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Un jour où le mot frisquet ne veut rien dire du tout

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Il va me falloir m’habiller aussi chaudement, sinon plus, que la lectrice de Frank Duveneck en ce matin où le mot frisquet ne veut rien dire du tout. Il fait un froid qui traverse jusqu’au cœur, ai-je entendu. Je crois que ça veut dire TRÈS froid. Et que ça signifie que de toute la journée je n’aurai jamais chaud puisque la température de mon bureau est maintenue au plus bas et comparable à celle d’un comptoir de produits surgelés depuis lundi. Y aurait-il un savant fou dans le bâtiment qui soit adepte de la cryogénie et qui tranquillement nous prépare aux températures de 150 degrés sous zéro? Je ne vais pas attendre qu’il fasse de moi une Waltdisnette. Je vais plutôt m’habiller comme un oignon et enfiler trois pelures (trois pulls), apporter un grand châle chaud et conserver mes gants s’il le faut… Voilà quand on a un bureau en coin avec deux fenêtres. Plus de lumière, mais plus de froid qui se glisse dans les interstices…

Le lecteur qui attend le printemps

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Comme je voudrais avoir le courage du lecteur de Vasili Karkots et m’asseoir sur un banc pour attendre le printemps. Mais je n’ai pas cette témérité et si je n’en avais qu’une once seulement, les -18 degrés me feraient quitter le banc, c’est presque certain. Et pourtant, il doit être agréable d’avoir tout son temps et de laisser la nouvelle saison se poser sur soi… Je suis une incorrigible rêveuse, vous n’aviez pas pas encore compris?

Le conte préféré de ma filleule

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Je ne sais comment lui est venue cette lubie – ou devrais-je dire passion dévorante? – pour Les trois petits cochons, alors que les petites filles craquent pour Cendrillon ou La belle au bois dormant. Mais pas elle. Vraiment. Elle aimait Les trois petits cochons. Et je ne sais combien d’éditions différentes nous avons pu lui trouver pour contenter son esprit curieux.

Peut-être avait-elle compris très tôt qu’on peut raconter les histoires en y mettant un peu de sa personnalité sans en altérer l’essentiel? Ou que, pour les contes de fées, ce sont souvent les illustrations qui donnent une saveur aux livres? Peut-être. Peut-être pas.

J’ai ce souvenir gravé en moi d’un après-midi où je lui lisais une fois de plus l’un des albums des chers Trois petits cochons qu’elle possédait, comme le fait peut-être la lectrice de Bill Burgess. Il me semble même entendre la petite voix de ma filleule, alors que nous arrivions à la dernière page, me dire Encore

Les mots auraient-ils plus de pouvoir que le vent?

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Il ventait fort. Très fort. Et j’ai entendu le souffle du vent fouetter les arbres et faire siffler les fenêtres. Il ventait. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Et j’ai décidé de ne plus rien entendre et de n’écouter que mon cœur qui bat.

Le bruit des pages d’un livre serait plus fort que tout. Et telle la lectrice de William Baxter Closson, j’ai ouvert un livre, puis deux. Et curieusement, le vent s’est tu. Ou est parti souffler ailleurs.

Les mots auraient-ils plus de pouvoir que le vent certains soirs?

Plus fort que moi

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Il me faut parfois aller plus près de mon objectif. Tourner autour du banc. M’y asseoir, et même engager la conversation en cas de nécessité absolue. Si, et seulement si, aucune de mes approches en douce ou de mes contorsions – particulièrement dans les autobus et dans le métro – ne me donnent satisfaction. Je ne peux pas faire autrement. Ça me démange, ça me ronge. Je dois absolument savoir le titre des livres que lisent les lecteurs et les lectrices que je croise.

Je sais, je sais, c’est une étrange habitude, probablement venue de cette vie où j’ai été libraire. Mais je ne peux pas y échapper : c’est plus fort que moi.

La lectrice du Luxembourg peinte par Igor Zhuk n’y échappera pas. Je saurai. Oui, je ne quitterai pas l’allée sans connaître le titre. C’est comme ça.

Ne pas porter de montre permet ce genre d’inquisition. Sous prétexte de donner l’heure, le lecteur ou la lectrice ne se rendra pas compte qu’il penchera son livre. Et je repartirai heureuse. Et pas parce qu’il est 10h15 ou 16h05…

Il entrera dans la pièce

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Il entrera dans la pièce et me trouvera telle que l’écrivaine de Maeve McCarthy, les doigts sur le clavier et des livres ouverts autour de moi. Comme si souvent, comme tous les jours. Il ne demandera pas si je vais écrire longtemps encore. Il caressera mon visage. Il sourira. Il aime me voir heureuse. Et il sait que je suis heureuse ainsi. Dans mon pays de mots. Avec mes images. Mes souvenirs. La musique. Les histoires que j’invente.

Il est entré dans la pièce. Il a caressé mon visage et ma nuque. Il a choisi de la musique, a déposé des cerises et de l’eau sur la table et il a installé son portable en face du mien. Tout à l’heure, il me lira et je le lirai.

Les lapins

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Les rares personnes avec qui j’ai dormi vous l’affirmeront tout de go : je ronfle. Et même, j’appelle cela le ronflement du juste pour faire un pied de nez à ceux qui parlent du sommeil du juste. Comme quoi, on peut rire de ses défauts. Mais je crois que même si je dors peu, je dors paisiblement. Enfin, c’est ce qu’on m’a dit. Puisque je me réveille parfois exactement dans la position dans laquelle je me suis endormie.

Mais il a été une époque, aux heures de l’enfance où j’ai connu mes premières insomnies, puis le sommeil perturbé. Je voyais des lapins partout. Ils surgissaient de trous dans le gazon, ils se glissaient dans des interstices minuscules et ils m’affolaient. Littéralement. Je ne les trouvais pas aimables du tout, ni amicaux, ni rien de cela. Ils me faisaient peur. Horriblement peur.

J’avais sept ou huit ans. On m’avait offert Alice au pays des merveilles. Les lapins, ça venait de là. Jamais livre ne m’a fait plus peur, jamais livre ne m’a donné des sueurs froides comme celui-ci. Jamais. Même le loup du Petit chaperon rouge ou des Trois petits cochons n’avait pas eu cet effet sur moi. Ni aucun ogre.

Seul le lapin en chocolat du jour de Pâques a pu calmer mes angoisses. J’ai détaché ses oreilles et l’ai défait en morceaux. Pour me venger de ses congénères qui m’avaient fait aussi peur.

Curieux que ce souvenir me revienne alors que je regarde les toiles de Trudi Doyle. Pas que je l’avais oublié, loin de là, mais quand il survient, je préfère le chasser, maintenant que je dors la plupart du temps calmement, malgré des rêves parfois distordus ou que je n’explique pas.

Je n’ai jamais terminé le roman de Lewis Carroll. Et quand je rêve à des lapins, désormais, ils sont en chocolat.

Vivement le printemps!

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Comme on se sent bien dans les toiles de Mary K. McDermott. Comme on aurait envie d’être chacune des lectrices pour pouvoir profiter des livres et de la douceur du printemps. Moi la première! Vivement que le printemps arrive pour que je puisse choisir l’une ou l’autre toile et m’y installer!

Un samedi rayonnant de bonheur

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Elle s’est assise dans la lumière. Il y a eu tellement de journée de nuages lourds, de ciels gris, de noirceur avant l’heure dite, de matins qui ne semblent pas vouloir se lever, qu’elle ne peut être que là, dans la lumière. Pour que sa peau en soit imprégnée, pour que ses yeux s’illuminent, pour le livre s’éclaire, pour que sa journée soit radieuse.

Et comme je comprends la lectrice de Francesco Paolo Filosa. La même lumière est chez moi. Enfin. Après des jours de grisaille. Si bien que moi aussi, je la laisse se poser délicatement sur mes pages et sur ma nuque. Ce sera un samedi rayonnant de bonheur.

Fait-il beau en Caroline du Sud?

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Fait-il assez beau en Caroline du Sud en ce moment pour que ma collègue traductrice qui y est en vacances puisse s’asseoir dehors pour lire, comme le fait la lectrice de Fairfield Porter? C’est ce que je lui souhaite, elle qui a parcouru tous ces kilomètres pour rejoindre des amis et pour trouver un peu de chaleur. Et qui a dû, comme elle le fait chaque fois, apporter avec elle quelques romans. Oui, c’est ce que je lui souhaite, tandis que je me prépare à aller au bureau et que c’est encore l’hiver ici…