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S’aimer à Venise

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Ce n’est à la toute fin du roman de Francis Dannemark qu’apparaissent les mots qui donnent au roman son titre. Un entrefilet dans le journal, mais qui trouve tout son sens quand on y voit là une allégorie. Il est temps pour Françoise de faire la grève avec les traces du passé. Il est temps qu’elle arrête de s’en vouloir pour ce qui a eu lieu et pour ce qui ne s’est jamais fait. Il est temps pour elle de se laisser aimer, d’aimer Ludovic.

Venise, ville des amants. Ville qu’elle vit seule parce qu’elle n’était pas prête. Ville de personnages qu’elle croise. Qu’elle appelle dans la nuit pour se rassurer ou pour qu’on lui dise : «… on a tous derrière soi une vie plus ou moins chiffonnée, et des choses ratées, et des choses à se faire pardonner; mais qu’il ne sert à rien d’avoir peur et qu’en ne prenant plus aucun risque, on se retrouve à ne plus rien vivre du tout… »

Et tout est là, dans cette phrase ou dans celle-ci : « Quand à eux, leur histoire et leur géographie tiennent dans le territoire que parcourent leurs mains, leurs lèvres. Ce sont des caresses et des frissons, des chutes à deux dans la nuit des temps avec des étoiles bleues qui font tourner la tête. »

J’ai aimé La grève des archéologues. Et sans doute que je le relirais.

Rupture à Tokyo

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C’est à Tokyo qu’il fera l’amour pour la dernière avec Marie, d’où le titre du roman de Jean-Philippe Toussaint qui raconte en moins de 200 pages l’histoire d’une rupture dans un Japon surréaliste et avant-gardiste aux accents traditionnels omniprésents. Il le savait, elle pas. Le ratage de cette dernière fois aura été la source du cataclysme qui revêt toute son importance quand dans une course folle dans Tokyo un tremblement de terre leur fera comprendre que la terre a déjà tremblé pour eux et qu’ils ne sont plus que les naufragés d’une histoire qui va à la dérive.

Et à la dérive va aussi le narrateur qui a conscience que tout est désormais fini et qu’on suit dans son errance.

Un roman troublant. Non pas par le sujet en soi, mais à cause – beaucoup – du personnage de Marie, qui sait être à la fois tellement distante, tellement organisée et totalement imprévisible quand pour la moindre babiole ou dans un moment de gravité les larmes se mettent à couler. Ce qui semble chaque fois le dérouter. Mais cette fois-ci il sait que ses larmes ont raison d’être. Il pleure aussi. De peine, comme de rage. De désarroi comme d’espoir. Il fait face à l’inéluctable.

Un roman qui déstabilise. Par le lieu, notamment. Ce Japon dont on sait si peu et qui devient ici une presque caricature à la manière des bandes dessinées futuristes. Un Japon que l’auteur de Faire l’amour connaît bien puisqu’il y a longtemps séjourné.

Un roman dont Jacques de Decker a dit avec justesse dans Le soir : « La réussite de l’entreprise se situe là : dans la hardiesse des conditions mises à son accomplissement, et dans la maîtrise avec laquelle elles sont remplies. »

Une longue promenade

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David ramène chez son oncle son cheval. Un cheval mort que ce dernier compte enterrer dans son jardin. Et tandis qu’il roule vers le dernier domicile de la bête, c’est un peu de lui qu’il enterre aussi. Un peu de ce qu’il a été, de ce qu’il n’a pas su être, de ce qu’il aurait peut-être voulu être. Jusqu’à ce qu’à cause d’une fausse manœuvre il se retrouve hors de la route, le camion bien enlisé. Mais pas seul, Antoine aussi a perdu le contrôle de sa voiture.

Et de cette rencontre entre David l’architecte et Antoine l’écrivain naîtra une profonde amitié où chacun se raconte. Où l’homme des mots emmène chez lui l’homme des structures. Où ces deux êtres qui en sont à un tournant de leur vie – comme le cheval – vont à deux, puis à trois (en compagnie de la sage Rosa, l’épouse d’Antoine) mener la bête à sa dernière demeure.

L’un comme l’autre des personnages peints par l’écrivain Francis Dannemark est un être qui ne se livre pas facilement. Et pourtant, dès la minute où ils se trouvent dans ce lieu qui devait les attendre, enlisés, coincés, ce qui devait arriver arriva. Une très belle histoire sur l’amitié, par un écrivain que j’aime davantage à chacun de ses livres.

La longue promenade avec un cheval mort, c’est en fait une courte promenade au pays de deux hommes qui, peu importe ce que la vie fera d’eux, étaient là au moment opportun pour que chacun trouve la route qui allait les mener à eux deux, et les conduire vers ce qu’ils deviendront.

La vie comme un château de sable

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Où est le vrai? Où est le faux? Harry tentera bien de démêler le tout, alors que convié dans une villa au bord de la mer, il va de notes éparses aux pages d’agendas. Parce que le vieil Hermann a décidé de faire écrire ses mémoires et qu’il a embauché Harry pour ça, tandis que Cathy qui tient la maison, tape le tout.

Où est le faux? Où est le vrai? Quels souvenirs sont ceux de Harry? Ceux qu’ils racontent et qu’ils ne terminent jamais? Ces villes où il aurait vécu? Ces noms dans des carnets?

Où est le vrai? Où est le faux? Dans les vieux films qu’il connaît par cœur? Dans ces livres qu’il a peut-être lus?

Voilà la trame de Mémoires d’un ange maladroit de l’écrivain Francis Dannemark qui, chaque fois m’envoûte, comme a su le faire Modiano, il y a longtemps. Une trame toute simple, presque banale, et pourtant. Pas moyen de se détacher du très beau roman de l’auteur bruxellois. Pas moyen de ne pas s’attacher à Harry qui lui, se détache peu à peu du fantasque Hermann.

Au fond, la vie n’est peut-être qu’un château de sable qu’on fait et refait à volonté. Avec les villes qu’on veut, les personnages qu’on veut et la mer pour tout effacer de nos traces.

Parce qu’en soi une petite voix

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C’est un roman, mais au fond c’est peut-être un conte que cette histoire que nous offre Francis Dannemark avec Les petites voix. Un conte d’aujourd’hui avec de la musique et des personnages qu’on ne trouve que dans les livres. Des personnages qui portent tous en eux, cette petite voix qui s’additionne aux autres pour donner toutes ces petites voix au chapitre quand il s’agit de dire qui est – ou qui n’est pas – Paul Grenz, ce musicien dont la narratrice a accepté de dresser le portrait pour un magazine, entre deux traductions littéraires.

Un musicien de jazz, parfois. Un homme entouré de femmes et d’enfants. Un homme au franc parler, qui a su se mettre à dos nombre de personnes. Un homme dont quelques-uns parlent avec affection et tendresse. Un homme à part auquel la narratrice s’attache petit à petit à cause de sa musique et de ce qu’on dit de lui, et qui continue son enquête pour aller au bout de sa propre quête et d’elle-même, même si la commande d’article lui est retirée.

Un roman, un conte, un peu des deux. Un livre merveilleux. Tissé avec la tendresse propre à Francis Dannemark qui, de livre en livre, m’emmène quelque part en moi où je trouve ce que je ne cherchais pas, mais que je sentais.

Le ciel de Bruxelles vu par Francis Dannemark

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Quel roman magnifique que celui de Francis Dannemark intitulé Les agrandissements du ciel en bleu. Ce ciel de Bruxelles, pour tout vous dire, que le narrateur retrouve après quelque temps à l’étranger et dont il parle en ces mots : « J’ai retrouvé les plus beaux nuages du monde. Mes châteaux dans le ciel. Et le vent qui le traverse en courant et le repeint en bleu en deux temps trois mouvements. » Et cette ville qu’il retrouve aussi et dont il parle en ces termes : « Ce qui m’impressionne, c’est que Bruxelles soit devenue une vraie ville internationale en si peu de temps. Ce qui me rassure, c’est qu’elle est restée très provinciale. Paradoxe plein de charme. »

Les agrandissements du ciel en bleu, c’est l’histoire de Théo. Théo revenu sur ses pas, Théo qui renoue avec la ville qu’il a quittée il y a quelques années et avec ceux d’autrefois qui, comme lui, ont vieilli et si peu changé. C’est l’histoire d’un homme, d’une ville, d’un été où on a envie de faire comme lui : « Se glisser sans dire un mot dans l’île des rêves éveillés où rien ne blesse, où rien ne cesse d’être ce qui a été et de ce qui sera. »

Un recueil bâclé et décevant

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J’aurais bien voulu aimer Photos truquées de l’écrivain et homme de télévision et radio belge Jacques Mercier. Oui, j’aurais bien voulu. Car le recueil de treize nouvelles duquel le quatrième de couverture qui disait ceci : « … ici c’est aux fractures, aux faux-semblants, aux fêlures que l’auteur s’attache, par-delà la vitrine pas trop clinquante de ces mirages trompeurs… » semblait prometteur.

Or, je suis chaque fois restée sur ma faim. Chaque fois abandonnée par un auteur qui a laissé la plupart de ses nouvelles tourner court. Comme si elles étaient des coquilles vides. Et pourtant, il avait en main quelques personnages dignes d’intérêt, quelques débuts d’histoire qui auraient gagné à être retravaillés pour leur donner le panache qu’ils méritaient.

« On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments », a écrit Gide. On n’en fait pas plus avec de moins bons et quelques bonnes idées de départ, si on n’y met pas le temps et le travail nécessaires.

Et puis, un jour, tout bascule

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Et puis, un jour, tout bascule. C’était probablement inévitable, mais personne ne le savait encore, autant Philippe qu’Anne, alors qu’en quelques semaines à peine, leur monde n’a plus été le même. La faute incombe-t-elle à Julie qui a tourné la tête à Philippe? Le changement de tracé devait-il arriver parce que Philippe et Anne vivaient côte à côte sans vivre ensemble? Les questions et les doutes ne sont pas arrivées par hasard.

Un lendemain matin, c’est le parcours de cet homme à la quarantaine toute jeune, qui n’est pas dans la vie qu’il voudrait avoir, mais qui ne connaît aucune autre que celle-ci, jusqu’à ce qu’elle bascule, par sa faute, par ses gestes, par son mutisme, par ses fuites et parce qu’il ne sait pas avancer. Il voudrait que sa vie change, mais il ne sait pas provoquer le changement, si bien que la vie se chargera de changer pour lui, peut-être pas de la manière qu’il aurait voulue, mais c’est parfois ainsi quand on attend trop pour bouger. Aussi, quand on ne veut se priver de rien et avoir le meilleur des deux mondes.

Philippe Julliard, le héros de Marc Uyttendaele, malgré ses défauts, a quelque chose d’attendrissant. Tout comme les femmes qui l’entourent. Et on ne peut que s’attacher à lui et le suivre dans ses aventures autant professionnelles que sentimentales.

Un lendemain matin, ce sont tous ces lendemains matins, jour après jour où Philippe Julliard en apprendra un peu plus sur lui et sur la vie. Et où il deviendra de plus en plus humain.

L’histoire d’Esther, celle de David

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C’est l’histoire de David. Et aussi celle d’Esther, sa grand-mère, qui lui a inculqué l’amour des livres et la passion pour la vie. C’est l’histoire du livre qui est resté sur la table de chevet de cette dernière quand elle est morte. Un livre qui a été amputé de sa seconde partie. Un livre que David cherchera le reste de sa vie. Pour savoir la fin de l’histoire. Et pour comprendre pourquoi il n’a eu en sa possession que la première partie.

Le roman de Francis Dannemark, auteur qui chaque fois me séduit et dont je me promets de lire tous les livres, Bel amour, chambre 204 (publié au Castor Astral) est un véritable bijou. En dire plus, ce serait brûler le bonheur que vous aurez à le lire. Je ne dirai donc que : lisez-le.

Ne dites pas non!

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Le premier recueil de nouvelles de Dominique Costermans ne m’avait pas emballée outre-mesure. D’ailleurs, je vous en avais parlé ici. Mais là, c’est tout l’effet contraire! Je suis totalement séduite par la prose de l’écrivaine dans Je ne sais pas dire non. Ce recueil tout simple réunissant quelques nouvelles souvent plus proches du récit que la véritable nouvelle au sens propre du mot et selon la définition des puristes, est un petit bijou. Et un bijou bien belge, avec ses racines, ses petites villes, et quelques belgicismes comme je les aime.

Ne dites pas non à Je ne sais pas dire non. De bien jolis moments de tendresse, d’humour et de désillusions, à partir de regards, vous attendent.

Quant à moi, j’ai encore deux recueils de l’auteure sur mon oreiller…