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Il suffit de fermer les yeux

Souvent, cette impression de ne pas être au bon endroit. Ce sentiment que l’eau, la mer particulièrement, manque à mon quotidien. Malgré le soleil qui s’enflamme chaque main au-delà du paysage. Malgré les oies blanches qui ont balayé le ciel de leur vol et de leurs cris avant de rejoindre un village au nord, pour quelques mois. Malgré le pin devant la fenêtre de la chambre qui abrite un nid qui s’ébruite avec la lumière du jour. Malgré l’agitation du centre-ville en quelques stations de métro. Malgré ce sentiment d’appartenance qui m’unit à cette ville, mienne depuis toujours.

Et pourtant. La mer est là où on la veut. Il suffit de fermer les yeux.

*toile de Gary Bunt

Il suffit d’un livre

Et parfois je me mets à rêver. J’imagine un métro qui me transporterait de Montréal à Paris en passant par Lisbonne, Moscou, Londres et Bruxelles. Un métro qui serait en mesure de faire ce que les livres font. M’emmener au bout du monde en quelques minutes.

Et assise dans le wagon qui me mène au centre-ville, j’ouvre un bouquin.
Pendant une quinzaine de minutes, je serai ailleurs. Là-bas. Loin. Très loin.

Il suffit d’un livre.

*illustration de Roger Olmos

Franchir l’horizon

Et parce que la semaine a été dure, émotivement et physiquement, ouvrir un recueil de poèmes, m’y perdre, m’imprégner de ses mots et m’envoler loin, très loin, au delà du paysage et des rives si souvent inabordables.

Et oublier.

Ne retenir que quelques vers et franchir l’horizon où se profile un restant de rêve peut-être encore accessible.

*toile signée Heather Horton

Ce lieu

Ce lieu pour déposer mes bagages. Parfois mes rêves. Mes coups de cœur ou mon indignation.
Ce lieu pour laisser des traces. En effacer d’autres.
Ce lieu pour retenir l’instant, oublier les blessures.
Ce lieu pour toute destination jour après jour.
Ce lieu. Chez moi. Ici.
Où qui veut s’y promener, s’y asseoir, y rêver, est le bienvenu.

*toile de Michael Gorban

Dans 31 jours

Il n’y aura sûrement pas de bateau.
Mais il y aura des livres au rendez-vous.
Beaucoup de livres.
Dans 31 jours et quelques heures, je serai en vacances.
Espérons que l’hiver le sera aussi.
Le printemps s’est assez reposé. Il est temps qu’il reprenne du service.

*illustration de Nathalie Andrewson

Il m’arrive…

Il m’arrive, et cela de plus en plus souvent, de perdre pied devant la façon de réagir de certaines personnes. De me demander où sont passés le dévouement, l’empathie et la compassion qui n’étaient pas des valeurs rares il y a si peu de temps. De choisir de me taire plutôt que de relever certaines affirmations. Pour éviter le débat. Parce que je n’ai plus la force de me battre comme les inepties, la méchanceté des gens, l’hypocrisie humaine. Elles sont si présentes. Certains jours, envahissantes.

Il m’arrive d’ouvrir un livre pour oublier. Pour trouver dans les personnages des livres un peu de cette humanité qui semble avoir disparu du cœur de tellement de gens. Et de ne pas avoir envie de le fermer. Parce que la réalité des livres est plus douce que ce qui se déroule hors d’eux.

*toile de Nell Blaine

Disparition!

C’est aujourd’hui la date officielle de la disparition de la pièce de un cent après 155 ans d’histoire.

Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, soit un peu plus de six ans, un sou noir faisait l’objet d’un billet

Un homme de passion s’est éteint


(photo : I Musici)

Je le revois encore, il n’y a pas si longtemps, diriger des yeux et des mains l’orchestre qu’il avait fondé en 1983. La maladie n’avait pas encore eu le dessus. Mais celle-ci a fini par s’emparer de ses mains, et Yuli Turosvsky a dirigé I Musici une dernière fois. J’ai assisté à ce dernier concert. Les larmes aux yeux. Je savais que le violoncelliste tant aimé du public, des membres d’I Musici et de la grande famille des musiciens ne monterait plus sur scène.

Il y a moins d’une semaine, le maestro nous a quittés. Laissant derrière lui un orchestre de chambre d’exception. Quelques enregistrements. Et surtout, dans le cœur de ceux qui l’ont connu, des souvenirs impérissables.

Un homme de passion s’est éteint.
Mais pas sa passion. Il a transmise celle-ci à tous ceux qui l’ont fréquenté personnellement ou connu grâce à ses enregistrements et concerts.

Le temps d’un après-midi

Parfois faire de son lit une île ou un bateau. Peut-être même une maison ou un pays. Le temps d’un après-midi ou davantage. Y apporter tout ce dont on a besoin. De quoi écrire et des livres.

Lire une centaine de pages. Noter une phrase.
Et puis se laisser gagner par le sommeil.
Et rêver qu’on est sur une île ou un bateau.

Et oublier qu’il neige dehors.

*toile de Marco Lami

Parfois, je voudrais…

Parfois, et particulièrement ce matin, puisque les vacances sont finies, j’aimerais bien être un ours polaire. Mais pas n’importe lequel. Je serais Plume, l’ours imaginé par le Néerlandais Hans de Beer, dont les aventures ont fait le tour du monde. Je me cacherais dans mon igloo pour l’hiver. Et je ne dirais à personne que les murs ne sont pas faits de morceaux de glace mais de livres. Ni que je ne compte pas dormir tout le temps.

Oui, parfois, je voudrais être un ours polaire.