
Je possède, paraît-il, une mémoire hors du commun. Je n’y peux rien, mon grand-mère paternel avait ce don, ma mère et mon père l’ont aussi : ça doit venir de mes gènes. Mais malgré cette mémoire exceptionnelle, je ne retrouve aucune image qui puisse ressembler au tableau de Stephania Werner. Pas une. Pourtant, maman a dû, un jour ou l’autre, me lire des histoires. Ou alors aurait-elle laissé sa place à sa mère pour que celle-ci ait cette joie?
Je sais, et on me le répète encore aujourd’hui, que je menais ma grand-mère par le bout du nez. Rien n’était trop beau pour sa Cricri. Et je lui faisais monter les quatorze marches pour un oui ou pour un non, pour un verre d’eau, pour une chanson ou une histoire. Je crois aujourd’hui que ça devait plutôt être pour sa présence et les câlins.
N’empêche qu’il n’y a pas de maman lectrice d’histoires dans mes souvenirs. Mais une maman qui nous joue une valse de Brahms, une polonaise de Chopin, Für Elise ou du Mozart au piano tandis que grand-maman lit. Oui, je sais, j’ai été choyée.
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