que par le silence, laissant place à de nombreuses interprétations, le silence pouvant être attribuable à l’autisme comme à la surdité. Ce qui donne encore plus d’angles et de possibilités à Chuuutt…, qui est aussi un magnifique livre sur le lien fraternel.

L’ex-libraire que je suis aurait tout de même apprécié un quatrième de couverture plus explicite. Pour mieux le classer. Mieux le diffuser. C’est là mon seul reproche.

Une casserole sur la tête

Avec Une casserole sur la tête, Alain M. Bergeron (pour le texte) et Philippe Germain (pour les illustrations) nous offrent un sympathique album sans présentation qui fera sourire (et même rire) petits et grands dès la page couverture. Du moins, c’est ce qui m’est arrivé!

Il faut dire que Guillaume a un esprit chevaleresque et que c’est pour cette raison qu’il s’est retrouvé avec une casserole sur la tête. On ne va pas délivrer une princesse à tête et à mains nues, tout de même. Vous n’y pensez pas!

Mais que faire maintenant que la reine (maman, en l’occurrence) a décidé qu’il y avait eu assez de dégâts dans la cuisine pour aujourd’hui? Retirer son casque, bien entendu. Mais nous sommes loin de l’aussitôt dit, aussitôt fait. Le casque-casserole est si bien enfoncé pour protéger le jeune chevalier de tous les périls qu’il est impossible de le retirer! Toutes les tentatives de maman se révèlent un échec. Rien à faire. Il faut aller chercher du secours ailleurs, c’est-à-dire à l’hôpital.

Inutile de préciser que cela va donner lieu à une cascade de remarques et de fous rires dans la salle d’attente, pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs. Et que même le médecin ne saura pas comment sortir Guillaume du pétrin sans faire appel à un expert que je vous laisse découvrir.

Ludique et empreint de sagesse, parce qu’il dépasse la simple anecdote de départ, Une casserole sur la tête laisse entendre que nous avons tous des forces et des faiblesses. Et que nous avons besoin des uns et des autres. Ce que je ne vais sûrement pas contredire!

Si j’étais un livre

J’ai eu un véritable coup de cœur pour l’album Si j’étais un livre des Portugais José Jorge Letria (pour le texte) et André Letria (pour les illustrations). Un tel coup de cœur que je l’ai lu à un ami au téléphone pour qu’il partage avec moi le bonheur de chacune des phrases qui commencent toutes par « Si j’étais un livre…  »

Comme celles-ci :

Si j’étais un livre, j’aimerais être une fenêtre ouverte sur l’immensité de la mer.

Si j’étais un livre, je voudrais pouvoir grandir sans limites jusqu’à devenir une bibliothèque.

Or, si j’ai apprécié celles-ci ainsi que chacune des illustrations qui les accompagnent, je n’en demeure pas moins perplexe quand il s’agit de définir le public cible d’un tel livre pourtant considéré par les éditions Joie de lire comme un album jeunesse.

Je pense que c’est là le problème de cet album. Malgré des pensées sur le livre qui font sourire et des illustrations qui accompagnent de façon ludique chacune d’elles, je ne crois pas qu’il puisse intéresser de jeunes lecteurs. Je verrais davantage ce livre sur la table à café de nombre d’adultes que je connais afin qu’il puisse être examiné par qui les visite plutôt qu’au milieu des livres de leurs enfants.

Je souhaiterais même que l’éditeur fasse des affiches et des cartes postales de certaines. Je gâterais quelques personnes de mon entourage.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2