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Le secret de grand-mère

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Le secret de grand-mère est loin d’être facile. À dire vrai, si j’étais encore libraire, j’aurais beaucoup de mal à le conseiller tant je ne sais pas à qui il s’adresse vraiment et tant il m’a mis à l’aise. Et pourtant, il doit bien y avoir un public cible pour un tel livre. Des enfants qui font partie d’une famille qui porte un lourd secret? Peut-être. Mais encore, je ne suis pas certaine que ce livre aidera quiconque à vivre avec le secret ou à réussir à le percer.

Dans l’album de Marie Sellier, illustré par Armande Oswald, Marie sent bien que quelque chose ne va pas quand, chaque semaine, elle visite son arrière-grand-mère en compagnie de sa grand-mère. L’aînée n’a aucune tendresse pour sa fille. Elle est même agressive.

Sont-ce ses bottines noires et ses pieds déformés qui ont rendu son aïeule si amère et si peu amène? A-t-elle toujours été comme ça? Et pourquoi sa grand-mère est-elle toujours aussi nerveuse quand elle se trouve face à sa mère? Ce sont là les questions que Marie se pose et qui la troublent.

Le jour où elle apprendra que sa grand-mère est responsable d’un accident qui a coûté à son arrière-grand-mère ses jambes, Marie prendra alors conscience d’un secret qu’elle aurait peut-être préféré ne pas connaître. Ce qui me donne à penser que ce livre s’adresse vraiment à une catégorie d’enfants et non pas à tous tant il est dur et tant il blesse même ceux qui sont étrangers à l’histoire qui se vit ici, notamment les lecteurs.

Tout est pourtant bien raconté et les peintures à l’huile d’Armande Oswald fort à propos pour soutenir cette histoire sombre. Mais je n’ai pas réussi à me laisser prendre par ce secret que j’aurais finalement moi aussi préféré ne jamais connaître.

À ne pas mettre entre toutes les mains. À vous de voir s’il convient à de petites mains de six ans et plus autour de vous.

Coppélia

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Revisiter un classique, qu’il s’agisse d’un conte, d’une légende ou d’un ballet est toujours un défi. Or, Claude Clément l’a relevé avec succès en redonnant un nouveau souffle au conte d’Hoffmann, devenu par la suite un ballet, grâce à la complicité de l’illustratrice Daniela Cytryn.

L’album (grand format) est de toute beauté. Rien de moins. Et c’est cela qu’on demande aux albums pour enfants. Qu’ils soient beaux, qu’ils fassent rêver, qu’ils suscitent les commentaires et développent l’imagination. Qu’ils soient tout ça et non pas fades et uniquement didactiques.

On peut apprendre sans pour cela s’ennuyer. On peut entrer dans un univers qu’on ne connait pas sans que l’expérience s’avère complexe. C’est à cela que s’est appliquée Claude Clément en nous racontant l’histoire d’amour qui unit Franz et Swanilda, et qui se verra compromise par l’arrivée d’une belle jeune fille dont Franz tombera amoureux dès qu’il la verra. Celle-ci, née des doigts de Coppélius, inventeur et fabricant de toutes sortes d’objets, s’avérera être un pantin et tout cela finira par les noces annoncées après le pardon de Swanilda.

Une histoire qui donne lieu à une avalanche de couleurs, à des scènes aux détails nombreux qu’on ne se lasse pas d’examiner et à une fin digne du conte dont elle est issue. Un livre pour toute ballerine en herbe et pour toutes ces petites filles maintenant grandes qui ont rêvé un jour de mettre le feu aux planches.

Moitié moitié

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Il n’y aura jamais trop de livres sur la séparation. Les enfants qui y sont confrontés vous le diront, eux qui prennent sur leurs frêles épaules une partie du poids, allant jusqu’à croire qu’ils sont responsables de ce qui arrive.

Ingrid Chabbert, avec Moitié moitié, aborde les choses autrement. Sans drame, sans larmes. Et pourtant, la douleur n’est pas moins présente. Et pourtant, la jeune narratrice a maintenant deux maisons. Différentes. Où les règles ne sont pas identiques. Où, quand elle est dans l’une, il lui manque (ce) qui est dans l’autre. Et vice versa.

Mais il lui faut accepter l’évidence. Ses parents ne s’aiment plus. Et ils sont si différents qu’il n’y a pas d’autre solution pour eux que de vivre séparément. Même si le dimanche, il y a des promenades à trois. Parce qu’on peut ne plus s’aimer sans pour cela se détester ou faire payer le prix du désamour aux enfants.

Un bel album. Sobre et tendre. Avec de jolies illustrations de Soufie qui apportent à ce texte inspirant des images évocatrices qui plairont tant aux petites mains qu’aux plus grandes.

Parce qu’il n’y aura jamais trop de livres réussis sur le sujet.

Le jardin voyageur

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C’est l’histoire d’une ligne de chemin de fer désaffecté de Manhattan, la High Line, qui a inspiré à Peter Brown Le jardin voyageur, album qui relate comment un jeune garçon qui ne connaissait que le gris se met au jardinage après avoir remarqué quelques pousses vertes là où passaient autrefois les trains. Une passion qui occupera tout son temps et qui aura tellement d’adeptes que la ville morne finira par resplendir.

Le résultat est un bel album, un très bel album, tant par l’histoire elle-même, poétique à souhait, que par ses illustrations où le gris verdoie petit à petit tandis que le brun se met à rougeoyer et le noir à bleuir afin de nous montrer qu’il suffit d’un peu de cœur à l’ouvrage pour embellir le monde. Au propre comme au figuré.

À offrir. Sans aucune hésitation. Aux petits jardiniers comme à ceux qui ne le sont pas encore.

Un album sensible pour faire tomber les murs

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Certains albums sont une telle réussite qu’il est impossible de savoir si le texte a précédé l’illustration ou le contraire tant l’un et l’autre se complètent et se répondent. Tel est le cas de l’album écrit par Laurence Fugier et illustré par Isabelle Carrier, De l’autre côté.

Sans nommer les lieux, sans indiquer non plus à quelle époque se déroule l’histoire, l’album réussit à parler d’une réalité que d’aucuns associeront fort probablement à Berlin, parce que la plus évidente, mais qui est aussi celle de Beyrouth et de Varsovie à une certaine époque et de quelques autres villes. Alors que celles-ci étaient divisées par un mur ou qu’une partie de la ville était isolée du reste par des murs ou des barricades, la communication était difficile, et même parfois inexistante.

Pour que les choses changent, il a suffi qu’un ballon franchisse le mur malgré les interdictions. Que deux enfants décident de faire connaissance au moyen d’un ballon qui remplace les lettres et les conversations téléphoniques. Et que a vie leur donne la chance de se rencontrer et de se reconnaître grâce aux dessins sur le ballon quand le mur est un jour détruit.

On peut — on doit — y voir là une analogie avec les barrières de toutes sortes qui séparent adultes et enfants qui vivent pourtant près les uns des autres, mais qui ne se parlent pas par faute de méconnaissance de l’autre ou de perception déformée, d’où le message universel que porte De l’autre côté.

Un album sensible, et historique comme philosophique, qui donne envie d’abolir toute forme de frontière.

Place à la poésie!

thomas

Destiné aux lecteurs débutants, le premier roman de Danielle Charland, met en scène Thomas, un jeune garçon à qui on a offert tant de jouets, d’animaux en peluche, d’articles de sport et d’instruments de musique que sa chambre est presque une boutique à elle seule! Mais Thomas s’ennuie. Thomas est désabusé. La surabondance a tué l’intérêt de telle sorte que certains des objets qui feraient le bonheur d’enfants moins nantis sont encore dans leur emballage d’origine.

Mais le jour de ses neuf ans, tout va changer. Lui qui ne rêve plus depuis longtemps va trouver au milieu de sa chambre un cadeau qu’il hésite à ouvrir, pensant y trouver un objet du même acabit que tous ceux, inutiles, qui accaparent déjà le moindre espace.

Or, une surprise de taille attend le garçon. Ce n’est pas un jouet qui se cache dans la boîte, mais un poète! Un poète appelé Mathéo, qui va redonner à la poésie ses lettres de noblesse en montrant à Thomas que celle-ci fait partie de toutes les petites choses qui rendent heureux quand on les regarde avec les yeux du cœur.

Chaque mot peut ainsi devenir magique si on laisse la poésie de la vie entrer en lui. Même des mots comme pêcher et vélo. Des mots dont Thomas connaissait l’existence, mais pas le sens, ni les nuances. Ainsi, grâce à Mathéo, Thomas n’est plus confronté à l’ennui. La poésie lui a apporté le regard nécessaire pour être heureux.

Avec Thomas et les mots magiques, Danielle Charland, signe un fort joli roman. De ceux qui font sourire parce qu’ils nous ramènent à l’essentiel.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Texte publié dans

Ma petite maison ronde

mapmr

Comme j’apprécie les livres pour enfants qui me font découvrir des endroits que je ne connais que très peu, notamment parce que rares sont ceux qui s’y déroulent, je n’ai pu qu’être d’emblée attirée par l’album de Bolormaa Baasansuren, Ma petite maison ronde, dont l’action se situe en Mongolie.

Jilu et sa famille nous entraînent à leur suite alors que leur vie de nomades les pousse à se déplacer au fil des saisons en transportant avec eux leur maison. Grâce à cette histoire, la yourte nous est présentée autrement que de façon didactique et capte l’attention du jeune lecteur dès les premières images — traditionnelles — des plus réussies parce que vivement colorées et un tantinet naïves.

Une histoire toute simple, finement racontée, sur l’importance accordée à la famille pour ceux dont la vie s’organise autour d’une maison ronde.

N’hésitez pas à l’offrir. Bonheur garanti.

Un roman autobiographique un peu décevant

je lui

J’aurais voulu aimer ce livre. J’aurais voulu m’attacher au jeune garçon de l’histoire. Mais je n’y suis pas parvenue. Était-ce parce que c’est un roman autobiographique et que je savais que le héros, le plus jeune d’une famille de neuf enfants, malgré toutes les embûches qu’il doit traverser pour atteindre l’objectif que sa mère a fixé, allait réussir? Est-ce parce que, pas une minute, je n’ai été en mesure de penser qu’il échouerait que je n’ai pas pu suivre avec intérêt l’histoire relatée dans Je lui ai promis? Ou est-ce parce que je n’aime pas vraiment les romans autobiographiques? Ou est-ce pour toutes ces raisons réunies? Va savoir.

Tout ça pour dire que j’ai fermé le roman de Philippe Barbeau, un peu déçue. Même s’il s’agit là d’un portrait des années 1960 réussi. Même si l’auteur sait décrire les sentiments qui animent la mère et le fils alors que l’un et l’autre tentent à leur manière de faire face au décès prématuré du père. Même si on sait que ça va bien finir et qu’on arrive parfois à l’oublier.

Il y a trop de « même si » pour me faire aimer ce livre autour de la promesse d’une femme au père de ses enfants.

Le voyage du funambule

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Avec Le voyage du funambule, Gilles Tibo signe un bien joli roman. Destiné aux lecteurs débutants, il raconte la promenade que fait un enfant la nuit de ses sept ans alors qu’un funambule l’entraîne sur les toits, installé sur ses épaules. C’est pour le jeune garçon l’occasion de faire un voyage hors du commun, les routes empruntées étant des cordes à linge suspendues d’un immeuble à un autre afin de se rendre au cirque pour le spectacle de l’équilibriste et de rentrer avant que le jour se lève.

Ce récit fantastique où le rêve prend la plus grande place constitue une belle façon d’inciter les enfants à laisser l’imagination s’emparer du pouvoir au lieu de tenter de trouver des explications pour tout ce qui sort de l’ordinaire, chose que les grands aiment beaucoup (trop) faire. Le résultat est un livre réjouissant. Amusant. Fantaisiste. Poétique. Un moment de douceur dans un monde qui en a bien besoin.

Un voyage auquel je ne dirais pas non si un funambule me le proposait. Oui, je vous le concède, il y a des jours où je n’ai pas plus de sept ans.

La grande fabrique de mots

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C’est immanquable. Dès que j’ouvre un livre des éditions Alice, je tombe sous le charme. Je suis émue. Je me sens interpellée. Bref, je deviens le temps de ma lecture une petite fille — ou une adolescente — pour qui plus rien n’existe sauf le livre qu’elle a entre les mains.

Et ça a été le cas avec le superbe album d’Agnès de Lestrade, illustré avec finesse et douceur par Valeria Docampo, La grande fabrique de mots, lequel raconte avec infiniment de poésie et tout autant de tendresse l’histoire de Philéas.

Celui-ci vit dans un pays où on fait économie de mots. En effet, on n’y parle pour ainsi dire pas. Parce qu’il faut pour pouvoir dire les mots tout haut les acheter et les avaler avant de les prononcer. Or, quels mots choisir, comment prendre la bonne décision en écartant les mots inutiles pour aller à l’essentiel quand on veut déclarer sa flamme? C’est la situation à laquelle se voit confronté Philéas. Pas question qu’il fasse un mauvais choix de mots pour dire à Cybelle qu’il l’aime!

Toute la force évocatrice des mots est suggérée, de même que la superficialité de certains autres, dans cet album qui donne aux enfants le goût des mots, des mots justes, quand il est temps — entre autres — de transmettre un message important qui ne peut laisser planer aucun doute quant à sa teneur. Ce qui nous donne un album irrésistible tant à cause du texte lui-même que pour les images époustouflantes d’une ville où les ombres jouent avec les lumières.

Un album qui devrait plaire à bien des enfants, des petits comme des grands… et qu’une certaine grand-mère de ma connaissance offrira sûrement à son petit-fils.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

La grande fabrique de mots a reçu le prix littéraire de la Citoyenneté 2010-2011 remis par l’Inspection Académique et la Fédération des Œuvres Laïques du Maine et Loire et le prix Papillotes 2010.
logo-challenge-tous-prix Titre valable pour le Challenge à tous prix