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La journée sera rouge

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Je ne puis pas dire que la Saint Valentin est le jour de l’année que je préfère. Vraiment pas. Mais il est une chose tout de même que j’aime à propos de celui-ci. C’est la profusion de rouge partout. Et j’ai décrété que ce serait une journée rouge. Que du rouge dans les photos, que du rouge dans les toiles, que du rouge. Comme il y en avait dans un centre commercial de Genève en décembre, alors que Denise passait par là.

Oui, la journée sera rouge.

Comme la tentation est grande…

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Comme la tentation est grande ce matin, alors que la neige tombe drue et sans relâche une fois de plus, de m’installer comme la lectrice d’I.V. Passmoore, au lit, avec pour seul but, la traversée d’un livre. Oh oui, comme la tentation est grande. Plus grande même que vous ne pourriez l’imaginer… Mais les montagnes sur mon bureau ne vont pas partir au vent, ni aller jouer dans les flocons. Il faudra bien que je songe à m’habiller et à laisser là le livre… avec regrets.

Pour France

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Comme la mouche qui s’est posée sur la fleur, et que mon amie France, la poète et la photographe – quand elle ne s’adonne pas à des choses plus sérieuses comme se battre contre la maladie, pratiquer la pharmacie ou aimer – a fixée un jour d’été, je dépose ici une photo qu’elle a prise il y a quelque temps pour qu’elle sache que je pense à elle, si d’aventure elle passait par ici.

Il y a en chacune d’elles

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Il y a en chacune d’elles une lectrice de billet doux peinte par Auguste Toulmouche. Je parle ici de quelques-unes de mes collègues. Oui, je vous assure. Pas besoin de robe d’une autre époque ni de billet écrit à la main pour être encore plus romantique que cette lectrice. Un message texte, un appel sur un téléphone cellulaire, un courriel, et les voilà qui rougissent et qui sourient. Et les voilà qui rêvent. Des étoiles dans les yeux. Elles chuchotent des mots comme l’homme de ma vie. Pas trop fort. Les femmes indépendantes d’aujourd’hui ne disent pas ces mots. Quoique. Celles-ci ont dix ou quinze ans de moins que moi. Je suis presque un dinosaure pour elles.

Ont-elles laissé sur les barricades dressés par leurs aînées des mots comme indépendante et libre? Ont-elles décrété que celles-ci en avaient peut-être trop fait et qu’il n’y avait aucun mal à être romantiques comme les femmes d’autrrefois?

Je n’ai pas la réponse.

Je vois leurs yeux s’allumer, je vois leurs joues s’empourprer. Je les vois rêver. Et je me dis que leurs trente ans n’ont pas effacé leurs quinze ans. Et je crois que je suis heureuse de les voir heureuses. Ce ne sera pas moi qui jouerai à noircir leurs rêves. Non. Pas moi.

L’erreur de la cigogne

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Indubitablement. Assurément. Sans aucun doute. Fort probablement. Décidément. Ça ne peut être que ça. Je ne suis pas née dans le bon pays. Je suis faite pour les jupes fluides et les pieds nus, au pire dans des sandales. Pas pour les bottes ni les -15 degrés.

Je n’ai aucun talent pour le ski, je n’en ai guère plus pour la raquette. À la rigueur, marcher dans la neige va encore. Au début. Quand c’est tout neuf. Quand c’est tout beau. Pas quand on gèle.

Je décrète donc une erreur de la part de la cigogne. Elle ne m’a pas déposée où elle devait. J’étais faite pour être un modèle de John Michael Carter.

Tandis que grand-maman lit

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Je possède, paraît-il, une mémoire hors du commun. Je n’y peux rien, mon grand-mère paternel avait ce don, ma mère et mon père l’ont aussi : ça doit venir de mes gènes. Mais malgré cette mémoire exceptionnelle, je ne retrouve aucune image qui puisse ressembler au tableau de Stephania Werner. Pas une. Pourtant, maman a dû, un jour ou l’autre, me lire des histoires. Ou alors aurait-elle laissé sa place à sa mère pour que celle-ci ait cette joie?

Je sais, et on me le répète encore aujourd’hui, que je menais ma grand-mère par le bout du nez. Rien n’était trop beau pour sa Cricri. Et je lui faisais monter les quatorze marches pour un oui ou pour un non, pour un verre d’eau, pour une chanson ou une histoire. Je crois aujourd’hui que ça devait plutôt être pour sa présence et les câlins.

N’empêche qu’il n’y a pas de maman lectrice d’histoires dans mes souvenirs. Mais une maman qui nous joue une valse de Brahms, une polonaise de Chopin, Für Elise ou du Mozart au piano tandis que grand-maman lit. Oui, je sais, j’ai été choyée.

Ce que d’autres n’ont pas

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Elle sortira peut-être des photos des cartons. Elle relira une letre ou deux d’il y a trente ans ou plus. Puis, la lectrice de Malcolm Ludvigsen retrouvera le livre que sa mère lui a offert pour ses quinze ans. Et elle en tournera les pages avec lenteur et application, pour entrer dans ce souvenir heureux. Et je penserai à celui abandonné par sa mère. Et je penserai à celui qui l’a perdue avant l’âge de dix ans. Et je penserai à moi qui parle à la mienne quotidiennement.

Et je me dirai que cette lectrice – même si sa mère n’est plus – et moi avons beaucoup de chance. Nous avons des photos, des lettres, des livres, des souvenirs reliés à celles qui nous ont donné la vie, ce que d’autres non pas. Et n’auront jamais.

Les mamans vont au paradis

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(photos de Denise)

Reine m’a écrit qu’elle croyait au paradis et que sa maman y était depuis hier, avec les siens : son mari, son fils, sa fille. Et je crois comme elle, qu’elle y est sûrement.

Les mères ne vont pas ailleurs, Reine. Ni ceux qu’on aime et qui nous aiment.

Aucun mot n’efface le chagrin, aucun mot ne remplace la perte. Sache juste que tes amis du pays de Lali te serrent tous dans leurs bras. Et qu’ils te disent que oui, ta maman est au paradis.

Quand elles dansaient sur les Bee Gees

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Je regarde la lectrice d’Auke Leistra et j’ai cette impression de reculer des années en arrière. Tous ces samedis soirs où, adolescente, mes amies et ma sœur se pomponnaient pour sortir. Pour aller danser sur les Bee Gees. Pour attirer le regard des garçons. Et toujours ce : « Tu es sûre que tu ne veux pas venir? »

Non. Surtout pas. J’avais rendez-vous. Ils avaient pour prénom Patrick, Pearl, Christine, Jean et Marcel… Vous voulez aussi les noms de famille? Quels curieux vous faites! C’est bon, vous saurez tout… Modiano, Buck, Arnothy, Cocteau et Pagnol… Pour n’en nommer que quelques-uns…

Pour Rose et notre parc

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Il n’y avait pas de quai sur le bord de ma rivière des Prairies, dans ce petit parc où j’allais m’asseoir pour lire. Que des bancs et la rivière. Mais il y avait quelque chose d’aussi paisible que ce que dégage le décor où s’est assise la lectrice de Gunnar Berndtson. Le calme, l’eau, une espèce de liberté. Probablement parce que le parc n’était pas plus grand qu’un mouchoir de mouche, si bien que quand quelqu’un s’y trouvait, l’arrivant lui laissait l’endroit. Peut-être parce qu’il y en avait quatre ou cinq de ce modèle et qu’il en trouverait bien un autre où il pourrait lire lui aussi, rêver ou embrasser celle qu’il tenait par la taille.

C’était aussi l’endroit de prédilection pour les confidences entre Roseline et moi. Roseline, que j’appelais affectueusement ma Rose et qui, un jour, est partie vivre en Italie. Roseline, qui vit maintenant en Nouvelle-Angleterre, où elle enseigne à l’université. Roseline à qui je devrai toujours la découverte de Julos Beaucarne. Roseline à qui je pense souvent.

Peut-être que la vie fera en sorte qu’un jour nous nous trouvions un bord de rivière où nous pourrons nous raconter les années de silence. Peut-être pas. On ne sait rien de l,avenir.

Mais je sais ceci : elle occupera toujours une place spéciale dans mon cœur. Je sais aussi – parce que ses parents que j’ai croisés il y a quelque temps me l’ont dit : j’aurai aussi toujours une place spéciale dans son cœur.