Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Ma drôle de ville

droledeville

Parfois, on a juste besoin d’un album qui fait sourire. D’un album aux illustrations fantaisistes, attrayantes et colorées à souhait. D’un album qui n’entend pas donner de leçons ou répondre à des questions. Un album tout ce qu’il y a de plus ludique, quoi.

Ma drôle de ville, écrit et illustré par Luc Melanson, est parfait pour de telles occasions. Vous y croiserez une pluie de brocolis, des autos en chocolat, un facteur roulant à bicyclette sur un nuage, des léopards dans le placard et nombre de choses si abracadabrantes que vous penserez avoir la berlue. Certains croiront même que vous inventez tout ça!

Mais si c’était vrai?

Un album qui ne prétend pas proposer autre chose qu’un moment de pur plaisir. Ce dont nous avons parfois bien besoin…

Pour effacer le gris

gris

Que feriez-vous si un matin tout devenait gris? Si le moindre adulte que vous croisez était courbé, écrasé par le poids de l’ennui et que tout rire semble disparu, comment vous sentiriez-vous? Pas très bien, j’en suis certaine. Et probablement auriez-vous envie que ça change, parce qu’une vie terne n’est sûrement pas pour vous!

C’est pourquoi trois enfants décident que le gris, ça suffit, et que pour le contrer il n’y a qu’un seul et unique moyen : le couvrir par toutes les couleurs à coups de craies et de pinceaux! C’est donc à cette activité qu’ils s’appliquent, y mettant tout leur cœur et toute leur énergie, afin que chacun retrouve son sourire et que les yeux des uns et des autres brillent à nouveau. Mais s’il pleut, que va-t-il arriver des couleurs?

Anne-Gaëlle Balpe signe ici un bel album plein de poésie tout simple, mais tellement tendre qu’on a envie de s’attarder ici et là… et de rêver. Il faut dire que les illustrations signées Jess Pauwels ont de quoi ravir même le plus blasé et qu’elles apportent au texte exactement ce qu’il faut pour que plus personne ne veuille vivre dans le gris (et le morose). Peut-être parce qu’on a l’impression que si on touchait les illustrations du bout des doigts on aurait les doigts tachés de poudre de craie ou de peinture.

Un album qui saura égayer toute journée grise et bien plus!

La main au collet

lucie wan

De tout temps, il y a toujours eu des chapardeurs dans les classes. Pas bien méchants. Qui vous subtilisent en douce un crayon de couleur, votre règle ou vos mitaines. Mais le voleur qui a choisi la classe de Lucie Wan Tremblay pour y commettre ses larcins semble avoir une prédilection pour les menus objets et non les plus beaux, les plus brillants et les plus neufs, soit des crayons très, très entamés et des gommes à effacer qui ont fait leur temps. Aucun objet de valeur, quoi. De plus, il agit toujours quand il n’y a pas personne dans la classe qui pourrait le surprendre.

Or, Lucie Wan Tremblay a décidé que ça ne se passerait pas comme ça. De fausse piste en faux espoir, elle finira par mettre la main au collet du voleur… Mais non sans peine, tant elle est convaincue de la culpabilité de l’un, puis de l’autre, alors que le lecteur a, quant à lui, depuis un moment deviné qui dérobe des objets pendant la nuit ou lors des récréations.

Dommage que l’auteur ait semé trop d’indices et laissé ainsi peu de place à l’erreur et au doute. L’idée de départ avait pourtant du bon, à savoir qu’il est facile d’arriver trop vite à des conclusions et d’accuser à tort. Lucie Wan a pourtant quelque chose d’attachant dans son désir de trouver le coupable.

Mais Agnès Grimaud a oublié de faire confiance à ses lecteurs.

Plus jamais petite

Plus-jamais-petite

Elle s’appelait Britney. Avant. Il y a longtemps. Avant que son père commette l’irréparable. Avant qu’il la brise et lui fasse promettre de se taire. Avant que sa mère mette la main sur son journal intime et comprenne pourquoi sa fille semble si triste, si différente depuis la naissance de sa petite sœur. Ça n’a rien à voir avec la place qui lui a été usurpée. Ni avec les bouteilles d’alcool de plus en plus nombreuses que laisse derrière lui le père de ses filles.

Elle s’appelait Britney. Comme la correspondante de son père, à une époque où une autre Britney ne brillait pas encore. Mais elle n’a plus de père, à peine un géniteur, duquel il ne reste qu’un prénom qu’elle a du mal à prononcer à l’heure où elle a décidé de mettre fin à ce qui l’unit encore à lui en se rendant à la prison où il purge sa peine.

Elle s’appelle Lucie. Lucie, parce que ça signifie « lumière » et qu’elle ne veut plus vivre dans la noirceur ou dans l’ombre. Elle le lui dira. C’était la dernière chose qui la retenait à lui : le prénom qu’il avait choisi.

Elle s’appelle Lucie et elle est prête à affronter pour la dernière fois cet homme qui a abusé d’elle. Qui n’a rien d’un père et tout d’un monstre.

Elle n’est plus petite depuis longtemps. Aujourd’hui, elle va devenir grande.

Sévérine Vidal signe ici un roman sobre, fort, bouleversant. Qui donnera peut-être le courage à certaines (et certains) de parler. Même si trop de mères, il y a encore peu de temps, ont été des complices et ont incité leurs filles à se taire, ou pire encore, les ont accusées de menteuses. Je pense à deux d’entre elles, dont j’ai été proche il y a une dizaine d’années, à l’heure où elles étaient mères d’adolescents, tout en n’ayant jamais réussi à guérir tout à fait de cet abus.

J’aurais aimé offrir ce livre à leurs filles.

Momo écrivain

premier-roman

Maurice Monette, Momo pour les intimes, sent qu’il a ça dans les gènes. Et encore plus depuis la visite de l’écrivaine Aline Arbour dans sa classe. Rien ne peut plus arrêter Momo de Sinro (Saint-Romain-des-Champs). Il va passer les prochaines vacances à écrire son premier roman et prouver à la planète que lui, Maurice Monette, bien que simple écolier, est capable d’aller jusqu’au bout d’une telle entreprise.

Grâce aux conseils d’Aline Arbour et à la générosité de son voisin, un peintre renommé, qui va acheter un ordinateur pour les besoins de Momo et non les sien, Momo va passer l’été enfermé, occupé à imaginer, à écrire et à peaufiner son roman de moins de 30 pages dont l’action se déroule sur une autre planète, jusqu’à ce qu’il mette le point final. Rêvant déjà pour son roman d’un succès exceptionnel et de le voir traduit dans de nombreuse langues, il devra assez rapidement remettre les pieds sur terre. Le roman est loin d’être mauvais, même s’il est loin d’être un chef-d’œuvre! Et il sera bel et bien publié, à beaucoup moins d’exemplaires que le nombre souhaité par Momo, mais tout de même publié. Ce qui sera l’occasion pour le lecteur de découvrir les différents volets de la naissance d’un livre, de l’écriture à une critique de journaliste.

Avec Premier roman pour Momo de Sinro, François Barcelo signe le neuvième tome des aventures de son jeune héros. Un François Barcelo à l’imagination comme d’habitude fertile. Duquel je conserve un souvenir impérissable. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de passer une journée à la campagne chez un écrivain qui nous reçoit pour un tournage télé… même dans sa Westphalia.

Et je vais vous dire un autre secret : vous allez adorer Momo de Sinro!

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Jeanne et le père Noël

jeanne

Si vous prévoyez faire bientôt une visite au père Noël, vous croiserez peut-être Jeanne dans un des nombreux centres commerciaux où ses cousins, oncles, frérots et lui-même ont établi leurs quartiers depuis quelques semaines. Une Jeanne pas très rassurée et pas du tout convaincue que le vieux monsieur à la barbe blanche va trouver qu’elle a été bien sage au cours de la dernière année.

C’est que, voyez-vous, Jeanne a de grandes idées… qui ne demeurent pas des idées. Et qui, quand elles se concrétisent, prennent plutôt l’allure de catastrophes. Pas qu’elle ait voulu mal faire, Jeanne n’est pas comme ça, voyons. Elle est juste un peu maladroite. Sûrement trop aux yeux du père Noël qui va sûrement et définitivement-pour-toujours-et-à-jamais la rayer de sa liste d’enfants sages. Pour sûr. Surtout quand il va découvrir sa plus récente création…

Comme il ne l’a pas fait pour ma sœur, à l’imagination débridée et aux dégâts à répétition dont j’ai souvent endossé la paternité, il m’étonnerait qu’il agisse ainsi.

Un album dans lequel nombre d’enfants et de parents devraient se retrouver. Un peu ou beaucoup. Quant à moi, coup de cœur pour le texte signé Danielle Marcotte et pour le personnage de Jeanne — qui est tout simplement irrésistible. Un peu moins pour les illustrations d’Amélie Montplaisir.

La révolte des personnages

revolte des personnages

Je parie que vous avez toujours cru que la vie des écrivains qui ont consacré leur vie à la littérature jeunesse était un long fleuve tranquille où tout coulait de source. Ne dites pas le contraire, ça sent ces choses-là.

Vous les imaginez au chaud, sans souci, alors que les histoires s’écrivent sans qu’ils n’aient besoin de se casser la tête, pas vrai? Et pourtant, les auteurs ont souvent maille à partir avec le fil des histoires qu’ils inventent. Ou pire, avec leurs personnages.

C’est le cas de l’auteur créé par Gwladys Constant, lequel n’aurait pu imaginer pire chose que ce qui lui arrive, même dans ses cauchemars les plus rocambolesques. Ses personnages, ceux qui ne se font jamais prier pour faire avancer l’histoire, qui se plient à toutes ses fantaisies, qui jamais ne disent mot sinon que dans les dialogues qu’il a écrits pour eux, ont décidé de se révolter et de ne plus suivre l’histoire à la lettre si elle ne leur convient pas.

Le voilà donc aux prises avec les caprices de la princesse, les doléances du meunier, les requêtes de la reines, l’ultimatum du château, celui-ci ayant d’ajouter les siennes aux revendications des personnages, croqués joliment par Kristel Arzur.

L’auteur n’a pas le choix. Il doit absolument faire en sorte de répondre à chacune des demandes qui lui sont faites, sans quoi le livre n’avancera pas. Ce qui donne lieu à beaucoup de fantaisie et à quelques clins d’œil aux contes traditionnels.

C’est simple : La révolte des personnages est un pur régal. Rien de moins.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Le kimono blanc

kimono

Ceux qui ont vu le film La ballade de Narayama de Sh?hei Imamura, inspiré d’une nouvelle de Shichir? Fukazawa, verront dans l’album de Dominique Kopp illustré de façon magistrale par Pierre Mornet, Le kimono blanc, l’adaptation de cette légende japonaise qui laisse entendre que les anciens quitte les leurs pour mourir loin d’eux quand ils sentent leur heure approcher.

C’est le cas de la grand-mère de Keiko, laquelle a l’habitude de partir chaque printemps à la recherche d’herbes qui soignent, parfument et aromatisent, et qui a cette année enfilé un kimono blanc, inconnu de la petite fille.

Ce sera son dernier voyage. Elle liera, comme elle a l’habitude de le faire, les herbes cueillies. Mais elle les abandonnera derrière elle. Elle n’en a pas besoin où elle s’en va. Keiko, qui la suit à distance, ramasse une à une les gerbes que son aïeule a « oubliées » derrière elle.

En se relevant, Keiko constate que devant elle, il n’y a maintenant plus que de la neige et un papillon blanc.

La suite de l’histoire appartient aux adultes. À eux de décider des mots et de ce qu’ils veulent dire de la mort aux trois ans et plus auxquels s’adresse cet album qui aborde avec finesse, amour, respect et douceur un thème désormais récurrent de la littérature pour enfants, lequel en a été longtemps absent.

Le kimono blanc ne dit pas tout. Il ne fait qu’ouvrir la porte sur un sujet nécessaire. La sobriété du texte et les illustrations soignées aideront aux grands à l’aborder en fonction de ce qui suscite des questions.

Un album magnifique.

Un week-end de repos absolu

Mise en page 1

J’ai dû passer à côté de quelque chose. Ou n’avoir pas compris l’essentiel. Pourtant, j’avais hâte de lire Un week-end de repos absolu. Très hâte. J’avais hâte de me mettre dans la peau du jeune héros aux prises avec des parents qui travaillent TOUT LE TEMPS. Des gens qui ne savent pas s’arrêter et se reposer. Dont chaque minute, voire chaque seconde, est occupée par une activité reliée au travail. J’avais hâte de partir avec eux trois pour deux jours, sachant qu’ils n’avaient pas l’habitude de se reposer.

Et la portion texte de cet album publié aux éditions Sarbacane est tout à fait réussie. Davide Cali a su faire de ces obsédés du travail des gens qui ne savent faire que des choses utiles comme s’occuper du terrain et cuisiner. Et surtout pas ne rien faire. Ou juste des choses ludiques et agréables comme c’est le cas de leur fils.

Mais les illustrations d’Alexandra Huard n’ont pas su me convaincre. Avec leur aspect rétro (vieille DS, vêtements des années 1960, etc.), elles semblent en totale opposition avec la vie des années 2010 où on vit avec un téléphone portable à la main. Ce décalage entre texte et images, probablement voulu, m’a dérangée. Je n’ai pas été en mesure de me laisser séduire par cet album. Dommage. Car l’idée était fort amusante en même temps qu’elle offrait un constat qui vise juste.

La fille qui n’aimait pas les fins

flille qui

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J’ai eu un véritable coup de foudre pour La fille qui n’aimait pas les fins — les fins des livres. Car Maya ne termine jamais ses livres. Le marque-pages demeure là où s’est arrêtée sa lecture. Pourquoi? C’est ce que nous découvrirons à la toute fin du roman de Matt7ieu Radenac et Yaël Hassan où il est question de Maya, qui a perdu son père il y a trois ans.

Maya, même si elle arrive à le cacher la plupart du temps, n’est pas encore remise de la mort de son père (son héros) qui aimait tant les livres, comme elle les aime aussi, même si elle ne va jamais jusqu’au bout de ceux-ci. Sa rencontre avec un vieil homme qui passe beaucoup de temps à la bibliothèque va changer énormément de choses dans sa vie, autant son regard sur son propre père que le lien qui l’unit aux livres. Cette rencontre va aussi éclairer certaines zones d’ombre de sa propre vie alors qu’elle est en train de vivre de grands bouleversements, sa mère portant un enfant du nouvel homme dans sa vie et Maya découvrant en même temps Internet et l’amour.

En fait, vous aimerez tellement le personnage de Maya que vous regretterez qu’elle ne puisse s’échapper de son livre afin de devenir votre amie. Vous aimerez tellement le vieil écrivain qu’elle a rencontré que vous voudrez l’adopter lui aussi. En fait, vous aimerez tous les personnages et vous désirerez profondément qu’ils soient heureux, que tout aille bien pour eux, que pour une fois Maya se rende à la fin de sa propre histoire. Et comme ça finit bien, vous pousserez un grand soupir de soulagement.

La fille qui n’aimait pas les fins n’offre pas de l’imprévisible (ce serait plutôt le contraire) mais des moments de tendresse et de complicité. En fait, le roman propose tout simplement de changer le cours de l’histoire, de donner une seconde chance à ceux qui n’ont pas pu se dire je t’aime plus tôt et d’apporter espoir et joie aux lecteurs qui seront (tout comme moi) attendris dès les premières pages et souhaiteront qu’il n’arrive que le meilleur à ceux à qui ils se sont attachés.

C’est donc avec un grand sourire qu’on ferme le livre. Heureux. Les livres ne finissent pas tous mal. Ils peuvent même très bien finir.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2