Lali

26 février 2008

Plus fort que moi

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 19:22

zhuk 1

Il me faut parfois aller plus près de mon objectif. Tourner autour du banc. M’y asseoir, et même engager la conversation en cas de nécessité absolue. Si, et seulement si, aucune de mes approches en douce ou de mes contorsions – particulièrement dans les autobus et dans le métro – ne me donnent satisfaction. Je ne peux pas faire autrement. Ça me démange, ça me ronge. Je dois absolument savoir le titre des livres que lisent les lecteurs et les lectrices que je croise.

Je sais, je sais, c’est une étrange habitude, probablement venue de cette vie où j’ai été libraire. Mais je ne peux pas y échapper : c’est plus fort que moi.

La lectrice du Luxembourg peinte par Igor Zhuk n’y échappera pas. Je saurai. Oui, je ne quitterai pas l’allée sans connaître le titre. C’est comme ça.

Ne pas porter de montre permet ce genre d’inquisition. Sous prétexte de donner l’heure, le lecteur ou la lectrice ne se rendra pas compte qu’il penchera son livre. Et je repartirai heureuse. Et pas parce qu’il est 10h15 ou 16h05…

7 commentaires »

  1. Au moment où j’écris, il est 12h50 et je suis en contemplation devant cette magnifique toile et j’aimerais bien être à la place de la lectrice…

    Comment by Denise — 27 février 2008 @ 6:48

  2. Hihihi ! J’aime bien savoir aussi ! Je jette toujours un oeil dans le métro sur la page ou la couverture du livre du voisin !!! Et je souris toujours malgré moi quand je vois lire quelqu’un… De plus, maintenant, je pense aux belles photos de lecteurs-lectrices anonymes de ton blog !
    Belle journée à toi !

    Comment by lakevio — 27 février 2008 @ 7:08

  3. Je suis toujours intriguée, moi aussi par ce que les gens lisent…

    Une petite anecdote, à ce propos :

    Un matin d’avril, l’an dernier, je fouinais à l’étal d’une grande librairie. Il y avait beaucoup de clients, certains livres étaient soldés.

    Je vis approcher un jeune couple. Ils hésitèrent, puis se mirent à chercher eux aussi.
    Elle avait des cheveux rouges sauvagement nattés. La peau du visage percée et ferrée à maints endroits, jusqu’à la pointe de langue, une superposition incroyable de vêtements déchirés, de longues chaussettes multicolores et ses grosses chaussures de sécurité ne lui permettaient pas de passer inaperçue.
    Lui avait le crâne rasé, à part une crête de cheveux verts et bleus coiffée en piquants à faire mourir de jalousie un porc-épic. Bardé de cuir, de ferraille et de bijoux sonnants, il était remarquable aussi.

    Ce couple pittoresque dénotait parmi la clientèle plus sobre. Intriguée, amusée, je les observais à distance.

    Epaule contre épaule, ils feuilletaient un livre. Elle tournait lentement les pages… Ils lisaient !

    La jeune fille s’exclama soudain d’une voix flûtée :
    – Ben quoi ? C’est ça ? Tu crois que c’est bien ce livre-là ?
    – Mais oui, cherche encore un peu. Regarde à la fin, il y a peut-être des images…

    Des images ? Il n’y en avait pas ! Leur déception fut énorme, leur grimace jumelle en disait long. Ils reposèrent le livre et s’éloignèrent.
    J’eus envie de découvrir ce livre privé d’images… et de ces jeunes lecteurs. C’était « Les fleurs du mal » de Baudelaire.

    Mais pourquoi y cherchaient-ils des images… ? Les coquins !

    Comment by agnès — 27 février 2008 @ 7:22

  4. J’adore ton histoire, Agnès!

    Comment by Lali — 27 février 2008 @ 8:05

  5. Superbe texte Agnès.

    J’aurais bien aimé lui donner une carte blanche dans mon blog, tellement il est formidable. Ca vous dirait?

    http://dubleudansmesnuages.com/

    Comment by Armando — 27 février 2008 @ 11:21

  6. Armando, oui je vous permets de copier mon texte pour votre blog. 🙂

    Merci à vous !

    Comment by agnès — 28 février 2008 @ 4:36

  7. mille et un mercis … ce sera fait avec bonheur.

    Comment by Armando — 28 février 2008 @ 5:01

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