Quelques secondes seulement, les nuages ont été bleus. Le temps d’une photo.
Il fut une époque où ma sœur passait des heures à concocter des bouquets de fleurs séchées avec art et passion. Des bouquets que nous conservons tous en espérant qu’un jour elle retrouvera le temps et le goût de nous en créer d’autres.
Longtemps, j’ai lu des livres qui ne m’intéressaient dès la première et ce jusqu’à la dernière. Parce que je me sentais coupable si je ne le faisais pas. Même si le livre me tombait des mains, si je n’en aimais pas l’écriture, si je trouvais le personnage principal antipathique, si j’estimais que rien ne tenait debout, s’il y avait un nombre impressionnant de coquilles, même si, quoi.
Et puis, un jour, j’ai dit assez. Est-ce que je mangeais un plat trop salé ou une viande pas suffisamment cuite; est-ce que je buvais du lait qui avait tourné; est-ce que je tolérais des musiques qui m’agressaient; est-ce que je déposais ma main sur un rond allumé? Non, je ne faisais rien de tout cela. Pourquoi alors devais-je aller au bout d’un livre alors que si celui-ci avait été un CD je l’aurais rangé après trois chansons? Pourquoi devais-je gober sans ronchonner toutes ces erreurs de dates alors que ça me donne de l’urticaire au cerveau? Pourquoi devais-je en voir la fin? Pour dire ouf? Pour dire enfin? Non, la vie est bien trop courte pour cela.
Je ne suis pas coupable. Ni de ne pas tout aimer ni d’abandonner un livre avant la fin.
*toile de Pierre Lohner
Ce lecteur peint par un artiste de l’école française entre 1745 et 1805 a tout d’un passionné des livres. Ce billet ne pourra que lui plaire, j’en suis certaine!
Voilà bien un lecteur qui s’est installé bien à son aise. Une pause que toute femme en jupe ne peut se permettre, mais qui aurait sûrement bien plu à Armando si le lecteur avait été une lectrice!
Il y a toujours quelque chose qui accroche son regard et qui la touche. Cet oiseau sur une branche ou un poteau à qui le ciel appartient. Ce chaton qui court après son ombre sans jamais l’attraper. Ce ballon qui roule et qui précède l’enfant qui le ramassera. Le rouge d’un vêtement qui se détache du gris là-bas. Un nuage qui lui rappelle un visage. Tous ces petits détails qu’elle emmagasine avant de reprendre son livre en souriant.
*sur une toile de William Vierplanck Birney
Ou J comme Joie. Elles sont bel et bien montréalaises et fières de l’exprimer tout haut, même sous la pluie!
Ils filaient le parfait amour sur les flots bleus du lac Léman. Puis, il y eut un premier rapprochement. Puis un second. Tant et si bien que désormais Denise surveille l’arrivée des petits des amoureux du lac Léman.
Elle a pris le livre est s’est assise. Sans un mot. Et j’ai laissé la lectrice de Vladimir Tatline aux mots de Nicole Brossard. Après son départ, j’ai découvert qu’elle avait retenu ceci pour nous :
c’est sans répit danser des mots
faire jeu de lèvres en entrant
dans l’espace, là poser le geste
puis poser le pas, puis tracer
des formes sans répit toutes récit
énormément dénouer la mémoire
ouvrir la bouche, achever l’image
ne pas déchirer le bruit
je m’abandonne
à toi je me donne
dans l’amour et dans le sommeil
au pays vermeil
de tout ce qui nous unit
de ce qui à jamais nous lie
que jamais le désir de nous ne s’use
être à jamais ta muse
ciel d’hiver ou jour d’été
nuit d’orage ou matin empourpré
toujours caresses
éternité de tendresse
(novembre 2007)
*toile de Pietro Annigoni
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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