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Duo de choc

Si Paul et Marianne n’avaient pas été des as, ils ne se seraient probablement pas rencontrés lors d’un téléthon où ils ont tous les deux été invités afin de montrer à quel point ils sont doués l’un et l’autre, Paul pour le piano et Marianne pour les échecs. Or, si l’un et l’autre aiment bien la gloire qui se rattache à leurs talents respectifs, ils n’apprécient pas vraiment d’être traités comme des bêtes de cirque. Surtout Paul, qui donne de nombreux concerts annuellement et que son père a embarqué dans une aventures des plus folles où il sert de faire-valoir à… une voiture.

Il y a des limites à tout, quand même!

Ce nouvel excès poussera les deux enfants d’une dizaine d’années à mentir aux leurs afin de se réserver du temps pour eux deux sans surveillance parentale, sans répétition et sans démonstration. Pour respirer, quoi! Or, de fil en aiguille, l’après-midi va s’étirer et devenir une fugue où chacun va à tour de rôle prendre la tête — comme dans une fugue de Bach — jusqu’à ce que, ensemble, d’un seul accord, ils décident de mettre fin à l’aventure, parce que, finalement, ce n’est pas si facile que ça d’être autonome à dix ans.

Mais la leçon que vont en tirer leurs parents valait l’expérience. Il y a autre chose dans la vie que le besoin de se faire valoir à n’importe quel prix. Il y a, entre autres, l’amitié.

De deux petits génies, Vincent Lauzon, avec Do, ré, mi, échec et mat, a su faire deux enfants comme les autres. Des enfants qui ont des rêves et qui aiment rire et s’amuser. Des enfants qui ressemblent aux jeunes lecteurs. Même les plus talentueux.

Serait-ce là un message pour nombre de parents qui misent trop sur leurs enfants et ont oublié l’essentiel? Peut-être bien.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Un album essentiel

Certains livres sont si beaux, si empreints d’humanisme qu’on aurait envie qu’il y en ait davantage comme eux. C’est le cas du très bel album que signe la Polonaise Iwona Chmielewska, Le journal de Blumka, lequel relate la vie de tous les jours à l’orphelinat fondé par le pédiatre Janusz Korczak. Grand défenseur des droits des enfants bien avant l’existence de la Déclaration des droits des enfants de l’ONU, laquelle date de 1959, Janus Korczak a suivi les enfants dans la mort. En effet, pas question d’abandonner ces petits pour lesquels il s’était battu, ces orphelins qu’il avait aimés, écoutés, respectés et encouragés à devenir meilleurs, à l’heure où un train vers Treblinka les attendait pour leur ultime voyage.

Cette histoire nous est racontée par Blumka, laquelle, en toute simplicité et avec ses mots d’enfant, nous parle de ce qu’elle vit, de ce qu’elle ressent, des autres enfants, de leurs habitudes, des remarques que leur adresse le médecin afin de faire d’eux des adultes tolérants et humains. Elle nous est aussi racontée en images, Iwona Chmielewska étant aussi illustratrice, grâce à des illustrations toutes douces eu un peu vieillottes pour respecter l’époque, des illustrations où domine le bleu.

Cela donne un album exceptionnel, une belle initiation au respect auquel tout enfant a droit, peu importe l’endroit où il est né, nonobstant la religion dans laquelle il est élevé et les conditions sociales de sa famille. Un album qui a une vision tout autant qu’un propos. Un album que tout enseignant du primaire devrait avoir dans sa classe. Entre autres.

Car Le journal de Blumka est, à mes yeux, un album essentiel.

Homère et la conséquence de ses actes

Comme Eva Kavian fait partie des rares écrivains en mesure de m’émouvoir à tous les coups, qu’elle écrive de la fiction pour les jeunes ou les adultes, ou de la poésie, j’ai du mal à être objective quand il m’arrive de parler de ses livres.

Je me suis donc plongée dans La conséquence de mes actes, son plus récent roman destiné aux adolescents, en sachant qu’il allait me plaire, peu importe ce que l’écrivaine belge — que je me promets de rencontrer un jour — allait me raconter. Or, il ne m’a pas fallu plus de deux pages pour que je mette tout de côté et dévore sans presque m’arrêter La conséquence de mes actes, qui relate avec beaucoup de sensibilité et d’humour, deux caractéristiques propres à tous les livres d’Eva Kavian, ce qui est arrivé dans les derniers mois à Homère Kisch, presque seize ans. Des événements dont il est le seul responsable (à part le départ de sa mère), d’où le titre du roman.

La conséquence de mes actes, c’est aussi le thème imposé pour son devoir de vacances de français. Comme si tout s’additionnait pour que l’adolescent fasse le bilan de sa vie. Aîné d’une famille de quatre enfants passablement plus jeunes que lui, Homère, accro à l’ordinateur et aux gazouillis (tweets, pour les francophones hors Québec), voit les événements s’enchaîner à toute vitesse dès la création d’un profil pour son père sur un site de rencontres. Le bibliothécaire et spécialiste de mythologie, qui a donné à ses enfants des prénoms rares (Homère, Ulysse, Priam et Cassandra) a, maintenant qu’il semble avoir réussi à organiser sa vie après sa séparation (sa femme étant tombée amoureuse d’une des amies du couple), l’envie de voir s’il est encore potentiellement attirant pour la gent féminine.

Eh oui! C’est même l’orthodontiste du jeune garçon qui va jeter son dévolu sur son père. Misère de misère! Et ce n’est là que le début des ennuis… Et même d’une montagne de problèmes de toutes sortes qui font faire réaliser à Homère à quel point il faut savoir mesurer la portée de certains gestes.

Cela donne un roman où la tendresse et l’amour viennent à bout de conflits, de méprises et d’erreurs de calcul, qui trouvent leur issue dans quelques scènes souvent humoristiques. Pour le plus grand plaisir des lecteurs qui ont été conquis par la spontanéité de cet Homère bien de sa génération.

La conséquence de mes actes : un héros attachant, une écriture alerte, un roman irrésistible.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Augustin l’amoureux des livres

Autant j’ai aimé le personnage inventé par Ingrid Chabbert et sa façon toute poétique de nous le raconter, autant je n’ai guère apprécié les illustrations d’Amélie Callot. Parce qu’Augustin fait trop « fillette »? Parce qu’il a des lunettes à la Harry Potter? Va savoir. Il n’y a guère de demi-mesure en matière d’illustration : on n’aime ou on n’aime pas.

Or, l’histoire d’Augustin l’amoureux des livres est si belle que je ne peux que vous conseiller cet album si vous avez un amoureux des livres dans votre entourage ou si vous êtes un incorrigible bibliophile et manquez de place pour ranger vos trésors comme ce pauvre Augustin pour qui c’est devenu un problème. Il n’y a plus du tout de place dans sa maison pour ranger le moindre nouveau livre.

Pour celui qui les collectionne avec amour et dont la maison contient « … des petits et des très gros,des vieux comme l’aube du monde, des minuscules aussi grands qu’un papillon et des tout neufs avec encore l’étiquette », c’est là un véritable problème. Car depuis toujours, en tout lieu et en toute saison, ils ont été là. Avec lui. Pour lui. Constamment. Et puis, les livres lui ont tant appris toutes ces années. Il ne peut absolument pas se défaire d’eux. À moins que…

C’est cette idée que nous livre Ingrid Chabbert. Une idée inspirante. Une idée à faire sienne et à diffuser. Une idée qui donne leur valeur aux livres non pas en tant que possessions, mais en termes de ce à quoi ils sont destinés : inspirer.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Le parapluie de Madame Hô

C’est un joli livre. Presque tout vert. Un peu rouge. Un peu noir. Un livre sur un parapluie vert. Sur madame Hô qui porte un kimono et une fleur dans ses cheveux.

C’est un livre qui parle du vent, du parapluie qui s’envole et qui termine sa course dans le jardin de quelqu’un. C’est l’histoire d’une rencontre. Du destin au rendez-vous à cause d’un parapluie.

C’est un album pour les tout-petits. Avec de bien jolies illustrations de Martine Perrin, architecte de formation, qui n’ont rien à envier aux lignes des albums japonais.

C’est un album avec des carrés, des fenêtres, des images qui en dissimulent ou en révèlent d’autres. C’est un album sur la pluie. Un album sur les rêves qu’on ne pensait pas avoir avant qu’ils ne se concrétisent.

C’est une belle histoire signée Agnès de Lestrade. Une histoire qui donne envie de ne jamais sortir sans son parapluie.

Tatiana au pays du vent

C’est un livre plein de tendresse, un livre dont se dégage un sens profond du partage et de l’entraide, un livre où dominent les valeurs humaines et où sont exposés les effets de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl sur une famille du Bélarus. Un livre où il est question d’amour et d’amitié. Un livre qui saura attendrir plus d’un lecteur.

Tel est le premier roman de Marie Lasnier, Tatiana au pays du vent, dont l’héroïne, originaire du Bélarus, passe un troisième d’été chez les Belzile, au cœur de la Gaspésie. Question de se refaire une santé. De retrouver des couleurs. De prendre un peu de poids. Grâce à une association internationale venue en aide aux enfants directement touchés par l’explosion.

C’est le cas de la blonde Tatiana — dont le père a perdu la vie dans cette mésaventure — qui est souvent fatiguée à cause de son système immunitaire déficient, ceci dû aux radiations, mais dont elle ne veut pas parler. Surtout pas à Yvan, le nouveau voisin des Belzile, si gentil et si prévenant, duquel elle devient rapidement inséparable.

Tatiana porte une tare. Ainsi voit-elle les choses, alors qu’elle est une victime innocente de la négligence des hommes, laquelle a eu, a encore et aura encore longtemps des répercussions sur une grande partie de la population de cette région qui a été tout simplement sacrifiée au profit d’expérimentations néfastes et dévastatrices.

Le roman, qui ne met pas en scène la catastrophe elle-même mais ses répercussions, soulève tout de même suffisamment de questions pour pousser le jeune lecteur à se renseigner. Deux fois plutôt qu’une, car le père d’Yvan dirige un chantier dont l’activité est l’installation d’éoliennes dans la région. Tatiana au pays du vent est donc aussi un roman écologique et social.

Inutile de vous dire que j’ai beaucoup apprécié ma lecture, vous l’aurez deviné. J’ai toujours eu un faible pour les histoires qui finissent bien et c’est le cas. Mais chut, je ne vous raconterai pas la fin. Je préfère vous la laisser découvrir…

Titre pour le Défi Premier Roman

Magie au rendez-vous

Certains livres sont si beaux et si poétiques que, quand on les ferme, on n’a plus qu’une seule envie : les à nouveau. C’est ce qui m’est arrivé avec La Vallée des Moulins, album imaginé par Noelia Blanco, née en Argentine et Lyonnaise d’adoption, dont le parcours (philosophie, littérature, musique) a trouvé son aboutissement dans des voies aussi diverses que le métier de conteuse et celui de professeur de musique.

Du coup, il n’y avait plus qu’un pas à franchir pour passer du conte dit au conte écrit et en cela l’année 2013 a été décisive. Ce n’est pas un album jeunesse qui a vu le jour depuis janvier, mais trois, dans trois langues différentes. Belle entrée pour celle qui a travaillé de concert avec l’illustratrice Valeria Docampo, laquelle est elle aussi originaire de Buenos Aires et vit aussi à Lyon, pour la conception de La Vallée des Moulins. Un endroit où on a cessé de rêver depuis l’arrivée des Machines Parfaites chargées de tout rendre… parfait.

Il suffit maintenant d’appuyer sur un bouton pour que tout devienne parfait. Rien de moins. Qui oserait rêver dans ces conditions et faire un vœu quand il voit une étoile filante passer dans le ciel? Qui? Personne? Ce n’est pas si sûr. Il y a à la fenêtre Anna, la couturière du village qui aspire à autre chose que cette perfection. Il y a aussi l’Homme Oiseau. Qui rêve de voler. Et s’ils s’alliaient afin que ce rêve prenne forme? Et s’il suffisait de coudre le vêtement qui se prête au décollage?

Laissez Noelia vous raconter l’histoire. Laissez Valeria vous la dessiner. La magie sera au rendez-vous. Je vous l’assure. Un album à offrir aux rêveurs. Et aux autres.

Le cri d’Imatvaluk

Avec Mon île blessée, Jacques Pasquet aborde un sujet rarement exploité dans la littérature jeunesse, soit le réchauffement climatique. Et pourtant, ce sujet d’actualité mérite qu’on lui accorde une place de choix ailleurs que dans les médias et dans des essais très sérieux, loin des oreilles et des yeux des adultes de demain. Car c’est dès maintenant qu’il faut faire prendre conscience aux jeunes de ce qui est déjà en cours. Tout de suite qu’il faut leur parler de glaciers qui fondent.

C’est pourquoi l’album Mon île blessée est un titre important et nécessaire à l’heure où il nous faut nous impliquer et demander des lois et des gestes concrets de la part des instances gouvernementales, et l’appui des citoyens dans ce dossier « chaud » (toutes mes excuses pour le jeu de mots).

Le cri d’Imatvaluk, jeune Inuit vivant sur une minuscule île près du cercle polaire, quelque part entre la Russie et l’Alaska, est un véritable appel au secours afin de sensibiliser les plus jeunes. Quel enfant, en effet, ne se sentira pas interpellé en constatant la détresse d’une petite fille dont la maison doit être déplacée parce que l’île sur laquelle elle est posée est grugée de toutes parts par un terrible monstre né du réchauffement de la planète?

Jacques Pasquet sait à la fois toucher et expliquer. Marion Arbona, quant à elle, a su créer le temps de quelques planches des personnages dont on s’éprend immédiatement et des scènes qui font écho à ce que vit la jeune Inuit, dont l’univers est en train de basculer. Un superbe album.

Le roi qui demandait la lune

C’est un album où le bleu domine que propose Éric Battut avec Le roi qui demandait la lune, lequel met en scène — bien évidemment — un roi. Un roi qui rêve de savoir ce qui se passe là-haut, de connaître les habitants de cette planète qui tourne autour de la sienne et qui est prêt à s’y rendre coûte à coûte et ;a emprunter tous les moyens pour le faire. Mais montgolfière et canon propulseur n’arriveront pas à réaliser le souhait le plus cher du monarque.

Mais il y a bien une façon de visiter l’astre de la nuit. Une manière que nous connaissons tous et que nous utilisons à l’occasion. Une manière presque sans danger sauf lorsqu’il est question de remettre les pieds sur terre. Certains atterrissages peuvent en effet se révéler assez brutaux à l’occasion.

C’est cette façon de voyager qu’Éric Battut a choisi pour le roi. Je parie que vous aurez envie de l’accompagner. Car, voyez-vous, c’est mon cas.

Un bandit sympathique

Robin n’est pas un ange. Ce serait même plutôt le contraire. Nous l’apprenons dès les premières pages alors qu’il vient tout juste de voler la caisse du dépanneur. Ce n’est pas vraiment pour mal faire ni même pour profiter de ses larcins, mais par défi, par jeu, par envie d’adrénaline. Surtout que jamais jusqu’ici on ne l’a coincé. Mais cette fois-ci sera-t-elle identique aux précédentes ou Robin aura-t-il moins de chance? Les sirènes qui se rapprochent laissent présumer le pire pour le garçon de douze ans.

Ouf! Sauvé par une idée de dernière minute! Mais pas sauvé tout à fait de son vice, car Robin ressent une telle vocation pour la vie de voleur qu’il ne s’imagine pas une seconde la mettre de côté tant elle est attrayante et excitante. Et puis, quelle vie choisir si ce n’est celle-là?

Un concours de circonstances lui fera découvrir ce qui se passe véritablement dans son école. Car il n’est pas le seul malfaiteur dans le coin. Quelqu’un intimide les autres, un autre fait du recel. Ce qui semble à ses yeux beaucoup plus grave que ses propres crimes puisque dans les deux cas ce sont des jeunes qui sont les victimes. Une seule solution s’impose donc à l’esprit de Robin : il sera justicier. Comme Robin de Bois, dont il porte presque le nom. Il rendra aux détroussés leur bien et fera en sorte que cesse le taxage.

Mais pour cela, il lui sera nécessaire de faire preuve d’un peu de laxisme en ce qui concerne l’honnêteté et de contourner certaines lois. On ne venge pas les lésés sans leur servir la même médecine.

En mettant en scène un héros qui ne possède pas les attributs de ceux qu’on trouve habituellement dans les romans jeunesse, le premier roman de Geneviève Guilbault pourra sans doute déplaire à certains parents et enseignants qui verront là un mauvais exemple. Pourtant, l’auteure ne fait pas l’apologie du vol à la tire ou des entrées par effraction. Elle ne fait que constater la prise de conscience d’un adolescent mal barré. Aux lecteurs et lectrices de faire la part des choses et de voir dans quelle mesure les gestes de Robin sont louables ou à proscrire quand il passe de malfaiteur à justicier.

Pour le reste, en dehors du fait qu’il existe déjà un Robin Dubois dans le monde de la bande dessinée, de plus créé par Turk et De Groot, à qui on doit Léonard — ce qui à mon avis constitue un mauvais choix pour le nom de personnage — et le fait que le cousin de Robin porte deux prénoms (Baptiste et Bastien), ce premier roman destiné aux 8 à 12 ans tient la route et offre quelques scènes attendrissantes alors que se dévoilent petit à peu les autres personnages et les raisons qui ont poussé Robin vers le banditisme.

Chaque enfant apprend par l’exemple. Geneviève Guilbault ne l’écrit pas noir sur blanc.
Au lecteur de le lire entre les lignes.

Titre pour le Défi Premier Roman

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