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La journée des fables 6

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L’ENFANT ET LE MAÎTRE D’ÉCOLE

Dans ce récit je prétends faire voir
D’un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l’eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu’un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S’étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un maître d’école;
L’enfant lui crie : « Au secours ! je péris. »
Le magister, se tournant à ses cris,
D’un ton fort grave à contretemps s’avise
De le tancer : « Ah ! le petit babouin!
Voyez, dit-il, où l’a mis sa sottise!
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux qu’il faille
Toujours veiller à semblable canaille!
Qu’ils ont de maux! et que je plains leur sort! »
Ayant tout dit, il mit l’enfant à bord.

Je blâme ici plus de gens qu’on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant
Se peut connaître au discours que j’avance.
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le Créateur en a béni l’engeance.

En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d’exercer leur langue.
Eh! mon ami, tire-moi de danger,
Tu feras après ta harangue.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Peter Curling

La journée des fables 5

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LES DEUX MULETS

Deux mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups; il gémit, il soupire.
« Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis?
Ce mulet qui me suit du danger se retire;
Et moi j’y tombe, et je péris!
-Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :
Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade. »

(Jean de La Fontaine)

*toile de Robert Daley

La journée des fables 4

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LE TORRENT ET LA RIVIÈRE.

Avec grand bruit et grand fracas
Un torrent tombait des montagnes :
Tout fuyait devant lui; l’horreur suivait ses pas;
Il faisait trembler les campagnes.
Nul voyageur n’osait passer
Une barrière si puissante :
Un seul vit des voleurs; et, se sentant presser
Il mit entre eux et lui cette onde menaçante.
Ce n’était que menace et bruit sans profondeur :
Notre homme enfin n’eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage,
Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours.
Il rencontra sur son passage
Une rivière dont le cours,
Image d’un sommeil doux, paisible, et tranquille,
Lui fit croire d’abord ce trajet fort facile :
Point de bords escarpés, un sable pur et net.
Il entre; et son cheval le met
À couvert des voleurs, mais non de l’onde noire :
Tous deux au Styx allèrent boire;
Tous deux, à nager malheureux,
Allèrent traverser, au séjour ténébreux,
Bien d’autres fleuves que les nôtres.

Les gens sans bruit sont dangereux :
Il n’en est pas ainsi des autres.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Léon Delachaux

La journée des fables 3

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CONSEIL TENU PAR LES RATS

Un chat, nommé Rodilardus,
Faisait des rats telle déconfiture
Que l’on n’en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu’il en restait, n’osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son soûl;
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or un jour qu’au haut et au loin
Le galand alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu’il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l’abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opina qu’il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard;
Qu’ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s’enfuiraient en terre;
Qu’il n’y savait que ce moyen.
Chacun fut de l’avis de Monsieur le Doyen :
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d’attacher le grelot.
L’un dit : « Je n’y vas point, je ne suis pas si sot »,
L’autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J’ai maints chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
Voire chapitres de chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La cour en conseillers foisonne;
Est-il besoin d’exécuter,
L’on ne rencontre plus personne.

(Jean de La Fontaine)

*illustration de Torian Dixon

La journée des fables 2

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LE RENARD ET LA CIGOGNE.

Compère le renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts :
Le galand, pour toute besogne,
Avait un brouet clair; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La cigogne au long bec n’en put attraper miette,
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
À quelque temps de là, la cigogne le prie.
« Volontiers, lui dit-il; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. »
À l’heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse;
Loua très fort la politesse;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout; renards n’en manquent point.
Il se réjouissait à l’odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :
Attendez-vous à la pareille.

(Jean de La Fontaine)

*toile de Brian Drake

La journée des fables 1

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Je vous avais bien dit qu’ils ne tarderaient pas à revenir. Mes amis, les jeunes lecteurs et lectrices ont tellement de plaisir à fouiller dans ma galerie de toiles qu’ils trouvent toujours une idée pour venir passer une de leurs journées de congé en ma compagnie.

La lectrice de Rosina Emmet Sherwood, qui est arrivée avec son chien, m’a raconté qu’à leur école, il y a une nouvelle bibliothécaire et que celle-ci est géniale. Oui, oui, elle a dit géniale. Et géniale, pourquoi, ai-je fait? Je suis toujours un peu hésitante quand il s’agit d’utiliser de tels mots, surtout qu’à notre époque le mot génial est largement galvaudé : ne vivons-nous pas l’ère du tout est génial!

Donc, la nouvelle bibliothécaire est géniale. Et j’ai fini par savoir pourquoi. Celle-ci leur a fait découvrir les fables de Jean de La Fontaine. Et ils ont tellement apprécié qu’heure après heure ils viendront nous remettre en mémoire ces morceaux de notre jeunesse.

À l’heure du Portugal 33

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moment musical en compagnie de Dulce Pontes
interprétant Os amantes

*toile de John F. Melvin

Un énorme merci!

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Un énorme merci à tous les personnages qui ont défilé samedi afin de vivre les nouvelles débridées du journal du pays de Lali. C’est parce que vous les animez, que vous vous amusez, que ce samedi mensuel m’est si cher. Et c’est parce que cette fleur « cueillie » dans une boutique d’Algarve par Armando m’est elle aussi chère qu’il me fait plaisir de vous l’offrir en guise de remerciement et afin de vous inviter à être des nôtres le 3 octobre.