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Un ascenseur comme on en voudrait un!

Les enfants fascinés par les vitrines miniatures (comme je le suis) auront probablement le coup de foudre pour l’album Mon ascenseur, signé Mel et Elvine, publié à L’élan vert, lequel raconte les aventures d’un jeune garçon qui adore l’ascenseur de son immeuble. Il faut dire que l’immeuble est composé de dix-huit étages et qu’il abrite des gens très différents les uns des autres… Une descente ou une montée avec ceux-ci nous permettent de faire connaissance avec eux au fil des pages alors qu’ils nous sont décrits et parfois montrés, ainsi que les objets qui les définissent.

Le résultat est un album souriant, coloré, où l’imagination et l’imaginaire prennent toute la place, pour le plus grand plaisir du lecteur qui accompagne dans ses déplacements le jeune héros. L’ascenseur devient tour à tour une boîte à sardines, un vaisseau spatial, une machine à remonter le temps, un sous-marin et même une boîte aux lettres, tandis que chacune des planches offre des détails qui peuvent occuper des heures et des heures!

En fait, Mel (pour les mots) et Elvine (pour les illustrations) ont créé avec cet album un ascenseur comme on en voudrait un!

Le mot sans lequel rien n’existe

Ouvrir un livre dont on a aimé le titre et l’illustration de la couverture est toujours un moment très spécial, parfois même empreint de fébrilité, selon les attentes suscitées. D’ailleurs, c’est un peu ce à quoi j’ai été confrontée avec Le mot sans lequel rien n’existe, un album écrit par Claude Clément et illustré par Sylvie Montmoulineix, qui a attiré mon attention par son titre sur la tranche. Un livre qui m’a d’emblée séduite par la beauté de ses illustrations et par le fait que le « héros » du livre est un livre. Un livre abandonné sur une plage et auquel un oiseau emprunte quelques mots qu’il sème au hasard de ses voyages afin de combler les manques et de guérir les maux. Jusqu’à ce que celui-ci, après avoir déposé tous les mots qu’il avait emportés avec lui dans ses pérégrinations, se rende compte qu’il y a pour contrer les petites et grandes peurs, les guerres de toutes sortes, les écarts entre les privilégiés et ceux qui ne le sont pas, les conditions déplorables dans lesquelles certains vivent, les disparités qui ne devraient pas exister, les erreurs dont l’importance est variable, les effets malheureux de situations parfois irréversibles, un mot. Un seul mot. Un mot tout simple. Un mot que tout le monde connaît. Un mot qui fait briller les yeux et ouvrir les bras.

Ce mot, ce mot de cinq lettres, sans lequel rien n’a existé, n’existe et n’existera, est l’objet de ce magnifique album qui constitue une porte ouverte au débat et aux questions entourant toutes les inégalités et les injustices dont sont victimes enfants et adultes du monde entier.

Le mot sans lequel rien n’existe : un album poétique et artistique, publié en collaboration par les éditions de la Martinière et Amnistie Internationale, que tout enfant devrait posséder.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Quand l’amour s’en mail

L’écrivain d’origine belge Jean-Marie Defossez a beaucoup écrit pour la jeunesse. Il a même reçu plusieurs prix littéraires pour Les Arckans. Et pourtant, rien ne le prédestinait à l’écriture. De docteur en zoologie, pour accéder à son rêve de gamin de devenir un « savant », il a quitté le monde des sciences et est devenu écrivain afin de devenir un « disant ». Et ce, il y a environ dix ans.

Je n’avais jamais entendu parler de lui avant de mettre la main, tout à fait par hasard, sur Quand l’amour s’en mail, un roman destiné à un lectorat adolescent. Et féminin, ai-je envie d’ajouter, puisqu’il me semble plutôt impossible que des garçons puissent être intéressés par cette histoire de filles qui met en scène Claire, quinze ans, laquelle rêve de ne plus être laissée pour compte malgré sa timidité et choisit de fréquenter les salles de clavardage afin de tenter de rencontrer celui qui va lui permettre de sortir de sa coquille.

Mais ce n’est pas parce qu’elle est en mesure de vaincre sa timidité maladive en se dissimulant derrière un écran qu’elle est en mesure de franchir le pas et de sortir du virtuel.

Hésitations, déceptions, erreurs de parcours, rencontres organisées, cœur qui s’emballe, peurs, mises au point, rêves (qui peuvent sembler impossibles), tout est là pour tenir la jeune lectrice en haleine et lui rappeler de ne pas faire confiance à tous et de garder les yeux ouverts sur le réel et ceux qui en font partie. Un livre qui ne changera pas le cours de la littérature jeunesse, mais qui se lit avec plaisir. Parce qu’il y a dans beaucoup de jeunes filles une Claire qui sommeille.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Sur les quais

Vous aimerez Lisbeth, dont la vie a basculé en même temps que celle de sa mère, lorsque son père a péri dans un accident de voiture, mais qui a choisi de vivre, coûte que coûte, malgré le chagrin, alors que sa mère s’enlise chaque jour plus profondément dans une dépression qui a pris toute la place.

Vous aimerez Jeanne et ses trois frères, dont Bidouille, pour qui elle a une tendresse bien spéciale, dont le quotidien n’est pas toujours des plus simples avec une mère qui joue trop les copines et pas assez les mères.

Vous aimerez la rencontre entre Jeanne et Lisbeth, les quelques heures d »école buissonnière qu’elles partageront, les secrets échangés sur les quais, endroit qui sert de refuge à Jeanne et que celle-ci fait découvrir à sa nouvelle amie. Vous aimerez leur complicité et la solidarité dont elles feront preuve à tout moment.

Vous aimerez que la parole soit donnée à chacune, à tour de rôle, leurs voix se faisant écho de ce qui leur arrive à toutes deux et les bouleverse alors qu’elles ne s’y attendaient pas.

Vous aimerez le regard que posent Anne Loyer et Ingrid Chabbert sur l’adolescence, ses difficultés, ses doutes et ses amours. Vous aimerez Sur les quais.

Un beau sujet… mais ça s’arrête là

Il faut parfois plus qu’un beau personnage et une histoire émouvante pour écrire un beau livre. Le roman de Catherine Le Quellenec, Les enfants d’Irena Sendlerowa, en est la preuve.

L’auteure avait pourtant un beau sujet et on aurait aimé qu’Irena Sendlerowa, qui a sauvé 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie lors de la Seconde Guerre mondiale, ait beaucoup plus de place qu’elle n’en a dans ce roman destiné aux jeunes lecteurs. En effet, c’est sur les trois enfants qui ont mis à jour une bouteille — en creusant au pied d’un arbre dans la cour de leur école — que presque toute l’attention est portée. Une bouteille qui contient une liste de noms qui intéresse grandement leur institutrice qui a bien l’intention de trouver à qui et à quoi correspondent tous ces noms. Or, il ne faudra pas plus d’un avant-midi pour trouver quelqu’un dont le nom est sur la liste et pour faire connaissance avec Irena Sendlerowa.

Le livre a beau s’adresser à des jeunes, ce n’est pas une raison pour faire des coins ronds et leur faire croire qu’il est facile de retrouver la trace de gens dont le nom apparait sur une liste vieille de plus de 60 ans. Dommage. L’auteure aurait pu écrire un magnifique roman. Vraiment.

Heureusement, il existe d’autres livres sur Irena Sendlerowa (ou Sendler), dont un que je compte bien lire afin de vous en parler, mais aucun de ceux-ci n’est destiné aux jeunes à part celui de Catherine Le Quellinec.

Ma grand-mère m’a mordu

Un titre comme Ma grand-mère m’a mordu attire tout de suite l’attention. En effet, on imagine mal une grand-mère en train de mordre son petit-fils parce qu’il ne veut pas changer de chaîne de télévision alors que c’est l’heure des Chiffres et des lettres.

C’est pourtant ce qui arrive à Marcus qui raconte l’incident à son père, à ses amis, à son enseignante, lesquels décrètent presque sans exception qu’il ment pour couvrir quelqu’un quand on lui demande qui a imprimé ainsi ses dents dans sa main avec une telle force. C’est alors qu’il adhère à l’AVMV, l’Association des Victimes des Mémés Violentes, mise sur pied par sa petite voisine et ses frères, lesquels font face à une grand-mère des plus méchantes. Une seule devise : « Œil pour œil, dent pour dentier. »

Mais tout n’est pas si simple et rien ne se règle en criant des injures. En fait, un tel comportement donne à penser au père de Marcus que son fils a vraiment besoin d’une aide psychologique. Une telle propension à mentir et une telle violence dans les propos ne sont pas normales à ses yeux. Et pourtant, sa mère a mordu son fils, même s’il ne veut pas en entendre parler. Une grand-mère ne ferait jamais un geste pareil, voyons!

Quelqu’un qui a été méchant ou agressif toute sa vie ne deviendra pas un ange de douceur dans ses vieux jours. Tel est, entre autres, le propos de Ma grand-mère m’a mordu, lequel peut déranger, car il pose un regard sur les personnes du troisième âge qui n’est pas celui qu’on trouve en général dans les livres pour enfants où les grands-parents font toujours figure de héros, étant attentionnés envers les leurs et complices de leurs petits-enfants.

Or il y a des exceptions. Et cet album en parle. Parce qu’il faut parfois prendre le temps de dire certaines choses même si elles sont désagréables. Même si on préférerait qu’elles n’existent pas. Pour les régler. Ce que feront Marcus et sa grand-mère. Parce que Ma grand-mère m’a mordu finit bien. Ce qui est une bonne chose. Non?

La visite de l’écrivain

Évidemment, la visite d’un écrivain ne déclenche pas de cris d’exubérance quand elle est annoncée. Ce serait plutôt le contraire. Un écrivain, ce n’est pas très glamour. Ce n’est pas comme un présentateur de télévision ou un astronaute. Mais bon, c’est la dernière trouvaille de la maîtresse : une rencontre avec l’auteur de Frankfurt, la saucisse de l’espace.

Or, Monsieur Beloiseau est tout un oiseau! Ceux et celles qui pensaient s’ennuyer en sa compagnie vont bien vite changer d’idée tant l’écrivain est drôle. En fait, il va en trois anecdotes à peine faire la conquête de tous les élèves pour qui le temps va passer bien trop vite en compagnie de ce personnage sachant captiver son auditoire en ne se prenant pas du tout au sérieux.

Monsieur Beloiseau est un écrivain comme tous les profs en voudraient un dans leur classe. Ou du moins, tous les élèves, dans le cas d’enseignants un peu trop rigides qui pourraient ne pas apprécier le côté un peu excentrique de notre homme.

Il faut dire que l’écrivain a le sens du spectacle et qu’il ne perd pas de vue un instant son objectif de donner aux jeunes le goût de lire, d’écrire, d’apprendre. Une mission dans laquelle il excelle.

Vous aurez compris que j’ai eu un véritable coup de foudre pour La visite de l’écrivain. Un vrai de vrai! D’ailleurs, je voudrais bien un jour m’asseoir en compagnie de cet oiseau rare. Car il existe. C’est sûr. Puisque « les écrivains ne mentent jamais, a dit Maxime. Ils inventent quelquefois, c’est tout. » Je crois même qu’il ressemble à son auteur. Beloiseau et Jean-Philippe Arrou-Vignod ont tous les deux écrit un livre qui s’appelle Le camembert volant… Coïncidence?

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Les sabots rouges

Morgane sait exactement ce qu’elle veut pour son anniversaire : des sabots rouges. Car, selon ce qu’elle a appris dans un livre, les sabots rouges vous permettent de vous rendre partout, même dans des endroits qui paraissent inaccessibles, comme le paradis. Or, c’est là que veut aller à tout prix Morgane. C’est là que vit désormais sa maman qui lui manque tant. C’est donc ce qu’elle demande à son père : des sabots rouges.

Mais il n’est pas si simple que cela de trouver des sabots rouges. Luc Savarin s’en rendra bien vite compte après avoir cogné à toutes les portes dans le but de satisfaire sa fille qui en rêve tant et qui ne veut rien d’autre pour son anniversaire. Il est donc découragé. Il ne pourra pas accéder au souhait de sa fille. Mais c’est sans compter sur l’étonnant conseil qui lui sera prodigué au cours de ses recherches. C’est à lui de fabriquer ces sabots, même s’il ne sait que pétrir le pain.

Le projet aura des répercussions importantes sur la vie du père et de la fille à qui Claire manque cruellement, Morgane détruisant au fur et à mesure le travail de son père parce que, selon elle, ces sabots qu’il était en train de fabriquer, n’auraient jamais les pouvoirs de ceux dont il était question dans son livre. Mais jamais son père ne se fâche. Ni quand Morgane a jeté les sabots à la poubelle. Ni quand elle a fait des trous dedans.

Et si les sabots étaient magiques, malgré tout? Si l’amour avait asse de force pour créer l’impossible? Et si l’amour était ailleurs? Et si, le temps d’un livre, vous vous mettiez à croire à la magie et aux pouvoirs magiques de l’amour?

Le roman de Danielle Marcotte est un véritable bijou. Rien de moins. Il vous fera rire et pleurer, même si vous n’avez plus l’âge des romans jeunesse. Et aussi, il risque de vous donner envie d’une paire de sabots rouges. Si, si. C’est comme ça.

Un livre sur les livres

Je ne m’attendais pas à ça. Vraiment pas. J’avais en tête l’idée d’un roman, et rien d’autre, de facture tout à fait classique, s’adressant aux lecteurs de huit ans et plus, relatant les aventures d’une jeune lectrice, quand j’ai ouvert Myriam la dévoreuse de livres. Or, l’histoire de Myriam se termine à la page 23, alors que le livre compte 82 pages. Et c’est là son originalité.

En effet, la partie « roman » de Myriam la dévoreuse de livres sert de prétexte à l’auteure pour semer çà et là des titres de livres, qui sont tous soulignés. La deuxième partie du livre nous présente donc Les contes du chat perché, Alice au pays des merveilles, Une histoire à faire japper, Heidi, Les petites filles modèles, pour ne nommer que ces titres mentionnés dans la première partie, et leurs auteurs. Une troisième et dernière partie est constituée du vocabulaire livresque.

Vous ne serez donc pas étonnés si je vous dis que Lysette Brochu, l’auteure de Myriam la dévoreuse de livres, a été enseignante une grande partie de sa vie et qu’elle a toujours à cœur de susciter la curiosité en matière de livres chez les jeunes lecteurs. Une belle idée hélas mal servie par les Éditions du Vermillon, responsables d’une mise en page plus que bâclée, laquelle ne constitue pas une raison suffisante pour se priver du plaisir des découvertes proposées par l’auteure.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Mathilde et Aurélia

Les livres qui se déroulent à l’île de la Réunion sont si rares que, quand j’ai mis la main sur Mathilde et Aurélia d Myriam Baum lors de la récente vente d’élagage d’une bibliothèque de quartier, je n’ai pas hésité une seconde. Et il ne m’a pas fallu deux pages pour être conquise par Aurélia qui habite tout là-haut, dans la montagne et pour qui la mer est bien loin, même si elle n’est qu’à une heure de voiture. La Réunion n’a pas la taille de l’île de Madagascar, quand même!

Or, dans le cadre d’un échange scolaire, les élèves de la classe d’Aurélia sont invités à passer deux jours au bord de l’océan en compagnie des élèves d’une autre école. Le rêve… ou presque. Car Aurélia devra affronter Mathilde, la chipie de l’école, celle qui sait tout et qui n’a pas d’amis. Mais la réputation et les remarques désobligeantes de Mathilde à l’égard de tout ne décourageront pas Aurélia à la bonne humeur contagieuse. Même si un cyclone se dirige droit vers l’île mettant en péril l’escapade.

C’est souvent dans la difficulté que les liens se tissent ou se solidifient, comme nous le constatons lorsque les deux fillettes, en s’écartant du groupe parce que Mathilde veut faire voir à Aurélia un endroit qui lui est cher pour lui prouver son amitié toute neuve, auront à s’allier et à faire preuve de courage et de rapidité d’esprit.

Mathilde et Aurélia est un très beau roman sur l’amitié doublé d’un volet informatif à la toute fin afin de fournir aux jeunes lecteurs de huit ans et plus quelques données géographiques et historiques ainsi qu’un lexique.

Si vous n’aviez jamais rêvé de voir la Réunion un jour, vous en aurez désormais envie. Si vous y rêviez déjà, comme c’était mon cas, vous en aurez encore plus envie.