Admin:
Archives:
juillet 2026
D L M M J V S
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  
Le bonheur qui m’a été redonné

watkins 3

Faut-il connaître la privation pour que quand les choses nous sont redonnées on y attache une telle importance? Je pense ici au bonheur des samedis matins entre moi et moi. Non pas que j’ai été malheureuse ces années où mes samedis ont été des mercredis, puis par la suite des lundis. J’ai cette capacité de m’adapter à tout et d’accepter les choses que je ne peux changer.

Je pense donc à ces samedis d’une autre époque qui ressemblaient à des jours de semaine. Ces samedis où je me dépêchais pour arriver bien avant l’heure où je devais ouvrir la librairie afin de préparer les commandes du lundi matin. Je pense à ces samedis où mes clients étaient moins pressés qu’un jeudi, par exemple, et auxquels j’avais fini par prendre goût. De toute manière, je n’avais pas la possibilité de penser à ce qu’aurait pu être un samedi de congé : je n’en avais pas.

Et quand, il y a deux ans, par la force des choses – la fermeture éventuelle de la librairie -, j’ai redécouvert ce bonheur de prendre mon temps en même temps que tout le monde, j’ai tout de suite su une chose. Dans ma nouvelle vie, je n’allais pas travailler le samedi. La vie m’a gâtée : c’est le cas.

Et c’est peut-être la raison pour laquelle je m’émerveille tant le samedi. Je retrouve ce bonheur, non pas oublié, mais qui ne faisait plus partie de ma vie. Et c’est peut-être la raison pour laquelle je reviens souvent sur ce bonheur des samedis matins dont je ne me lasse pas. Ce bonheur semblable à celui de la lectrice d’Anthony Watkins, prenant le café à la fenêtre en lisant le journal, tandis que peu à peu le ciel s’éclaire, prometteur. Même si couvert de nuages. Le bleu est d’abord et avant tout dans le cœur de celui qui les regarde.

Elle seule peut savoir

dominique_a

À l’heure où, une fois de plus, je me retrouve avec mes toiles et mes histoires à inventer, je me suis un peu promenée au pays de Lali. Question de voir ce que j’ai pu raconter depuis novembre 2005. Et même si plus de 2200 toiles ont été accrochées au fil des jours, lesquelles j’ai racontées à ma manière, entremêlant ma propre réalité et des personnages fictifs, je me rends compte d’une évidence qui n’est pas pour me déplaire.

Comme dirait un vieil ami qui souffre de la même maladie, je suis une coq-à-l’âneuse, c’est-à-dire que je glisse d’un sujet à l’autre, d’un tableau à ce qui titille les papilles en passant par un livre ou un film. Et sans problème. Être autrement, enfin ai-je cette impression, ce serait me priver de m’exprimer comme j’ai envie de le faire, ce serait me mettre des contraintes comme en trouve dans les techniques de l’Oulipo (dont La disparition de Perec est un exemple. Or, je l’ai fait déjà pour la seule pièce de théâtre que j’aie écrite et montée il y a plus de vingt ans, où j’avais volontairement gommé le sexe de l’autre, autant que son âge ou son lien au seul personnage de la pièce. Libre alors d’y voir l’aimé(e) disparu(e) ou l’enfant ayant rompu des liens.

Je sais donc écrire avec des contraintes et je peux le faire à l’occasion. J’en tire une certaine satisfaction, mais pas toujours le plaisir que je trouve dans la liberté de faire selon mon humeur et mes coqs-à-l’âne.

L’écrivaine de Dominique Amendola, une artiste d’origine française, avec du sang italien par son père, qui a vécu au Québec dans les années 70 et installée en Californie dont on peut lire le blog ici, est peut-être en train de se faire les mêmes réflexions. Se mettre des balises contraignantes ou pas. Je lui dirais d’essayer les deux. Elle seule peut savoir ce qui lui convient.

Tandis que…

faed

Et tandis que je griffonne sur des bouts de papier, dans des cahiers, sur les marque-pages et à l’endos des enveloppes, des idées pour tous ces lecteurs et lectrices dont je veux parler, les artistes continuent de les peindre ou de les modeler, de les déposer sur la toile pour que je les retienne, si bien que mon aventure sera sûrement inépuisable. Chose à laquelle je n’avais pensé à priori et qui me réjouit. Je peux donc, comme celle qui note une idée sur une feuille, peinte par Thomas Faed, continuer sur ma lancée. Il y aura toujours quelque part, des tableaux pour m’inspirer ou des personnages qui trouveront leurs tableaux.

Le livre interdit

ferrer 2

J’ai eu cette chance, à l’âge de la lectrice de Josefina Ferrer, qu’on ne m’interdise aucun livre. Ils étaient là, je pouvais tout lire. Même si je n’avais pas la maturité pour en saisir l’essentiel, même si j’allais rester à la surface des choses. Comme ce fut le cas pour les Mémoires d’une jeune fille rangée. Je n’ai pas compris à quatorze ans ce que j’ai compris à vingt et qui me semblera plus clair encore le jour où je le relirai. Et ce fut probablement le cas pour La citadelle de Cronin.

Les livres étaient là. Je pouvais tout lire. Julien Green, Albert Camus, Alfred de Musset, Leon Tolstoi. Tout. Les livres étaient là.

Un seul livre me fut un jour interdit. Sybil. J’étais trop impressionnable pour ce genre de lecture, avait dit mon père en jetant le livre à la poubelle. Carrément. Même si toutes mes copines l’avaient lu. Même si tout le monde ne parlait que de bouquin. Je lui en ai voulu sur le coup. J’avais 17 ans, après tout. Et on ne m’avait jamais empêché de lire ce que j’avais envie de lire.

Il a par la suite laissé sur la table des poèmes de Victor Hugo. Des nouvelles de Claire Martin. Et j’ai oublié Sybil. Je ne le finirai jamais. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de le faire.

Ce mélange des deux

carla_d

Est-ce ce besoin effréné d’écrire ou mon goût immodéré pour la vie qui me tire chaque matin du lit à des heures aussi matinales? Ou ce mélange des deux où vivre signifie écrire?

Bien avant l’aube, je suis installée, je glane les restes de la veille éparpillés sur mon bureau, comme semble le faire l’écrivaine de Carla Dentamaro. Je retrouve ainsi une phrase qui a 24 heures, une toile ou deux à classer, une citation notée en vitesse, un livre déposé sur la chaise avec un signet m’indiquant un passage à relire. Et je reprends vie. Et la vie prend tout son sens. Il y a tant à écrire, tant à raconter. Tellement d’histoires dont je ne connais pour le moment que des bribes et parfois juste la fin. Tant de regards que j’aimerais poser, tant d’angles que je voudrais utiliser pour dire les choses à ma manière.

Est-ce ce besoin effréné d’écrire ou mon goût immodéré pour la vie qui me tire chaque matin du lit à des heures aussi matinales? Ou ce mélange des deux où vivre signifie écrire?

Les vêtements d’été

mary_p

Je suis toujours étonnée de voir à quel point les gens organisent leur vie de telle façon que les jours coulent sans surprise. Je pense à ceux, notamment, qui, dès les premiers signes de l’automne, rangent les vêtements d’été, alors que les miens ne sont jamais hors saison. Pourquoi ne pourrais-je pas, comme le fait la lectrice de Mary Powell, porter mes vêtements légers de juillet en plein hiver, puisqu’il fait chaud chez moi? Tant pis pour ceux qui ne le font pas… Ils passent à côté du plaisir.

J’aime croire que…

lamontagne

J’aime croire que ce ne sont pas des habitudes, que je ne me plie pas à la routine, que ces petits détails qui reviennent jour après jour font davantage partie d’un rituel ou du monde des petits plaisirs. Qu’il s’agisse du café du matin. Qu’il s’agisse de ma galerie de toiles dans laquelle je me promène. Qu’il s’agisse de ma baignoire pleine de bulles. Qu’il s’agisse des CD dont je ne me lasse pas. Qu’il s’agisse du Earl Grey auquel je reviens toujours même si je me laisse tenter par multitude de thés. Qu’il s’agisse de la montagne d’oreillers dans mon lit. Qu’il s’agisse de ce pays que je fais vivre et qui me fait vivre.

Oui, j’aime croire que je fais tout non par habitude, mais parce que j’ai envie de le faire. Et j’aime croire que pour la lectrice de Michele LaMontagne Hausman, il en est de même.

Pour se donner l’illusion…

del caso

Comme est grande l’envie d’attraper un grand châle et de me caler dans mon fauteuil avec un livre pour la journée. Comme la lectrice de Jacinto del Caso. Mais peut-être ne le fait-elle que pour une demi-heure. Pour se donner l’illusion qu’elle n’a pas à partir, que la vie ne l’attend pas ailleurs? Qui sait…

Les choses tristes

jvdn1

Il y a quelques jours, au restaurant, j’ai lu à maman quelques poèmes qui n’étaient pas de moi.

Elle avait les yeux dans l’eau. « C’est triste », a-t-ellle dit. Puis, elle m’a regardée. « C’est tellement toi aussi. Tu as toujours aimé les choses tristes. Pourtant, toi si gaie. Lis encore. »

Et j’ai lu quelques poèmes encore, avant que les plats n’arrivent. Comme le fait peut-être la lectrice de Jos Van den Nieuwenhof pour sa mère.

« Il y a longtemps que je n’avais vue si heureuse. »

Les mères savent lire au delà des mots.

Toutes les trois

klein 6
klein 7
klein 8
klein 12

Nous avions quinze ans. Des trois, j’étais celle qui lisait alors que les deux autres pensaient à leur chevelure et aux garçons. Elles pensent d’ailleurs encore à leurs cheveux et elles ont trouvé LE garçon. Et je n’ai pas cessé de lire. Ni d’écrire.

Peut-être sommes-nous toutes les trois figées à jamais dans une toile d’Anita Klein?