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Les vers de Tomas 3

Les souvenirs m’observent

Un matin de juin, alors qu’il est trop tôt
pour s’éveiller et trop tard pour se rendormir.

Je dois sortir dans la verdure saturée
de souvenirs, et ils me suivent des yeux.

Ils restent invisibles, ils se fondent
dans l’ensemble, parfaits caméléons.

Ils sont si près que j’entends leur haleine,
bien que le chant des oiseaux soit assourdissant.

Tomas Tranströmer, Baltiques

*choix de la lectrice de Julie Cobden

Méfiez-vous des poètes

Le journaliste Michel Arseneault, qui s’était intéressé à Lucille Teasdale et avait dressé d’elle un portrait qui lui rendait hommage en 1997 dans Un rêve pour la vie, touche pour la première fois à la fiction. Son roman, Méfiez-vous des poètes, met en scène un écrivain, un professeur d’université spécialiste de celui-ci et une jeune doctorante qu’il dirige, laquelle s’intéresse aussi à cet écrivain méconnu, Joseph Quesnel.

L’homme a pourtant été très actif. Né à Saint-Malo et arrivé en Nouvelle-France en 1779 à l’âge de 33 ans, il s’est adonné tant à l’écriture qu’à la musique. On lui doit d’ailleurs Colas et Colinette, le premier opéra comique à être présenté en sol québécois. Par contre, si j’avais entendu parler de cet opéra dans le cadre d’un cours de théâtre au cégep, il n’avait pas été question de son auteur. C’est donc vivement intriguée par le personnage de Quesnel que je me suis plongée dans Méfiez-vous des poètes.

Or, ce que met à jour Michel Arseneault avec ce roman est un questionnement à la fois sur l’éthique et sur l’Histoire elle-même. En effet, à la lumière de documents archivistiques sur lesquels Maud a mis la main dans le cadre de ses recherches sur Quesnel pour sa thèse, celle-ci ne peut plus désormais demeurer muette alors qu’elle se trouve confrontée à certains éléments qui modifient grandement le portrait qu’elle s’était fait du poète. Le Malouin d’origine aurait été négrier avant de s’installer en Nouvelle-France et aurait même eu à son service une esclave.

Peut-on plus de 200 ans après les événements faire un procès à Quesnel? Peut-on lui attribuer des crimes qui à l’époque n’étaient pas répressibles? Doit-on absolument dévoiler le fruit de ses recherches ou peut-on les ignorer ou à tout le moins ne pas utiliser certains détails personnels qui nous éloignent de l’œuvre? Ce sont là quelques-unes des questions que soulève Michel Arseneault dans un roman qui met en scène une jeune femme déterminée et un universitaire qui ne tient pas à ce qu’on impute à « son » écrivain certains faits qui pourraient nuire à sa propre réputation et à celle de Quesnel.

Roman fouillé qui ne laisse rien au hasard, Méfiez-vous des poètes fait aussi un clin d’œil aux chaises de Michel Goulet et à Leonard Cohen qui partage une de celles-ci avec Joseph Quesnel. Un roman qui aurait sûrement plu à mon cousin historien, archiviste national de 1985 à 1997, dont la persévérance a mené à la construction du Centre de préservation à Ottawa dont il est notamment question dans cet habile roman qui entremêle savamment Histoire et fiction.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

À mes pieds, des trésors

Et aussi dans mon sac de voyage…

Le bleu était au rendez-vous

Les vagues et les bateaux aussi. Même mon copain l’oiseau matinal était là pour profiter de ce bel après-midi.

Ce que mots vous inspirent 757

Peu importent les notes, en musique, ce sont les sensations produites qui comptent. (Leonide Pervomaïski)

*toile de George Romney

Lever de soleil sur Rye Beach 2

Tel qu’annoncé, d’autres photos du soleil qui se lève sur Rye Beach. Et ce n’est pas fini!

Les vers de Tomas 2

Je vous ai écrit une lettre si sèche. Mais ce que je n’ai pu écrire
s’est gonflé et gonflé comme autrefois les dirigeables
pour finalement partir dans le ciel de la nuit.

Tomas Tranströmer, Baltiques

*choix de la lectrice de Rembrandt Peale

Toile de fond : Berlin

Parce que je ne connais Berlin qu’au moyen des yeux des autres, j’aime que des livres, des films et des amis qui y ont vécu ou séjourné me racontent cette ville que je rêve de voir un jour. Le premier roman du Parisien Mathieu Trautmann intitulé Six mois, dix ans et un jour s’ajoute à mon palmarès des romans réussis mettant de l’avant la ville de Berlin ou en faisant de celle-ci sa toile de fond. Dans ce cas, Berlin prend beaucoup de place.

David, le personnage central, traducteur de l’allemand au français, y est par choix. Il aime Berlin. Berlin aux multiples secrets. Berlin d’avant et d’après le mur. Berlin l’unique. Berlin qui vibre comme aucune autre et qui se déploie à sa fenêtre. Car David habite en face d’un hôtel. Un parfait lieu de va-et-vient propice à son imagination. Tellement propice qu’il invente jour après jour des vies à ceux qui fréquentent ce lieu de passage, leur donnant pour nom une initiale plutôt qu’un prénom et leur prêtant un passé, une raison de visiter Berlin ou même des histoires beaucoup plus compliquées.

C’est ainsi qu’il crée E. E qui ne va pas demeurer E, mais devenir Elena, une Suédoise qui viendra bouleverser le cours de sa vie, d’abord en s’immisçant sans le savoir dans ses fantasmes, puis en entrant dans sa réalité.

Venue à Berlin retrouver un homme qui a été son amant il y a dix ans et avec qui elle échange depuis six mois par courriel, messagerie instantanée, caméra et micro, sans qu’il ne l’ait reconnue, Elena se verra confrontée à une dure réalité. Ni l’homme ni l’histoire qu’ils sont en train de vivre ne sont à la hauteur de ses espérances.

David, qui est témoin d’une partie des déboires d’Elena, d’abord parce qu’il a une vue sur sa chambre d’hôtel et ensuite parce qu’il se trouve dans le restaurant où elle est aussi, a maintenant dans ses cartes les atouts nécessaires pour sortir de l’ombre. Ce qu’il fera.

Le résultat est un roman tout en finesse où vont se croiser un rêveur à qui il manque un élan pour prendre son envol et une femme passionnée qui n’a aucune intention de se contenter de la demi-mesure quand elle peut avoir beaucoup plus.

Il a fallu dix ans pour qu’Elena retrouve un amant de sa jeunesse, six mois pour qu’elle le séduise à nouveau, un jour pour se rendre compte de l’impasse dans laquelle cette histoire allait la mener. Et un jour aussi pour qu’un autre homme fasse sienne une place bientôt vacante, dans un Berlin qui, dès lors, cessera d’être grise.

Mathieu Trautmann, un auteur à suivre.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

D’un côté, la route…

De l’autre les maisons. Rye Beach, New Hampshire.

Décor de vacances

Une maison dont nous occupions une partie, avec une terrasse face à l’océan et sa plage de galets, la plage de sable étant à 500 mètres, tel a été notre décor pendant notre séjour à Rye Beach, New Hampshire, où les nuages ont été plus présents que le ciel bleu. Mais la mer était là, tout près. Et c’était là le plus important.