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Regarde, un livre!

Il y a très peu de texte dans Regarde, le livre! Vraiment très peu. Peut-être même une centaine de mots seulement. Mais chacun de ces mots a tellement de poids que quand l’enfant ferme le livre, il comprend à quel point il faut prendre soin des livres. De plus, il se réjouit du fait qu’un livre peut être lu et relu et encore relu, seul ou à plusieurs, ce qui, en quelque sorte, le rend éternel et chaque fois différent.

En fait, c’est sur les illustrations que repose grandement l’album de l’Australienne Libby Gleason. Des illustrations de Freya Blackwood toutes si douces qu’on aurait envie de prendre dans nos bras les personnages qu’elle a dessinés pour cet album hommage aux livres et à leur importance. Un album d’autant plus sympathique que le livre dont il est question dans Regarde, un livre! est justement celui que le lecteur a en main.

À offrir. Sans modération.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Une toute petite chose

C’est une petite chose. Une toute petite chose. Une chose qu’il a trouvée par terre et dont il espère beaucoup. Car cette petite chose ne peut pas rester ainsi. Elle va se transformer, il en a la certitude. Peut-être qu’elle va devenir un enfant pour qui il installera une balançoire. Ou une dame avec qui il pourra partager un banc. Ou un monsieur comme lui avec qui il pourra jouer aux échecs. Ou même un chien à qui lancer la balle. Pourquoi pas?

Le monsieur a tant envie de ne plus être seul.

Mais la chose ne se modifie pas. Elle reste une toute petite chose insensible à ce que le monsieur lui lit. Nullement intéressée par les films à la télé. Muette, même si elle est bien au chaud dans une boîte d’allumettes.

Décidément, il n’y a rien à faire de cette chose inutile. Il n’y a plus qu’à la jeter et à ne plus rien espérer de la vie. Ni des gens.

Vraiment? Et si la toute petite chose était une graine qui attendait un peu de terre, de la pluie et du soleil pour devenir un arbre qui tiendrait compagnie au monsieur devenu vieux?

Anne-Gaëlle Balpe a eu là une magnifique idée. Gabriel Alborozo a ajouté les couleurs aux mots.

L’enfant qui dessinait les chats

Certains albums sont d’une telle beauté que chacune de ses illustrations pourrait être encadrée. C’est le cas de L’enfant qui dessinait les chats, écrit par Arthur A. Levine et illustré par Frédéric Clément, de main de maître et avec la sensibilité qu’on lui connaît et que nous avons pu apprécier dans d’autres albums, notamment Le livre épuisé, Le peintre et les cygnes sauvages et Le luthier de Venise.

Le héros de L’enfant qui dessinait les chats est un jeune garçon que sa famille ne peut pas nourrir et que sa mère confie à des sages afin qu’il en fasse un prêtre. Mais tout ce que l’enfant aime dans la vie, c’est de dessiner. Des chats. Ce qui le fera renvoyer du monastère où il avait trouvé refuge. Dessiner des chats n’est d’aucune utilité dans un tel lieu. Mais ailleurs?

C’est ce que nous propose cet album que Frédéric Clément dédie à Hokusai où il est question du rôle de chacun dans la société. Et qui nous rappelle que tous les gestes comptent, pas juste les plus remarquables, et aussi que les artistes contribuent à leur façon à rendre le monde meilleur, ce que bien des dirigeants ont tendance à oublier.

Marie Solitude

Marie aime bien être seule, faire des activités qui ne demandent nullement de se faire à deux ou à plusieurs, et recherche même celles-ci, au grand désarroi de ses parents. Ceux-ci sont tellement entourés d’amis qu’ils ne comprennent pas comment leur fille unique peut préférer la solitude. Il faut donc remédier à ce « problème » par tous les moyens. Mais Marie n’apprécie pas qu’on prenne trop de place et qu’on nuise à son imagination.

Toutes les tentatives visant à ce que leur fille se sociabilise se soldent par un échec cuisant. Marie est bien… toute seule. Et pas autrement. Enfin, pas tout à fait. Il suffisait de lui trouver l’ami idéal : un chat.

Nathalie Ferraris propose un regard sur ces enfants qui fonctionnent bien (voire mieux) seuls plutôt qu’accompagnés. Souvent pointés du doigt, parce qu’on les imagine un jour ermites ou même pires, ces enfant n’ont pourtant rien d’effrayant ou d’anormal. Je le dis haut et fort, puisque j’étais ainsi. Mais heureusement, ma mère a vite compris à qui elle avait affaire après un anniversaire souligné avec faste et nombreux invités. Les bougies soufflées, le gâteau mangé, les cadeaux déballés, je lui avais demandé à quelle heure ceux-ci allaient s’en aller. Je les avais assez vus. Ce fut la seule fois qu’elle me fêta.

C’est donc dire à quel point je me suis reconnue dans Marie Solitude. Je n’ai pas beaucoup changé depuis mes trois ans. J’ai juste appris à dompter mes instincts de sauvageonne et à équilibrer par un dosage qui me convient le temps passé en duo ou en groupe, et celui passé toute seule. Et je crois que ça marche. Personne ne sait qu’un certain seuil franchi je deviens une grincheuse malcommode. Je sais partir avant que ça n’arrive. Comme Marie Solitude. Que bien de parents, et pas seulement des enfants, devraient lire. Aimer la solitude n’est pas une tare.

Un ballon qui va loin!

Quand le ballon frappé par Jimmy, le meilleur footballeur du monde, atterrit au pôle Nord, c’est le début d’une extraordinaire aventure pour Pirmi qui n’a jamais vu une telle chose et qui imagine celle-ci tombée de la Lune parce qu’elle en a la forme. Comme un cadeau. Un cadeau unique et exceptionnel. Mais que faire d’une boule qui s’envole au moindre coup de vent, sur laquelle on ne peut pas s’asseoir sans tomber par terre et qui ne peut en aucun cas remplacer la peluche avec laquelle on dort? Jouer!

C’est ce que feront Pirmi et ses amis dans cette jolie aventure illustrée par Émile Jadoul, à la fois illustrateur et auteur, à qui on doit un grand nombre d’albums, notamment à l’école des loisirs. Une aventure qui donnerait presque envie de jouer au football. Presque, j’ai dit.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Ava et son père

Vous arrive-t-il d’avoir un vrai de vrai de gros coup de cœur pour un livre? De temps en temps? C’est la même chose pour moi. Je n’ai pas souvent d’énormes coups de foudre, mais là c’est le cas. C’est que je viens juste de terminer la lecture de Comment j’ai connu papa, un roman de Séverine Vidal pour les 8 à 12 ans, lequel met en scène Ava, dix ans, et son papa dont elle vient tout juste de faire la connaissance, alors qu’il a toujours été là. Pas loin. À la regarder jouer au parc. À tout savoir d’elle sans qu’elle le sache, car Josefa, sa tante, a été en contact avec Antoine toutes ces années où Hélène a raconté à Ava que son père vivait en Australie et qu’il l’avait abandonnée enceinte. Même si ce n’était pas tout à fait la vérité.

L’Australie était bien pour quelque chose dans l’histoire. Antoine y a passé quelques semaines de vacances. Avant son départ, Hélène et lui se voyaient. S’aimaient peut-être. Mais Antoine a rencontré Mary en Australie. Et Hélène a choisi de taire sa grossesse et de disparaître. Quand il a appris l’existence d’Ava par l’entremise de Josefa, sa fille avait trois mois et pour Hélène, pas question que celui qui lui avait préféré une autre ait des droits sur SA fille.

Antoine a donc regardé sa fille grandir. Sans jamais manifester sa présence sinon que par une peluche supposément offerte par Josefa, mais qui, en réalité, venait de lui. Sans jamais même tenter de modifier la situation. Se disant que la vie se chargerait bien de réunir père et fille. Un jour.

Et ce jour est enfin arrivé. Ava a en effet tellement questionné sa tante que celle-ci a fini par lâcher le morceau. Et père et fille se rencontrent enfin. S’apprécient. S’aiment.

De plus, Antoine est parfait. Tout ce dont elle a toujours rêvé.

Mais comment avouer à Hélène qu’elle connaît enfin son père, qu’elle a un demi-frère et une demi-sœur, qu’elle s’entend bien avec la femme de son père et qu’elle veut même partir en vacances avec eux tous?

Grâce à l’humour, Séverine Vidal réussit à désamorcer un sujet grave, celui des enfants qui ne connaissent pas leur père. Et cela donne un beau livre, un très beau livre, auquel on pourrait reprocher des gens trop parfaits, trop accueillants. Mais pourquoi le faire et bouder son plaisir?

Est-ce que vous m’aimerez encore…?

Est-ce que vous m’aimerez encore…? C’est la question que se pose le personnage de cet album destiné aux tout-petits et portant sur la séparation quand il comprend que ses parents ne s’aiment plus, malgré qu’ils aient promis de s’aimer toujours. Même si toujours, c’est vraiment très long.

C’est que, comme lui explique la voisine quand l’enfant décide de s’enfuir pour échapper aux cris et qu’elle le croise dans l’escalier, la petite graine qu’ils ont semée et qu’on appelle l’amour a germé, est devenue une magnifique fleur… mais s’est fanée. Or, une fleur fanée ne redevient jamais une graine. On a beau essayer. Une fleur fanée sera toujours une fleur fanée.

Belle façon d’expliquer les choses que celle choisie par Laure Cohen qui a privilégié l’économie de mots et la simplicité aux longues explications pour cet album joliment illustré par Cécile Vangout, laquelle a misé sur le rouge pour mettre en valeur les quelques scènes, ce qui rend celles-ci beaucoup moins sombres.

« Autrefois, mon papa et ma maman… avaient plein de cœurs dans leurs yeux », nous dit l’enfant quand il entend une fois de plus ses parents se disputer. Des cœurs plein les yeux, vous en aurez aussi à la lecture de cet album. Vous en aurez aussi quand viendra le temps de répondre OUI à la question posée par l’enfant. Et d’autres encore quand vous l’offrirez à quelqu’un qui en a bien besoin.

Un pays de rêve!

J’ai eu un tel coup de foudre pour l’album Barbouillette de Michèle Marineau que j’avais hâte de connaître la suite des aventures de Pétronille, son héroïne. Et quel formidable album que Pétillo!, qui entraîne ses lecteurs dans un pays imaginaire qui porte ce nom. Un pays imaginé par Pétronille qui adore dessiner sur les murs, un pays qu’elle a ajouté à la carte du monde du mur de la salle de bains. Un pays qui finit par exister. Un pays dont le nom apparaît maintenant dans le dictionnaire. Un pays où atterrissent les avions. Un pays où règne Pétronille 1re. Et où son conseiller n’est nul autre que Caméléon, son chien.

Un pays de rêve pour celle qui l’a créé puisque tout n’y est que plaisir et plaisirs, comme elle le découvre dès son arrivée sur place en compagnie de sa famille. Un pays dont peut être fière sa créatrice tant il est parfait.

Mais il faut bien un jour rentrer chez soi, même si Pétillo est un pays fabuleux. Un pays qui existe pour ceux qui y croient. Après tout, il est bel et bien sur une carte du monde…

Un album qui donne envie de voyager et de dessiner sur les murs. À offrir sans modération avec des crayons de couleur dont les traces peuvent se laver facilement. Au cas où une Pétronille sommeillerait dans celui ou celle à qui vous l’offrirez.

La petite vieille du rez-de-chaussée

Si vous me ressemblez un peu, vous allez craquer pour La petite vieille du rez-de chaussée. Vous la voudrez même pour voisine. C’est si agréable quelqu’un qui vous donne le bras pour traverser la rue. Car c’est ce qu’elle fait la voisine du rez-de-chaussée. Même si elle ne vous connaît pas. Que vous soyez jeune ou pas. Et même si vous avez les cheveux verts. Tout ce qu’elle veut, c’est votre bras. Pas longtemps. Juste le temps de traverser la rue dans un sens puis dans l’autre. C’est que la dame du rez-de-chaussée, même si elle n’est plus aussi rapide et téméraire que dans sa jeunesse, aime bien sortir tous les jours pour faire ses courses.

Elle ne vous a pas encore saisi le bras au vol? Vous ne l’avez jamais vue en action? Elle est pourtant rapide, la petite dame. En moins de deux, elle se pend à votre bras en souriant et ne vous lâche pas avant d’avoir atteint le trottoir d’en face.

Enfin, d’habitude. Aujourd’hui, quelqu’un lui a refusé son aide avec tant de rudesse et de méchanceté qu’elle est restée bouchée et figée, clouée au sol. En état de choc. Incapable de faire le moindre mouvement. Ce qui va attirer les gens du quartier qui la connaissent et surtout une famille qui habite le même immeuble qu’elle. Tous leurs essais semblent vains pour la sortir de cet engourdissement qui se prolonge. Mais la vieille dame de l’immeuble n’est plus en mesure de s’exprimer verbalement ou physiquement. Il faut décidément faire appel au médecin, lequel saura exactement ce qu’il faut faire pour que cesse cette torpeur.

Il va sans dire que chacun tirera profit de cette expérience et que tout est bien qui finit bien. Mais ce n’est pas sans qu’une réflexion s’impose sur le rôle de chacun dans nos sociétés où trop de personnes âgées et seules sont livrées à elles-mêmes alors qu’elles pourraient tant apporter à autrui.

Un bel album. Sensible. Émouvant. Superbement illustré par Ian De Haes.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Tout là-haut

Imaginez une petite fille qui marche sur un fil sa poupée à la main. Imaginez les pays qu’elle traverse, les gens qui la regardent. Imaginez que rien ne l’arrête dans sa course et que beau temps, mauvais temps, elle va là où son fil va, sans savoir où cela la mènera. Imaginez-la, confiante en la vie.

Imaginez toutes ces choses à découvrir. Plus loin. Toujours plus loin. Au delà d’une montagne ou d’une rivière. Imaginez au bout du fil une rencontre. La raison de cette longue marche. Comme si le destin attendait son heure.

Imaginez tout cela. Puis ouvrez Tout là-haut, le magnifique album de l’auteure belge Inge Van Gestel qu’a illustré Jan-Marie Oriot. Coup de foudre garanti.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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