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Ce que mots vous inspirent 694

Nos premiers maîtres de philosophie sont nos pieds, nos mains, nos yeux. Substituer des livres à tout cela, ce n’est pas nous apprendre à raisonner, c’est nous apprendre à nous servir de la raison d’autrui. (Jean-Jacques Rousseau)

*toile d’Irene Fenollar

Les vers de Monica 3

pourquoi dois-je prendre la parole
pourquoi l’incruster dans la croûte rugueuse
de cette terre
pourquoi déblayer avec chaque lettre
jaunie par l’usage
tant de chemins parcourus

j’ai la réponse flétrie entre les doigts;
le poème est toujours la dénonciation
irrévocable de la vie
c’est poser le pied sur du ciment frais
et laisser cette infime trace sur la poussière
trace d’avoir vécu malgré tout
avec la dénonciation dans la peau

Monica Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice du peintre brésilien Alfredo Rocco

Ce que mots vous inspirent 693

L’ennui, qui dévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s’occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire. (Fénelon)

*toile de Gürbüz Do?an Ek?io?lu

Les vers de Monica 2

Pour toi, j’ai laissé partir tant de bateaux
pour toi, je parcours les fleuves et les canaux
en toi se concentrent mes désarrois
empilés comme des flancs de montagnes
si ponctuel, montre en main,
un train part et puis un bateau
et je reste ici à attendre le suivant
et je prends un autre café
et j’écris un autre poème ou une lettre ou un conte
si ponctuels, montre en main,
les adieu s’amoncellent
comme des raisins détachés de la grappe
ils m’arrachent minutieusement les heures et les papiers
un autre train est parti, puis un bateau
je prends un café et je continue à écrire
et je presse les souvenirs dans les lettres
montre en main, si ponctuel,
que pour toi j’ai laissé partir tant de bateaux
que pour toi, je parcours les fleuves et les canaux

Monica Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice d’Even Ulving

Ce que mots vous inspirent 692

Trouver son chemin est une affaire personnelle, une affaire de lectures, de rencontres, de famille quelquefois, d’amitié le plus souvent. (Laurent Lemire)

*toile de Marcela Olivia Dorantes

Les vers de Monica 1

C’est le recueil tout simplement intitulé Poèmes, de l’écrivaine Monica Mansour, née à Buenos aires mais vivant au Mexique depuis nombre d’années, que la lectrice peinte par Henri Rouart a parcouru. Avec émotion. Si bien que les textes de cette poète seront mis à l’honneur ces prochains jours, en commençant par celui-ci :

des murs silencieux se dressent
larges hauts vastes
il ne reste que le ciel et la terre
avec leurs mots prisonniers

Ce que mots vous inspirent 691

La vertu paradoxale de la lecture est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens. (Daniel Pennac)

*gravure de Pierre Dubreuil

Les vers de Louis 6

Montebello

Pittoresque manoir, retraite hospitalière
Où Papineau vaincu coula ses derniers jours,
J’aime à revoir tes murs, ta terrasse, tes tours
Secouant au soleil leur panache de lierre.

Qui suit de tes sentiers la courbe irrégulière,
En s’égarant sous bois, s’imagine toujours
Voir, dans le calme ombreux de leurs secrets détours,
Glisser du grand tribun l’image familière.

Car il vit tout entier ici -dans chaque objet;
Il aimait ce fauteuil, cet arbre l’ombrageait;
Tout nous parle de lui, tout garde sa mémoire;

Et, pour suprême attrait, sur ce seuil enchanté,
Le cœur tout grand ouvert, la Grâce et la Beauté
Ajoutent leur prestige aux souvenirs de gloire.

Louis Fréchette, Les oiseaux de neige

*choix de la lectrice d’Edward Emerson Simmons

Ce que mots vous inspirent 690

Aucune école ne prépare au métier de lecteur. Nul ne sait vraiment comment on le devient. Une seule condition est requise: savoir lire, c’est-à-dire renifler, flairer, étudier, décortiquer, expliquer, critiquer, défendre ou assassiner un texte. Rien de plus arbitraire. Rien de plus subjectif. (Pierre Assouline)

*illustration d’Edmund Dulac

Les vers de Louis 5

Les Mille-Iles

Massifs harmonieux, édens des flots tranquilles,
D’oasis aux fleurs d’or innombrables réseaux,
Que la vague caresse et que les blonds roseaux
Encadrent du fouillis de leurs tiges mobiles.

Bosquets que l’onde berce au doux chant des oiseaux,
Des zéphirs et des nids pittoresques asiles,
Mystérieux et frais labyrinthe, Mille-Iles,
Chapelet d’émeraude égrené sur les eaux.

Quand la première fois je vis, sous vos ombrages,
Les magiques reflets de vos brillants mirages,
Un chaud soleil de juin dorait vos verts abris;

D’enivrantes senteurs allaient des bois aux grèves;
Et je crus entrevoir ce beau pays des rêves
Où la sylphide jongle avec les colibris.

Louis Fréchette, Les oiseaux de neige

*choix de la lectrice d’Alan Rubin