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Bonheur et tristesse mélangés

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Il y a toujours du bonheur quand je ramasse les livres que je dois rendre à la bibliothèque. Du bonheur, parce que je sais que je vais rentrer chargée de provisions en prévision des congés de fin d’année. Du bonheur, mais aussi un peu de tristesse. Il y en a un que j’aurais bien conservé encore un peu, mais je ne peux pas renouveler un prêt plus de trois fois. Hélas.

*sur une toile de Marcie Vallette

Il n’est pas de matin

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Il n’est pas de matin où je ne me précipite pas à la fenêtre. Non pas pour voir le temps qu’il fait, s’il y a de la neige au sol ou quelques gouttes de pluie cognant contre la vitre, mais pour voir la lumière lentement colorer l’horizon. Parce que parfois c’est la seule couleur qu’il y aura de toute la journée. Ce rouge au loin quand le soleil s’empare de la nuit. Parce que souvent, quand il s’élève, il n’a plus assez d’énergie pour couvrir tout le gris et que je ne veux pas rater ce moment.

Il n’est pas de matin où je ne croise pas la lectrice de Georgina Martha de L’Aubinière. Elle aussi regarde le ciel du matin.

Et moi je les regarde

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Elles ne savent pas que je les regarde. Elles ignorent que je passe ma vie à regarder les autres, à les écouter, à imaginer les mots qu’ils lisent et à inventer ceux qu’ils prononcent.

Elles ne savent rien de moi. Et puis, je préfère me taire. Dès qu’on parle, on parle trop. On se livre trop. Et apparaissent toutes nos failles qu’on voudrait garder pour soi et dont, nul doute, quelqu’un se servira pour blesser un jour.

Elles lisent des mots que l’un a écrit à l’une. Dans le partage de l’amitié. Pour un avis ou pour une autre raison que je ne connais pas.

Et moi, je les regarde. Je n’entrerai pas dans la toile. Je ne voudrais jamais ainsi me dénuder et livrer mes secrets comme elles le font.

*sur une toile de Ludwig Guttenbrunn

En avril, il y aura des fleurs

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Arrive décembre. Je sais déjà un peu ce qu’il annonce des mois à venir. Ces mois où je passerai moins de temps dehors, ces mois où je prendrai moins de photos, ces mois qui s’éterniseront tant que je ne verrai pas apparaître le premier crocus. Puis-je les utiliser pour lire et écrire toutes ces histoires commencées. Puis-je chaque jour trouver l’inspiration. C’est tout ce que je demande à décembre, janvier, février et mars. En avril, c’est décidé, il y aura des fleurs.

*sur une toile de Joan Griswold

Enfin vendredi

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Enfin vendredi, ai-je pensé au réveil. Demain samedi, ai-je aussi pensé, alors que je m’imaginais en train de lire un des quatre recueils de nouvelles achetés dimanche. Et déjà, la journée pesait moins lourd. Demain, je pourrai entrer dans la toile de Christian Breyhan et en bouger le moins possible, si ce n’est que pour préparer la prochaine semaine au pays de Lali. Oui, enfin vendredi.

Les mots savent toujours réchauffer

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Dès le matin, tant d’histoires se bousculent que je voudrais raconter au lieu d’enfiler mes bottes et de partir affronter la neige qui est restée. Alors, je note des bribes, je trouve des titres, j’inscris des bouts de phrases dans mon carnet, pour les jours et les semaines à venir où je trouverai un peu de temps pour les étioler, les creuser, les animer, les faire vivre. Et je pense à cette chance que j’ai que les idées me viennent encore. Et il ne fait plus froid. Les mots savent toujours réchauffer.

*sur une toile d’un peintre anonyme intitulée Femme écrivant

Pour oublier les longs mois à venir

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Il faudra attendre encore de longs mois, des mois qui chaque année qui me fait vieillir me semblent de plus en plus longs, avant que je ne puisse m’allonger dans l’herbe, comme la lectrice de Frank Dicey. Mais rien ne m’empêche de rêver. De fermer les yeux et d’entrer dans le tableau. Et tant qu’à m’y glisser, pourquoi ne pas ajouter au loin un personnage qui viendrait vers moi pour lire à mes côtés?

Le café du soir

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Il est différent de celui du matin. Et pourtant, il est fait de même manière, servi dans le même bol. Il ne goûte pourtant pas pareil et il a une odeur de lenteur, qui accompagne le rythme des mots. Il a le velouté d’un poème qu’on connaît par cœur. Il tire de nous le même sourire que la chute d’une nouvelle bien ficelée. Le café du soir a la saveur des mots qui l’accompagnent.

*sur une toile de Lee White

Réveil blanc

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À la Sainte-Catherine, l’hiver s’achemine, dit le dicton. Et il est tout à fait à propos cette année, puisque voici tombée pendant la nuit notre première neige… Mais comme je ne suis pas encore faite à l’idée, il n’y aura pas de photo de neige ici avant décembre : c’est un des privilèges d’avoir un chez-soi où on peut faire ce qu’on veut!

La seule liberté que je n’ai pas, c’est de rester au lit pour la regarder, accompagnée d’un bon livre, comme la lectrice de Deborah DeWit Marchant

Mes deux heures au salon du livre

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Il y avait au salon du livre des millions de livres, des livres partout. Trop de livres pour celle qui préfère les librairies de poche. Trop de livres pour celle qui aime s’attarder. Trop de livres pour celle qui pense à tous ceux qui ne seront jamais lus. Si bien que je n’ai pas eu le courage de faire le tour du salon.

Je me suis arrêtée aux deux endroits où je voulais m’arrêter. Le stand de la Belgique où j’ai acheté quatre livres de la même auteure dont je vous parlerai sûrement. Et la table d’un éditeur-ami où était attablé un vieil ami poète.

Une amie attachée de presse est passée en courant. On se verra durant les Fêtes avec une amie commune de la délégation Wallonie-Bruxelles, a-t-elle, avant de repartir du même pas. Un ami éditeur, ami aussi de l’attachée de presse, s’est attardé. Ensemble, on a remonté le temps, presque trente ans d’amitié.

Et après quelques embrassades et un dernier regard sur les trop nombreux livres, je me suis dirigée vers la station de métro en compagnie d’un d’auteur brésilien que je n’avais pas vu depuis longtemps et qui fêtera cet hiver ses 65 ans à Lisbonne. Dont il parlait avec passion, comme de Porto. Et des poètes portugais. D’Eugénio de Andrade et de Sophia de Mello Breyner.

Ça valait bien des livres.

*sur une toile de Rebecca Davy