N’essayez pas de noyer vos chagrins : ils savent nager. (Albert Willemetz)
*toile de Nikolay Yaroshenko
N’essayez pas de noyer vos chagrins : ils savent nager. (Albert Willemetz)
*toile de Nikolay Yaroshenko
C’est à Rye Beach, dans le New Hampshire, à cinq minutes de Portsmouth, à un peu plus d’une heure de Rockport, Massachusetts et à une demi-heure d’Ogunquit, dans le Maine, que j’ai vu le soleil se lever pendant sept jours. Et comme j’ai fait provision de photos, celles-ci constituent les premières de cette série consacrée aux levers de soleil sur Rye Beach.
L’arbre et le firmament
Un arbre marche sous la pluie
passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.
Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie
comme un merle à un verger.
Quand la pluie cesse, l’arbre s’arrête.
Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante
dans l’attente comme nous de l’instant
où les flocons de neige viendront éclore dans l’univers.
Tomas Tranströmer, Baltiques
*choix de la lectrice d’Otto Willem Albertus Roelofs
Jamais le quartier Saint-Henri ne sera plus présent que dans Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy quand il est question de fiction et que dans Occasions de bonheur à St-Henri du notaire Maurice Proulx, quand on parle de souvenirs.
Le titre accrocheur choisi par Daniel Grenier pour réunir ses nouvelles laissait croire que ce quartier où il a atterri il y a quelques années, après un long séjour dans le 450, serait omniprésent dans Malgré tout on rit à Saint-Henri. Ce n’est pas le cas. Il y a bien quelques clins d’œil ici et là, au fil des anecdotes que nous livre l’auteur. Des noms de rues sont mentionnés. Le très beau parc Sir-George-Étienne-Cartier, autant méconnu par ceux qui habitent hors du quartier que chéri par ceux qui le fréquentent, est présent, tout comme le marché Atwater.
Mais les lieux comme l’esprit du quartier m’ont semblé plus absents que mis en évidence. Cela n’enlève rien à ces nouvelles que nous offre Daniel Grenier, lesquelles forment un tout hétéroclite, l’auteur passant avec un certain bonheur d’un accent et d’un niveau de langue à l’autre.
C’est à une galerie de personnages colorés faisant face en alternance à des situations hors de l’ordinaire ou des plus banales que nous convie ce recueil, qui s’ouvre sur une histoire mettant en scène un lecteur qui m’a paru familier et qui le sera pour tout libraire (ou ex-libraire) qui a eu dans sa clientèle un dévoreur de titres de psycho pop. Autrement dit, un excellent début!
Même si les nouvelles n’ont pas toutes les qualités de la première, pas plus qu’elles ne provoquent le même effet sur le lecteur, chacune propose un regard de biais qui met en évidence le côté parfois insolite de certaines situations. Cela m’a plu, tout comme la façon de raconter de l’auteur dont la plume alerte a été remarquée alors qu’il n’avait que 18 ans. Il a en effet reçu en 1999 le Grand Prix Bruno-Roy-COOP du cégep André-Laurendeau pour son court essai sur la littérature québécoise, lequel a été publié dans XYZ. La revue de la nouvelle. Trois ans plus tard, il y publiait une nouvelle qui a été remaniée depuis et intégrée à Malgré tout on rit à Saint-Henri.
Le premier recueil de Daniel Grenier, sans être parfait ni uniforme, possède déjà un souffle et un ton qui devraient se faire une place dans la littérature de chez nous.
Saint-Henri est un quartier inspirant. Jean Pelchat et Martyne Rondeau y habitaient eux aussi au moment de la parution d’un premier recueil de nouvelles pour l’un et d’un premier roman pour l’autre. Puisse celui-ci continuer à inspirer Daniel Grenier qui l’a mis à l’honneur dans quelques-unes de ses nouvelles.
J’ai fini de trier mes photos de vacances et même en procédant à une élimination des photos ratées, il en reste beaucoup…
Pour commencer, ce petit clin d’œil, où on m’aperçoit le matin du retour dans le miroir du corridor. La suite, demain et les prochains jours.
Celui qui attend que tout danger soit écarté pour mettre les voiles, ne prendra jamais la mer. (Thomas Fuller)
*toile d’Edward Swoboda
La vie idéale
Une salle avec du feu, des bougies,
Des soupers toujours servis, des guitares,
Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,
Où l’on causerait pourtant sans orgies.
Au printemps lilas, roses et muguets,
En été jasmins, œillets et tilleuls
Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls
Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.
Les hommes seraient tous de bonne race,
Dompteurs familiers des Muses hautaines,
Et les femmes, sans cancans et sans haines,
Illumineraient les soirs de leur grâce.
Et l’on songerait, parmi ces parfums
De bras, d’éventails, de fleurs, de peignoirs,
De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,
Aux pays lointains, aux siècles défunts.
Charles Cros, Le coffret de santal
*choix de la lectrice de Mstislav Pavlov
Hedoirik ez balitz, ez guntazke iguzkiaz goza.
Sans les nuages, nous ne jouirions pas tant du soleil.
Philippe Oyhamburu, Dictons, sagesses et proverbes basques
*toile de David B. Walkley
Ez itzal gabeko arbolarik, ez baia gabeko gizonik.
Point d’arbre sans ombre ni d’homme sans défaut.
Philippe Oyhamburu, Dictons, sagesses et proverbes basques
*toile de Nicole Wong
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